‹ Bernadotte, roiChapitre 71 sur 111 · Schinkel^ t. X, p · texte numérisé non relu

Schinkel^ t. X, p

2. Programme officiel intitulé : Ordning vid //. Kongl. Maj. konung Cari XIV Johan:s krôning och hyllning vid Riksdagen i Stockholm, dr 1818,

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nière du royaume et celle de Tordre des Séraphins. Les ornements royaux furent déposés sur l'autel ; la foule attentive se rangea, et le roi s'étant mis h genoux, la cérémonie commença. D'abord des prières et des chants liturgiques. Puis vint le moment solennel entre tous. Le roi quitta sa place, traversa le chœur et gravit les marches du trône, demeuré vide jusque-là. 11 dépouilla les ornements princiers qu'il portait encore, revêtit le manteau royal, puis s'agenouilla de nouveau et entr'ouvrit ses vêtements. L'archevêque s'avança, tenant la corne d'onction; c'était le même archevêque Lindblom qui avait présidé le clergé à la diète d'élection, mais si vieux et si faible maintenant que ses assistants le soutenaient sous les bras. Lentement, d'une main tremblante, il oignit le roi au front, sur la poitrine, aux tempes et aux poignets, en disant dans ce vieux suédois rituel que son archaïsme rend plus solennel encore : « Que le Dieu éternel et tout-puissant répande son Esprit saint dans votre âme et votre cœur, sur vos intentions et vos entreprises et que ce don vous fasse gouverner cette terre et ce royaume pour l'honneur et la gloire de Dieu, l'affermissement du droit et de la justice, le bien du pays et du peuple. » Ensuite, l'archevêque et le ministre d'État de la justice posèrent la couronne sur le front du souverain. Un à un, on lui remit le sceptre, le globe, la clef, tous les emblèmes royaux pris sur l'autel, tandis que pour chacun une nouvelle prière s'élevait courte et grave. Quand il eut

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ainsi tous les insignes de sa puissance, le roi d'armes monta sur les marches du trône et cria aux spectateurs : « Maintenant, Charles-Jean est couronné roi des terres de Svéa et de Gothie et des provinces qui en dépendent. Lui et point d'autre *. »

Et comme la constitution et les usages suédois veulent que le roi couronné reçoive la foi et Thommage de ses sujets, ce furent de nouveaux serments de fidélité; d'abord, aussitôt après le sacre, dans l'église même, puis quelques jours plus tard, au grand air, en présence d'une foule immense et recueillie, à la porte du Palais, sur la Butte du Lion, d'où Ton voit la ville étendue, le Mâlar et la mer, juste en face de la statue de Gustave- Adolphe, — si bien que le père de toute la grandeur suédoise, majestueux et raide sur son cheval de bronze, semblait présider lui-même à la cérémonie, en s'apprêtant à juger, du haut de sa gloire, le successeur imprévu que la Providence s'était plu à lui donner.

Enfin, après la Suède, la Norvège. La vieille cathédrale de Trondhjem, qui n'avait pas vu semblable cérémonie depuis que Jean de Danemark s'y était fait sacrer trois cent trente-six ans auparavant, reçut le 7 septembre 1818, un nouveau cortège royal. Et là, comme à Stockholm, Charles-Jean écouta les chants et les prières qui montaient pour lui vers le ciel; il revêtit de

i. Programme officiel déjà cité. — Cf. Schinkel, t. X, chap. i; Coupé de Saint-Donat, t. II, p. 323, et Inrikes Tidningar [Jow^al officiel suédois d'alors) du 22 mai 1818.

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nouveaux ornements royaux, reçut une autre couronne et entendit un autre roi d'armes crier à une foule chamarrée, frémissante et joyeuse, qu'il était maintenant couronné aussi « roi de la Norvège et des provinces qui en dépendent. Lui et point d'autre *. »

A quoi songeait-il alors? Que se passait-il en lui, tandis que dans ses deux royaumes les prières des clergés, les appels des hérauts et les acclamations des foules retentissaient ainsi en son honneur? Nul ne le saurait dire au vrai. Peut-être sa joie cachée fut-elle intense par moments. Mais si la vanité et l'ambition satisfaites purent le griser par accès, nous savons qu'elles ne le possédèrent jamais complètement. Cependant sa situation était enviable et son sort capable, par son étrangeté même, de satisfaire les plus difficiles. Certes, on avait vu déjà des soldats heureux devenir souverains, déranger même des papes pour les sacrer, et commander à des empires auprès desquels la Suède et la Norvège n'étaient rien. Mais tou5 n'en étaient -arrivés là que grâce à des bouleversements; tous avaient dû édifier leurs majestés nouvelles avec les débris de royautés anciennes, et parfois les draper de leurs défroques. Qu'ils eussent conquis leurs couronnes euxmêmes ou qu'ils les tinssent d'un camarade plus puissant, tous étaient entrés en conquérants, voire en intrus, dans la pourpre royale, avec des bottes encore

1. Schinkel, t. X, p. 26; Coupé de Saint-Donat, t. II, p. 337.

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crottées des champs de bataille. Leur gloire n'en était d'ailleurs que plus haute et Charles-Jean, qui ne devait point son élévation suprême à sa vaillance ou à son génie, n'avait point droit à la même admiration. Par contre, sa destinée était plus singulière encore et offrait un exemple unique peut-être dans notre histoire moderne. Il montait sur le trône non à la suite d'un coup de fortune plus ou moins habilement dissimulé, mais normalement et régulièrement; non en aventurier, mais en prince. Ce n'était point par abus qu'une pompe archaïque évoquait autour de lui la gloire de deux royaumes anciens et les souvenirs de longues lignées' de rois. Héritier de plein droit de la majesté de ses prédécesseurs, son avènement ne mettait aucune cassure dans l'histoire de ses Etats. Roturier, ancien caporal, il succédait sans aucune supercherie, au « roi son auguste père » et tout se passait pour lui, comme si, au lieu de naître jadis dans la modeste maison d'un avocat de province, il était venu solennellement au monde, au milieu d'une cour assemblée, dans la chambre somptueuse d'un palais royal, ayant pour bercer son premier sommeil, non point de vieux refrains d'aïeule, mais les bruits confus des réjouissances populaires, les carillons des clochers et le fracas des canons.

Personne donc ne protestait contre son accession au trône. Naguère, au congrès de Vienne, certaines puissances avaient paru disposées à discuter son cas; tout le monde maintenant acceptait le /ait accompli. Les

cours étrangères, officiellement averties, le reconnurent : la cour de Russie, étroitement amie, avec tout l'empressement désirable; la cour de France, dont les réserves étaient surtout à craindre, avec une courtoisie significative : Louis XVIII ne se borna pas aux démarr ches indispensables, mais la nouvelle reine de Suède habitant encore Paris, il envoya le duc de Richelieu la féliciter immédiatement*. €e n'est pas à dire que la maison de Ponte^Corvo se trouvât vis-à-vis des dynasties plus anciennes sur un pied d'égalité parfaite. Certaines préventions subsistaient et Ton n'oubliait point complètement son élévation trop récente. Ainsi, quand quelques années plus tard, Charles-Jean voudra marier son fils, il ne pourra lui faire épouser une princesse de sang vraiment royal, et devra se contenter de la charmante Sophie de Leuchtenberg, la fille du prince Eugène, un autre parvenu*. Mais de telles susceptibilités hautaines ne se manifestaient point couramment et ne tiraient guère à conséquence. Au moment où l'ancien maréchal se fit sacrer à Stockholm et à Trondhjem, l'Europe ne comptait plus que des souverains légitimes et il était l'un d'entre eux.

Et pas plus que les puissances étrangères, ses sujets ne songeaient à faire des réserves. La révolution de 1809, qui avait chassé Gustave lY du trône pour y

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