Nauckhofî, p. 86; traditions orales
avec la même violence, car on n'observe jamais en lui rien de guindé ni d'apprêté, mais il ne se laisse pas aller en dehors de ses appartements privés à un abandon de tenue qui serait déplacé.
Une partie de la journée du reste, Charles-Jean sait s'astreindre à mener une existence bien réglée et très suffisamment conforme à l'étiquette. Tant qu'il n'avait été que prince royal, il n'avait pas eu à s'occuper de tenir une cour; c'était affaire au roi et à la reine qui s'en acquittaient tant bien que mal. Entre son avènement et le moment où sa femme vint le rejoindre, il s'en dispensa également, se bornant à se montrer comme il convenait dans les circonstances importantes et vivant le reste du temps à peu près en simple particulier. Une • fois la reine Désirée définitivement installée au Palais, en 1823, les choses changèrent un peu. Quand le roi sortait de ses apppartements vers la fin de l'après-midi, il se rendait chez la reine et entrait solennellement avec elle dans son salon. Les personnes attachées à leurs Majestés et de service auprès d'elles devaient s'y trouver réunies. Le dîner, commun pour leurs Majestés et leur suite, était servi vers cinq heures. Après le café, le roi rentrait chez lui. Vers neuf heures et demie nouvelle réunion dans les appartements de la reine pour le thé et le souper : le roi arrivait à dix heures et se retirait vers onze. La soirée prenait alors officiellement fin. Pendant Tété, la cour se transportait parfois à la campagne, à Rosenberg ou à Rosendal; l'existence y
demeurait à peu de chose près la même qu'en ville. Parfois aussi, surtout lorsque le roi commença à vieillir, il arriva souvent qu'il resta au palais de Stockholm tandis que la reine s'installait dans les environs, à Drottningholm ou à Haga*.
Ce dernier trait risquerait de prêter à des interprétations fâcheuses : elles seraient inexactes. Si le roi reste volontiers en ville tandis que la reine s'installe à la campagne, c'est simplement une preuve nouvelle de l'horreur que les déplacements lui inspirent dans sa vieillesse, bien que sa santé soit demeurée admirable. De même, si la reine a tardé si longtemps à venir s'établir définitivement en Suède, c'est surtout nonchalance de sa part et préjugés de jolie femme un peu frivole s'imaginant ne pouvoir vivre qu'à Paris. Aucune mésintelligence n'existe entre les époux, malgré dix-sept ans de différence d'âge et une profonde diversité de goûts. La reine ne pense assurément jamais aux affaires de FEtat et ne se préoccupe ainsi guère des choses qui seules intéressent son mari. Celui-ci la considérait parfois peutêtre comme un enfant, surtout dans les premiers temps de leur mariage; elle le lui rendit presque et chose plus piquante lorsqu'il fut au faîte des honneurs. Les colères auxquelles il s'abandonne sans cesse l'amusent en effet et son ironie gamine est telle alors que les assistants ont peine parfois à garder leur sérieux. Quand, à Fan-