Schinkel, t. X, p
galion intérieure entre la Baltique et la mer du Nord et que Ton ne pouvait abandonner sans préjudices graves, exigeaient de TEtat des sacrifices considérables et très supérieurs à ceux primitivement prévus *. Or, en présence de celte situalion, le gouvernement faisant preuve d'une sorte d'apathie se bornait à proposer des mesures jugées fréquemment insuffisantes et trop timides. De là, chez les Etats, le désir d'user très largement de leur droit d'initiative et d'étudier par eux-mêmes des réformes, au lieu de se borner à discuter celles qu'on leur soumettrait. Mais ce désir n'avait pas pour seule cause les difficultés économiques et les efîorts pour lui faire prendre corps correspondaient au développement de certaines vues de politique générale. Le dessein d'augmenter systématiquement l'importance de la Diète apparaît parfois clairement. Dans un discours retentissant prononcé en 1818, Anckarsvârdt réclamait pour les États une connaissance plus complète de tous les actes de l'administration, une participation plus directe à la conduite des affaires, en même temps qu'il insistait sur la nécessité qui s'imposait à eux de parler haut et ferme, et de rompre avec les traditions du despotisme. « Il appartient à la vieille loyauté suédoise, s'écriait-il, de conduire la vérité jusqu'au pied du trône et d'en faire l'interprète du peuple, pour la liberté et la vertu '. »
i. Outre Schinkel, Yoir la Notice de De Geer sur Platen, déjà citée, et, en français, Schmidt, La Suède sous Charles XIV Jean. 2. Schinkel, t. X, p. 86.
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Tout cela est significatif sahs doute, mais singulièrement nébuleux. Le comte de Schwerin, dont les idées, au fond, se rapprochaient sensiblement de celles d'Anckarsvardt, les précisait et les raisonnait davantage. Ancien militaire, lui aussi^ il avait toutefois échangé l'uniforme contre la robe du prêtre, de bonne heure et de son plein gré. Mais cela fait, il ne se consacra pas tout entier au salut des âmes et à Tadministration de sa paroisse. L'économie politique et le droit constitutionnel l'intéressaient : il les étudia sérieusement. Il acquit ainsi des connaissances financières et se forma, en même temps, des idées générale^ sur le gouvernement qui l'amenèrent à une admiration sans bornes pour la constitution anglaise. Voyant en elle un modèle à imiter sans cesse, son rêve le plus cher était d'introduire en Suède, en dépit des traditions et des lois existantes, un gouvernement parlementaire, au sens britannique et moderne du mot, avec un ministère et de grands partis équilibrés. Ses connaissances financières lui ayant assuré à la Diète une place prépondérante, ses idées constitutionnelles avaient par cela même plus de chances d'exercer une certaine influence sur les autres députés. Il faut se souvenir en outre que l'admiration pour les institutions anglaises était à la mode dans beaucoup de pays. Enfin, indépendamment même de toute influence étrangère, maints détails de la constitution suédoise paraissaient, à nombre de gens, surannés et mal appropriés aux conditions nouvelles de la vie
sociale : les diètes, grâce à leur composition même, ne donnant du pays qu'une image très lointaine et déformée et leur procédure compliquant inutilement l'expédition des affaires, tout en restreignant leurs moyens d'action. Ainsi se trouvait posée, dès l'avènement de Charles- Jean, la question brûlante des réformes constitutionnelles qui devait rester à Tordre du jour pendant toute la durée du règne.
Il va sans dire toutefois que la Diète n'était pas plus unanime à cet égard, que touchant la manière dont elle devait user de ses droits pour contre-balancer la prépondérance royale. Les velléités d'indépendance et les protestations se firent jour tout d'abord dans la noblesse, où siégeaient Ankarsvardt et Schwerin. Gagnant peu à peu du terrain, elles s'étendirent ensuite dans les autres ordres, notamment dans celui des paysans. Les « opposants » qui étaient loin, du reste, d'eCvoir tous absolument les mêmes idées, n'avaient pas le pouvoir de mener l'État à leur gré : ils n'en constituaient pas moins, d'ores et déjà, une puissance.
Les aspirations et les manifestations qui se faisaient jour ainsi, dans la Diète suédoise comme au Storting norvégien, cadraient assez mal avec les idées de Charles- Jean, telles que j'essayais de les résumer tout à l'heure. Dans l'un comme dans l'autre royaume, on se préoccupait plus ou moins confusément de réformes; or, rien ne lui paraissait plus dangereux et inutile que des
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changements, politiques. Il entendait être à lui seul rame du gouvernement et jugeait indispensable de maintenir sa prééminence absolue et voici, qu'en Norvège comme en Suède, en théorie comme en pratique, des sujets critiquaient et discutaient sans merci les actes du gouvernement, c'est-à-dire, les siens. Il en fut, tout à la fois, stupéfait et furieux *. Quelques mois avant son avènement, il déclarait en propres termes qu'une opposition en Suède ne pourrait s'occuper que de finances ou d'administration et n'aurait d'ailleurs que peu de raisons d'être sous un gouvernement qui, bien loin de vouloir restreindre les droits du peuple, était au contraire toujours disposé à faire toutes les concessions légales que les députés pourraient réclamer dans l'intérêt public *. Un peu plus tard, il disait aux députés suédois : « Cherchez et suivez toujours le sentiment populaire et l'esprit du temps ; n'essayez jamais d'étouffer ni l'un ni l'autre ^... » Et pour qu'il n'y eût aucune ironie dans de telles paroles, il suffisait de sous-entendre simplement que les manifestations de Tesprit du temps ne pourraient être légitimes qu'en s'accordant toujours avec les vues du gouvernement, celui-ci étant, par définition, le seul juge compétent et capable d'apprécier le véritable bien public et la justesse des revendications. Charles-Jean croyait très sincèrement que tous les