‹ Bernadotte, roiChapitre 78 sur 111 · Trolle-Wachtmeister, t. II, p · texte numérisé non relu

Trolle-Wachtmeister, t. II, p

une aniraosité frôlant la haine. Par contre, divers traits que je rapportais tout à l'heure montrent Charles-Jean vraiment généreux et, suivant d'autres témoignages également précis et bien informés, des avances considérables, faites à l'Etat, auraient fini par lui coûter 36 millions ^

Et il est impossible, faute de preuves absolument certaines, de rejeter complètement les unes ou les autres de ces affirmations contradictoires. Remarquons du reste qu'elles se peuvent concilier en partie; ces jugements généraux, ces anecdotes précises, ne se rapportent pas exactement aux mêmes années et il semble bien que certains traits du caractère de Charles-Jean s'accentuant peu à peu, il devint de moins en- moins dépensier en avançant en âge. Puis il pouvait être généreux par accès et dans des circonstances déterminées, sans vouloir pour cela mettre ses dépenses courantes sur un pied très élevé. J'ai montré déjà que le souci de ses intérêts matériels le suivait même au milieu de ses conceptions politiques et parlé aussi des craintes qu'il éprouvait pour la solidité de son trône. Ses terreurs du lendemain, jointes à sa sollicitude passionnée pour ses petits-enfants, lui pouvaient très bien inspirer le désir d'assurer leur avenir en faisant des économies. Rapace ou avare, il ne l'était point sans doute, mais l'argent ne

1. Comparer les affirmations de Nauckhoff, notamment pp. 143 et 147, avec celles, également contestables peut-être, de Touchard-Lafosse, t. III, p. 507. Voir également J. Schmidt, La Suède sous Charles XIV- Jean, traduction française, p. 208.

lui paraissait pas chose négligeable. Il devait compter assez mal, certains détails de son administration tendent à le prouver, mais s'imaginait compter fort bien et surtout entendait compter toujours. D'autre part, la pompe et la mise en scène lui plaisent seulement par occasion. Sa nature théâtrale l'incite à parader, son indolence l'empêcherait de parader toujours. Il tient à agir magnifiquement dans les circonstances solennelles : les fêtes de ses sacres en témoignent, mais une fois le manteau royal et la couronne déposés, il s'accommoderait mal d'une existence toute de pompe et d'étiquette où l'intervention constante d'une multitude d'offi* ciers de cour l'empêcherait de se détendre à sa guise, quand l'envie lui en prend.

« J'aime assez faire le paresseux », répète-t-il souvent : de fait, il se lève tard, très tard, de plus en plus tard à mesure qu'il avance en âge. Une fois levé, nulle hâte à s'habiller; sa toilette, perpétuellement interrompue, dure interminablement : dans les dernières années de sa vie, on le verra encore vers quatre ou cinq heures de l'après-midi drapé dans sa robe de chambre *• Une bonne partie de ses journées se passe donc ainsi dans sa chambre à coucher, où les familiers admis à pénétrer peuvent surprendre un laisser aller décousu qui n'est pas toujours très royal, — d'autant moins que les attitudes négligées et tant soit peu bohèmes

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