‹ Bernard Courtois 1777-1838 et la découverte de l'iode 1811Chapitre 22 sur 35 · H + 5 SO? + 4H20 — 21I + 5 SO“H · texte numérisé non relu

H + 5 SO? + 4H20 — 21I + 5 SO“H

les recherches considérables qu'il expose, est le Mémoire sur l’iode qu'il présenta à l’Institut royal le 1° août 1814. Il explique tout d’abord qu’il donna le nom d’iode à la substance découverte par Courtois, à cause de la belle couleur violette de sa vapeur (de iowëss, violet). Il y fait allusion ensuite, dès le début, au travail de Vauquelin sur le même corps, travail qu'il ne connaissait pas encore, mais qu'il cite toutefois en toute loyauté, preuve nouvelle de l'injustice commise par Davy quand il l’'accusait de plagiat. Nous ne pouvons donner ici Ce mémoire in exlenso ; nous l’analyserons dans ses parties essentielles.

Gay-Lussac commence par étudier les propriétés du corps nouveau. En parlant de ses recherches pour déterminer la densité de l'iode en le mettant en excès dans l'acide sulfurique concentré, il rappelle l'accident dont il fut victime : « Ces expériences, dit-il, ne sont pas sans danger ; quoique j'eusse mis des fragments de verre dans l'acide sulfurique, l’iode se réduisit tout à coup en vapeur dans la seconde expérience et expulsa du vase l'acide qui me brûla fortement la main et le pied droits ».

Des propriétés, il passe à la combinaison de l'iode avec les corps simples, et en particulier à la formation de l'acide iodhydrique. Cette partie de son travail est à lire en entier. Il étudie ensuite l’action de l’iode sur les oxydes, la préparation des hydriodates (potasse, soude, baryte, zinc), dit ce qu'il entend par hydriodates iodurés, et étudie la préparation des iodates (potasse, soude, ammoniaque, baryte), puis il passe à l’éther hydriodique. Il cite à cette occasion sa détermination de classer désormais l’azote avec l'oxysène, l’iode, le chlore et le soufre, et, par une association d'idées d’une clarté parfaite, il observe combien certaines combinaisons du chlore sont en rapport direct avec celles de l’iode. J'en extrais les quelques lignes suivantes :

L'analogie que j'ai établie entre le chlore, le soufre et l’iode, peut servir à jeter du jour sur quelques-unes des combinaisons du chlore, et je vais essayer de le faire.

Nous avons établi les premiers, M. Thénard et moi, par une série nombreuse d'expériences qui nous sont propres, que l'on pouvait considérer l’acide muriatique oxigéné comme un corps simple, parce qu’il n’y avait aucun moyen direct d'y démontrer la présence de l’oxygène. Nous avions même développé cette hypothèse dans le Mémoire que nous lûmes à la Société d’Arcueil, le 26 février 1809; mais elle parut si extraordinaire, que M. Berthollet nous engagea à l’énoncer avec la plus grande réserve. En effet, quoique M. Davy ait avancé dans son Mémoire sur l'acide muriatique oxigéné que cette hypothèse était celle de Scheele, elle était entièrement nouvelle, et elle ne parut extraordinaire, que parce qu’elle était en opposition avec une manière de voir fortifiée par une longue habitude et par de très beaux travaux. C'était avoir fait un grand pas vers la connaissance de l'acide muriatique oxigéné, que d’avoir heurté les opinions reçues sur la nature de cet acide ; car c’est ici le cas de dire, «qu'il est bien plus facile de trouver une vérité nouvelle, que de reconnaître une vieille erreur » ; et nous réclamons, comme notre propriété, d'avoir les premiers découvert que l'acide muriatique oxigéné pouvait être considéré comme un corps simple. M. Davy, en adoptant la conclusion que nous avions tirée de notre expérience, n’a rien ajouté à son degré de certitude ; mais nous devons avouer qu’il lui a donné des développements, et que par l'influence de son grand talent, il a beaucoup contribué à la propager. Je dois observer cependant que M. Dulong et M. Ampère l'avaient adoptée longtemps avant M. Davy, et que moi-même, je l'avais toujours présentée comme la plus probable dans les cours de chimie que j'ai faits à l'Ecole polytechnique. Aujourd’hui la découverte de l’iode paraît avoir fixé l'opinion des chimistes français sur la nature de l’acide muriatique oxigéné, et je m’abstiendrai de toute discussion à cet égard,

La suite de ses observations sur le chlore serait à reproduire en entier, de même que ses notes et surtout celle sur l'acidité et sur l'alcalinité. Nous emprunterons à cette dernière le passage suivant dont l'importance, au point de vue de l’histoire de la chimie, est considérable :

J'ai supposé, dans ce que je viens de dire, que l’oxigène communiquait les propriétés acidifiantes aux autres corps, et je pouvais faire d’autant mieux cette supposition que quoique

M. Davy pense que les chlorates et les iodates ne renferment point d’acide, et qu’ils sont des composés triples d'un métal et de l’oxigène avec le chlore ou avec l’iode, j'ai démontré que ce sont de véritables sels analogues aux sulfates et aux nitrates, et qu’on peut obtenir isolément les acides chlorique et iodique. Je ne refuse cependant pas au chlore et à l’iode la propriété acidifiante ; je vais même plus loin, et je l'accorde au soufre qui, suivant moi, en jouit à un haut degré, au phosphore, au carbone et à plusieurs corps. Un acide n’est depuis longtemps pour moi, en considérant ce mot dans sa plus grande généralité, qu'un corps renfermant de l’oxigène ou non, qui neutralise l’alcalinité, et un alcali n’est également qu’un corps quelconque qui neutralise l’acidité. Ainsi dans les savons, l'huile fait fonction d’acide, puisqu'elle sature les alcalis, et dans certains éthers, l'alcool fait fonction d’alcali puisqu'il sature les acides. D'après ces faits et une foule d’autres connus depuis longtemps ; d’après surtout la connaissance des éléments de l'acide hydrosulfurique et de l’ammoniaque, et les observations de M. Berthollet sur l’acide prussique, on n’a pu se refuser d’admettre qu’un corps peut être acide ou alcalin sans renfermer d'oxigène, et que par conséquent l'acidité et l’alcalinité peuvent être communiquées par d’autres corps que l’oxigène. Ces observations, en généralisant l’idée qu’on s'était formée des acides et des alcalis, ont rendu très imparfaite la définition qu’on en donne; parcé que l'acidité et l’alcalinité sont deux propriétés corrélatives, et que l’une ne peut être définie sans le secours de l’autre. La difficulté de tracer la limite entre les acides et les alcalis augmente encore si l’on observe qu’un même corps fait tantôt les fonctions d’un acide, et tantôtles fonctions d’un alcali, et on ne peut la diminuer, même en ayant recours à la belle loi découverte par M. Berzélius, que l’oxigène et les acides vont au pôle positif de la pile, et l'hydrogène, les alcalis et les bases inflammables au pôle négatif. On ne peut, en effet, donner en général le nom d’acide à tous les corps, qui vont au premier de ces pôles, et celui d'alcali à tous ceux qui vont au second ; el si l’on voulait définir les acides en faisant entrer en considération la nature de leur énergie électrique, on verrait qu’il serait nécessaire de la comparer à l'énergie électrique qui lui est opposée. Ainsi on est toujours réduit à définir l'acidité par la propriété qu’elle a de saturer l’alcalinité, parce que l'acidité et l’alcalinité sont deux propriétés corrélatives et inséparables. Quelle que soit la définition des acides à laquelle on s'arrête, il devient nécessaire d’en former plusieurs groupes, parce qu'ils

ne tirent pas tous leur caractère acide du même corps. Nous avons d’abord :

I. — Les acides proprement dits, dans lesquels on peut considérer l’oxigène comme étant le principe acidifiant, et qui ne renferment que deux éléments ; tels sont les acides chlorique, iodique, sulfurique, sulfureux, nitrique, nitreux, phosphorique, phosphoreux, carbonique, arsenique, borique et probablement un grand nombre d’oxides métalliques qui jouissent réellement des propriétés acides ;

II. — Les acides formés par l'hydrogène et autres corps : ce groupe comprend les acides hydrochlorique, hydriodique et hydrosulfurique. Il est probable que dans ces acides, le chlore, l’iode et le soufre sont les principes acidifiants ; mais comme l'hydrogène entre dans tous, j'ai cru qu'il était plus convenable d’en dériver leur nom générique. Ces divers acides pourraient être désignés par le nom d’hydracides. C’est dans ce groupe qu'il me paraît qu'on doit ranger les composés nombreux formés par le carbone etl’hydrogène qui jouissent des propriétés acides : les éléments de quelques-uns de ces composés, et peutêtre de tous, sont dans les mêmes proportions en volume que dans les acides précédents, et leurs molécules sont sans doute arrangéces d’une manière analogue.

Parmi les acides végétaux, il y en a plusieurs qui tirent leur caractère acide de l’oxigène, parce que ce corps y est dominant: tel est l'acide oxalique; mais les acides citrique, muqueux et acétique doivent probablement leurs propriétés acides au carbone qui y entre en très grande proportion. On doit l’admettre surtout pour l’acide acétique, que l’on peut concevoir composé de parties égales en poids de carbone et d’eau, ou de trois parties en volume de vapeur de carbone, et de deux de vapeur d’eau (1). Je suis encore convaincu que l’acide benzoïque

(1) « Cette composition globale de l'acide acétique ne diffère pas sen- . Siblement de celle de la matière ligneuse qui ne jouit en aucune manière des propriétés acides. Voilà donc deux corps composés de carbone, d'oxygène et d'hydrogène en même proportion dont les propriétés sont éminemment différentes. C’est une nouvelle preuve que l'arrangement des molécules dans un composé a la plus grande influence sur le caractère neutre, acide ou alcalin de ce composé. Le sucre, la gomme ou l’amidon conduisent encore à la même conclusion : car ces substances, quoique composées d’éléments identiques et en même proportion, ont aussi des propriétés très différentes. »

ne doit point non plus ses propriétés acides à l’oxigène ; mais plutôt au carbone et à l'hydrogène, et je regarde la Classificdti de des substances végétales que nous avions établies, M. Thénard et moi (Rech. physico-chim., 11, 321), comme présentant des exceptions.

L'acide prussique devra, sans doute, être placé dans un groupe particulier, quoique voisin de celui des hydracides ; mais il serait prématuré de déterminer sa classification avant de connaître exactement sa nature.

Indépendamment de ces divers acides, le chlore, que l’on avait toujours regardé comme jouissant des propriétés acides quand on le considérait comme composé d'acide muriatique et d’oxigène, doit conserver cesmêmes propriétésaujourd’hui qu'on le considère comme un corps simple. On peut en dire autant de l'iode et de plusieurs autres corps ‘simples qui ont la propriété de se combiner avec les alcalis ; néanmoins il me paraît plus convenable de continuer à les classer parmi les autres corps simples, et de réserver le nom d'acide aux substances acides composées; mais il devient nécessaire de former parmi ces corps, autant de groupes qu'ils présentent de propriétés génériques différentes.

Quoique le chlore et l’iode jouissent des propriétés acidifiantes, et qu'ils puissent former des acides en se combinant avec d’autres corps, on ne doit pas encore, vu le petit nombre d'acides qu'ils forment, et dont l'existence n’est même pas suffisamment constatée, se presser de former de ces acides des groupes particuliers. On le doit d'autant moins qu'il y a des corps, par exemple le carbone, qui sont acidifiés par l’oxigène et qui, à leur tour, en acidifient d’autres. D'ailleurs, les considérations que j'ai présentées sur l'acidité montrant qu'elle n’est pas proportionnelle dans un corps acidifié à la quantité du principe acidifiant, et qu’elle est modifiée puissamment par l’arrangement des molécules, il est nécessaire d’attendre que l’expérience ait fourni de nouvelles himières avant de se prononcer sur ses véritables caractères et sur les circonstances qui la déterminent. On sait, à la vérité, que les acides et les corps acidifiants ont une énergie qui est négative par rapport à celle des alcalis et des corps alcalifiants; mais cela ne suffit pas, et on est encore loin de pouvoir assigner, d’après les énergies électriques des composants, si le caractère de leur composé doit être neutre, acide ou alcalin. Ainsi l’argent ayant une trés faible affinité pour l’oxigène, il semblerait qu’il doit s’en rapprocher par la nature de son énergie électrique; et néanmoins l’oxide

d'argent, auquel j'ai reconnu une légère solubilité, est très alcalin, car il neutralise complètement les acides ; et l'azote qui paraît se rapprocher de l’oxigène, du chlore et de l’iode, forme une combinaison très faible avec l'hydrogène, quoique celui-ci jouisse d’une très grande énergie électrique positive. On est donc de plus en plus fondé à admettre que le caractère neutre, acide ou alcalin d’un composé ne dépend pas uniquement du caractère de ses composants, mais aussi de leurs proportions et de leur condensation en volume, ou, en d'autres termes, de l’arrangement de leurs molécules...

On lira également, avec un vif intérêt, les observations suivantes de Gay-Lussac Sur la nomenclature des combinaisons de l'iode el du chlore avec les autres corps, observations qui terminent, avec une Note sur l'ammoniaque, considérée comme un oxide, les additions de cet admirable Mémoire sur l'iode, réputé à juste titre comme un modèle de science, d’exactitude et de clarté.

Sur la nomenclalure des combinaisons de l’iode et du chlore avec les autres corps.

On peut demander pourquoi, au lieu de désigner par le nom d'iodure de potassium la combinaison de l’iode avec le potassium, on ne la désignerait pas par celui de potassure d’iode. Fobserve d’abord que les combinaisons du soufre avec les métaux portant le nom de sulfures, celles du chlore et de l’iode doivent, par analogie, porter celui de chlorures et d’iodures ; mais pour appliquer, en général, avec certitude la terminaison générique pure, j'ai pris pour principe de la donner à celui des éléments d’un composé binaire qui a Te plus d’affinité pour l’hydrogène, et qui se combine avec lui, lorsque le composé peut déterminer la décomposilion de l’eau.

D'après ce principe, je désigne, par les noms chlorure de soufre, chlorure d'azote, les combinaisons du chlore avec le soufre où l'azote; je nomme iodure d’azote, iodure de potassium, les combinaisons de l’iode avec l’azote ou avec le potassium ; chlorure d’iode, la combinaison du chlore avec l’iode ; et enfin sulfure de carbone, iodure de phosphore, les combinaisons du soufre avec le carbone et de l'iode avec le phosphore.

S'il est délicat de départager les avis relativement auxmérites des deux savants antagonistes sur la question de

l’iode, il est du moins certain que les travaux de Gay- Lussac, et en particulier le mémoire de 1814, sont de beau- Coup supérieurs à ceux de Davy. La préparation actuelle de l'acide iodhydrique utilise, il est vrai, l'hypothèse de Davy sur l'humidité de l’iode, humidité appartenant en réalité à l’iode impur, mais c'est à Gay-Lussac que revient l'honneur d’avoir affirmé le premier l'existence des chlorates et des iodates en tant que sels analogues aux sulfates et aux nitrates, de même qu'il a le premier obtenu à l'état libre les acides chlorique et iodique. N’insistons pas.

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