‹ Bernadotte, roiChapitre 82 sur 111 · Geijer, lettre à sa femme, 18 mai · texte numérisé non relu

Geijer, lettre à sa femme, 18 mai

nels se sentaient fatalement attendris. Dans un pays honnête et simple, il est bon, à tous égards, que Tintérieur des souverains soit un peu patriarcal. Et c'est ainsi que du commencement à la fin du règne la vie au palais de Stockholm paraît avoir été somme toute assez exactement ce qu'il convenait : un peu simple et bourgeoise peut-être par certains côtés, mais bien en rapport avec les traditions locales, toujours parfaitement honorable et digne, jamais mesquine, décorative quand il y avait lieu; telle, en un mot, qu'il fallait pour donner aux sujets une idée avantageuse de la royauté.

D'ailleurs le faste et le cérémonial qui entourent les souverains ont évidemment pour but essentiel de rehausser leur prestige en les différenciant du commun des hommes. Or des habitudes très particulières et un peu étranges peuvent, en dehors de tout éclat et de toute étiquette, contribuer à ce résultat. La reine Désirée, par exemple, avait quelques manies assez spéciales. Se couchant très tard, elle aimait à causer longtemps avec une dame d'honneur en l'entraînant à sa suite à travers les salles du palais silencieux et désert. Parfois même, paraît-il, vers une heure du matin, elle donnait brusquement l'ordre d*atteler. Et c'était alors un spectacle fantastique. Par les rues endormies de la ville, sous les allées ombreuses du Djurgârden, les passants très attardés voyaient défiler un piqueur à cheval et derrière, dans une berline royale dont le cocher engourdi de fatigue laissait. trottiner l'attelage, une dame d'hon-

neur somnolente à côté de la reine qui avait fini par s'endormir à son tour*.

De même aussi pour Charles-Jean. Certaines bizarreries de son existence, son perpétuel mélange de laisser-aller et de correction ultra-raffinée, les habitudes françaises qu'il avait conservées^ et jusqu'aux heures singulières qu'il choisissait pour les actes les plus ordinaires de la vie, tous ces riens, insignifiants par euxmêmes, finissaient par faire déjà de lui un être assez k part. Enfin et surtout, les divers traits que nous avons relevés lors de son arrivée en Suède, la dignité majestueuse notamment qu'il savait apporter aux choses les plus simples et le prestige incompréhensible qui se dégageait de sa personne le mettaient toujours audessus de tous ceux qui l'approchaient. On connaît le dicton familier d'après lequel il n'y aurait pas de grand homme pour son valet de chambre. Il était, semble-t-il, inapplicable à Charles-Jean qui parvenait à conserver son prestige et sa dignité au milieu de détails presque ridicules et dans les tenues les plus débraillées. Il avait, on ne sait comment, la robe de chambre majestueuse et noble. Un de ses ministres assista à un discours qu'il tint au prince Oscar, un matin, étant encore au lit. Les circonstances étaient un peu dramatiques et les paroles du roi furent, paraît-il, éloquentes et belles. Le prince s'attendrit, te minisire aussi, et l'un et l'autre

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