Ulfsparre, p
2. Berâttelser ur friherre Karl Otto Palmstjerna lefnad (récits tirés (le la vie du baron K. 0. Palmstjerna), publiés par son fils, p. 123.
3. Voir le faosimilé publié dans Handlingar ur v, Brinkmanska archivet pâ Trolle Ljungby (documents tirés des archives de la famille de Brinkman, conservés à Trolle Ljungby), t. I, p. 71.
4. Voir dans la suite même du passage de Palmstjerna, auquel je viens de renvoyer, des indications qui contredisent son affirmation première. Voir également une anecdote rapportée par Ulfsparre et citée plus loin, p. 189.
l'avènement 161
Mais cette ignorance des langues n'allait point seule : elle n'était guère que la manifestation ou le signe d'un fait plus général. Charles-Jean se répand volontiers dans ses discours en considérations abondantes sur le passé et les traditions de la Scandinavie, mais à vrai dire, il ne connaissait ce passé que superficiellement ou par bribes et ces traditions n'étaient point devenues siennes. Lorsqu'il s'était agi de décider entre la conquête de la Norvège et la reprise de la Finlande, nous l'avons vu ne point même comprendre l'état d'esprit des gens qui l'entouraient, car cet état d'esprit n'était déterminé que par des regrets et des souvenirs. Or, dans le Nord et surtout dans ce pays que ses enfants appellent avec émotion « la vieille Suède », l'importance des souvenirs est énorme car, plus ouvertement et plus directement peut-être que partout ailleurs, ils déterminent et commentent continuellement le présent* Précisément parce que, malgré les révolutions et les changements de toute sorte, les principaux éléments de l'organisme politique sont demeurés constamment les mêmes, il est aussi indispensable, pour comprendre leur fonction à un moment donné, de se reporter aux époques précédentes qu'aux textes constitutionnels en vigueur. De même aussi l'histoire intellectuelle et morale ne présente depuis les temps nébuleux du moyen âge ni revirements complets ni brusques cassures; opinions et croyances se sont formées lentement par le travail incessant des siècles et gardent toujours les
CH. SCUEFER. Il
traces de leurs origines lointaines, si bien que Tétranger qui ne les a pas reçues en dépôt de ses ancêtres ne saurait guère s'en imprégner complètement. Pour Charles-Jean, Tassimilation était d'autant plus malaisée que rignorance des langues y faisait constamment obstacle. Son intelligence lui permettait de se rendre compte des intérêts et des besoins matériels de ses sujets, mais il ne pouvait partager complètement leurs sentiments ni leurs idées.
Et ce fait, joint aux doutes secrets qu'il conservait sur la solidité de son trône, rendait sa situation plus singulière encore. Seul de tous les acteurs français de Tépopée napoléonienne, il n'a point ressenti le contre-coup de l'écroulement de l'Empire. Son existence a continué son cours logique et nous venons de le voir, au moment le plus frappant de sa vie, s'asseoir paisiblement, régulièrement, normalement, sur un trône qui lui revenait de droit. Mais les onctions d'huile sainte, les formules liturgiques et les prestations d'hommage n'ont pu effacer complètement les traces de son origine. Souverain légitime, il demeure toujours, dans une certaine mesure, un étranger et un parvenu.