‹ Bernadotte, roiChapitre 64 sur 111 · Correspondance de Napoléon · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon

triomphaient ainsi d'autant plus aisément qu'ils étaient constamment dissimulés sous des emportements ridicules et des discours incohérents.

Il en sera de même de toute sa vie. Cependant certains des aspects de sa personnalité, qui viennent de nous apparaître très nettement, méritent d'autant mieux d'être retenus, qu'ils ne se manifesteront plus aussi évidemment dans la suite. Sa susceptibilité anxieuse, son ainbitieuse vanité et ses rêveries chimériques ne se pouvaient guère donner carrière qu'à une époque de grands bouleversements et dans les rapports avec d'autres souverains. Or l'Europe épuisée et assagie du lendemain du congrès de Vienne, ne voyant plus des Etats naître, disparaître ou se transformer incessamment, n'offrait plus aucune chance de fonder un empire ou de monter brusquement sur un trône vacant. Charles- Jean ne pouvait songer qu'à demeurer où la destinée l'avait placé et borner son ambition aux limites de ses royaumes. Ceux-ci, leurs frontières désormais assurées, indépendants et respectés, n'avaient rien à espérer de mieux. Charles-Jean le comprit aussi et l'unique souci de sa politique extérieure fut de maintenir dès lors les résultats acquis en évitant toutes les affaires. Sans doute, on l'entendit, maintes fois encore, faire des déclarations arrogantes qui semblaient indiquer d'autres desseins. Un jour, par exemple, il annonça la prochaine conquête du Danemark : « Dans deux années d'ici le roi — Charles XIII vivait encore, — dans deux années

dUcî, le roi pourra dater ses décrets de Stockholm, de Christiania ou de Copenhague. Entendez-vous, Messieurs, de Copenhague*! » Un autre jour, il fulmine contre un autre Etat : « Trois ou quatre mois, peut-être quatre, c'est tout ce qu'il me faut pour détruire la Prusse. Vous verrez cela*. » La guerre paraît occuper toujours ses pensées. On lui parle des récoltes, aussitôt, il s'enflamme : « Ah oui, vous avez raison, c'est une calamité. Nous sommes menacés de la misère, il n'y a qu'à faire la guerre; c'est la dernière ressource. — Comment, Monseigneur, la guerre? reprend Tinterlocateur ahuri. — Mais oui, il vaut mieux mourir les armes à la main, être dévoré par les aigles, que de se laisser tuer à coups d'épingles '. » Mais, malgré la hardiesse de pareilles métaphores, malgré la précision de ses projets de conquête, Charles-Jean ne songeait ni à mourir ni à détruire des Etats; ce sont là de ces boutades que nous avons déjà entendues et dont il ne saurait perdre l'habitude : inutile de les prendre au sérieux. Postérieurement à 1815, il est mêlé parfois encore aux affaires de l'Europe, mais à son corps défendant. En 1818, par exemple, les puissances réunies au Congrès d'Aix-la-Chapelle voulurent intervenir dans des affaires purement Scandinaves, il repoussa leur ingérence avec beaucoup de dignité. D'autres fois, au contraire, sa pru-

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