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mérant les avantages matériels et surtout pécuniaires que cette élection assurerait au pays : le maréchal avancerait à la Suède huit millions, ferait immédiatement régler les créances que des négociants suédois avaient sur le gouvernement français, etc. Ce factum, imprimé à la hâte, fut distribué à centaines d'exemplaires. On confectionna également des brochures racontant la vie et les hauts faits du prince de Ponte-Gorvo, célébrant ses exploits et insistant encore sur sa fortune présentée comme prodigieuse. Or ce dernier point était de nature à impressionner vivement les paysans qui savent compter, en Suède comme ailleurs. D'autres s'enthousiasmaient surtout au récit, légèrement embelli, des campagnes. Tous, enfin, se persuadaient de plus en plus que le choix du maréchal assurerait l'amitié de Napoléon et que celui-ci procurerait à la Suède des avantages de toute sorte *.
Un mouvement d'opinion des plus sérieux se produisit donc. Le gouvernement, cependant, résistait toujours, ses répugnances demeurant les plus fortes. Mais, sur ces entrefaites, — aux environs du 13 août, — il reçut des lettres de ses agents de Paris. Un billet confidentiel, et non signé de Signeul, le consul général,
1. Schinkel, t. V, p. 274 et suiv. — Engestrôm, t. II, p. 176. — Ulfsparre, Mémoires inédits, conservés à la bibliothèque Gyllenborg <le l'Université d'Upsal, p. 8. — Pour se faire une idée du ton des brochures répandues dans le public, voir, par exemple : UnderrâtteUe om den af Sv. Rikets Slànder iill Kongl. Maj\ utkorad efteviràdare (Renseignements sur le successeur désigné au roi par les États du royaume de Suède), Stockholm, 1810.
déclarait tout net que le maréchal était le candidat de l'Empereur; une dépêche officielle du comte Lagerbiejke, le ministre plénipotentiaire, annonçait que le chargé d'affaires de France à Stockholm allait être rappelé, pour avoir fait de la propagande en faveur du roi de Danemark, qui s'était avisé de poser, lui aussv^ sa candidature. Rapprochant ces indications des assertions de Fournier, les membres du Conseil, et surtout Charles XIII, conclurent que Bernadotte était bien décidément le candidat préféré aux Tuileries. Or, c'était celui-là, nous l'avons vu, que le roi était décidé à désigner à la Diète, quel qu'il pût être. Croyant le connaître il se hâta de défaire ce qu'il avait fait et adressa de nouvelles communications, proposant, cette fois, le prince de Ponte- Corvo. Cette volte-face souleva des transports parmi les députés. Dès le lendemain, la commission secrète se prononçait en faveur du maréchal ; vingt-quatre heures après, le Conseil, s'appuyant sur cette décision, concluait à l'unanimité de le proposer officiellement au choix des États; le 21 août, enfin, ceux-ci ratifiaient les décisions du Conseil et de la commission. L'élection eut lieu au milieu de manifestations enthousiastes. Certains députés, il est vrai, n'avaient que des renseignements vagues sur le prince qu'ils entendaient choisir. La proposition royale portant simplement « le prince Ponte- Corvo », il fallut rajouter entre les lignes le nom de Bernadotte, des paysans ne comprenant pas que ces dçux noms désignaient une même personne et déclarant
tout net « qu'ils voulaient Bernadotte et personne d'autre ». Leur ardeur n'en était, du reste, que plus grande : ils se levèrent tellement tôt, pour procéder au scrutin, qu'ils en apportèrent le résultat avant même que les autres ordres eussent commencé à délibérer *.
Aussitôt le vote acquis, le colonel Môrner se mit en route pour Paris, afin de porter la nouvelle au maréchal et solliciter son acceptation. Le même soir, au club du clergé, Tarchevêque du royaume, Lindblom, légèrement ému par des libations trop copieuses, voulut porter un toast. Il leva son verre en Thonneur du « nouveau sauveur »; s'apercevant aussitôt que l'expression était un peu singulière, surtout peut-être dans sa bouche, il crut la corriger en ajoutant, « mais sans oublier l'ancien » '. L'hilarité fut générale. Et cependant, la formule malencontreuse du bon archevêque correspondait bien à la réalité des choses. C'était dans l'espoir de trouver en lui un sauveur, qu'à la suite d'incidents invraisemblables et de coups de théâtre dignes d'un mélodrame, les Etats du royaume de Suède venaient de choisir, pour leur souverain futur, Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, maréchal de France, qu'ils ne connaissaient point et sur lequel ils n'avaient que des renseignements incertains ou erronés.