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S26 BERNADOTTE ROI

à la session suivante eut le même sort, si bien que la question fut reprise encore.

Le débat fut alors très sérieux et la lutte fort vive; en effet, si le Parlement maintenait une troisième fois sa décision, le roi ne pourrait plus, aux termes de la constitution, refuser sa sanction. D'autre part, on croyait assez volontiers que Tadoplion du projet pourrait avoir des conséquences plus graves encore que le mécontentement du souverain; les puissances monarchiques, disait-on, suivaient le débat avec intérêt, verraient de fort mauvais œil une telle mesure et chercheraient peut-être même à intervenir, si bien qu'un député paria une forte somme que le vote entraînerait une guerre; le roi, de son côté, désireux de gagner tout au moins du temps, proposait des demi-mesures et Tajournement de la discussion : mais rien n'y fit et c'est ainsi que le Storting de 1821 vota définitivement la suppression de la noblesse.

Essentiellement et profondément nationales, et par cela même assez démocratiques, telles nous apparaissent donc les aspirations principales qui se dégagent des débals parlementaires norvégiens au début du règne de Charles-Jean.

En Suède, la situation politique et les traditions sont tout autres. A vrai dire, les discussions des premières diètes du règne ne laissent pas apercevoir immédiatement des courants d'opinion bien tranchés. On voit

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cependant s'y manifester peu à peu, et d'une façon de plus en plus accentuée, certaines visées qui ne se traduisent pas toujours par des résolutions définitives, mais se font tout au moins jour dans les discours et les manœuvres d'une opposition qui va grandissant. Toutefois, au sujet de cette opposition, une réserve s'impose. Si un accord sur un certain nombre de points essentiels et un programme d'action commune sont considérés comme nécessaires pour constituer un groupement politique, il n'y en avait assurément point en Suède, a Tépoque où nous sommes, en dehors peut-être des partisans irréductibles du pouvoir. Mais, raisons de caractère, tournure d'esprit, doctrines individuelles, amitiés ou animosités privées, des causes très variées poussaient des hommes, toujours les mêmes, à critiquer le gouvernement ou à chercher à lui imposer leurs manières de voir. En outre, parmi ces hommes, certains, plus distingués ou plus écoutés que les autres, occupaient une place prééminente et disposaient d'une influence plus grande. Si donc le parti n'était pas encore véritablement formé, il avait cependant déjà des chefs. Tels furent notamment, pendant les premières diètes, les comtes Anckarsvàrdt et Schwerin et c'est par conséquent dans leur attitude et leur discours que l'on peut trouver des indications sur les débuts de l'opposition suédoise.

Ancien militaire, obligé de quitter l'armée au milieu de la campagne de 1813 à la suite d'un différend avec le

prince royal, Anckarsvârdt était, de par ses rancunes et son tempérament agressif, son amour-propre meurtri et sa vanité blessée, l'adversaire acharné du roi et du gouvernement. Ses critiques étaient emportées, justes parfois malgré leur exagération, mais souvent vagues et inexactes au point qu'il réclamait à cor et à cri des réformes déjà réalisées*. Sa très grande éloquence, sa fougue passionnée masquaient souvent l'incertitude de ses principes et le vide de ses déclamations, si bien que son action était considérable et ses attaques souvenf dangereuses. Le surnom de « grand démolisseur » qui lui avait été donné le peint à merveille, mais montre du même coup que ce n'est point dans ses discours qu'il faut aller chercher de véritable doctrine politique.

Ils sont caractéristiques cependant. Car, si le fait même pour la Diète de contrôler sévèrement les actes du gouvernement, de discuter minutieusement et de repousser ses propositions, témoignait déjà de certaines tendances plus ou moins inconscientes, dès que Ton recherche, serait-ce dans les apostrophes outrées d^Ânckarsvàrdt, les motifs qui déterminaient les refus ou les blâmes, on voit ces tendances se préciser un peu et Ton distingue çà et là, les premières indications d'un programme futur. Les conseillers ne sont point critiqués simplement parce qu'ils ont contrevenu aux lois ou lésé les intérêts de l'État, et leurs adversaires leur opposent

i. Schinkel, l. X, p. 84.

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volontiers de grands principes généraux. « La responsabilité des ministres est la meilleure sauvegarde du pouvoir royal », s'écrie un des membres de la commission chargée de statuer sur le cas de Cederstrôm, et il continue en développant les conditions nécessaires de cette responsabilité, les droits et les devoirs essentiels des États du royaume pour prononcer enfin cette formule, plus grosse de menaces qu'il ne s'en rendait sans doute compte lui-même : « Le temps de la vérité est venu » *. Non moins caractéristiques sont les reproches géné-^ raux adressés plus ou moins ouvertement à la couronne, quand l'occasion s'en présente. Et d'abord, la part trop grande faite aux favoris et aux conseillers officieux déplaît manifestement, de même que les principes très aristocratiques et conservateurs du roi. Le parti pris de réformer le moins possible ou de se borner à des améliorations discrètes parait hors de saison. La politique étrangère de Charles-Jean avait été profitable et glorieuse, mais coûteuse aussi : les charges contractées par l'Etat étaient relativement énormes ; en outre une crise économique, conséquence pour une bonne partie de la crise qui se produisait en Angleterre, sévissait alors sur le pays : la position des établissements de crédit était des plus précaires; dans un laps de temps très court, dix-sept maisons de la capitale, et non des moindres, cessèrent leurs paiements. Enfin, d'importants travaux entrepris pour créer une voie de navi-

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