‹ Bernard Courtois 1777-1838 et la découverte de l'iode 1811Chapitre 7 sur 35 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La famille Courtois à Paris. — Bernard Courtois : sa jeunesse, sa formation scientifique, son mariage, sa vie industrielle jusqu'en 1811.

Quant à Bernard, aussitôt le départ de Guyton de Morveau pour Paris, son père le garde quelque temps auprès de lui ; puis, ne voulant point s’'embarrasser de l'éducation

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Autographe de Bernard Courtois (1794).

de son fils, dont il reconnaît les dispositions marquées pour l'étude de la chimie, il le confie aux soins de M. Frémy, pharmacien à Auxerre, père de Frémy, pharmacien à Versailles, et futur grand-père du littérateur Arnould Frémy, professeur à la Faculté de Lyon, puis romancier fécond et applaudi, ainsi que du chimiste Edmond Frémy, membre

et président de l’Académie des sciences, dont on connait les innombrables travaux, tant de chimie organique et physiologique que de chimie industrielle et analytique.

Bernard, dont certains auteurs ont dit avoir vu le nom inscrit sur une des pierres de la cave du pharmacien d'Auxerre (1), est admis comme élève stagiaire dans l’officine. Il y fait son apprentissage. Il s'y montre assidu et courageux. C'est un bon élève dont le maître est satisfait. Déjà se manifestent en lui les qualités d’observateur qui l’aideront plus tard dans ses découvertes.

I reste environ trois années à Auxerre. Puis, son apprentissage lerminé, Bernard Maret, son parrain, le fait venir à Paris. Guylon de Morveau est alors au pinacle. Il est entré à l'Institut lors de sa formation en 1796. La direction de l'Ecole polytechnique vient de lui être confiée, et, sur son intervention, voici Bernard Courtois admis dans le laboratoire de cette école, sous les ordres de Fourcroy. Il est, cette fois, dans son élément. Il a retiré de son passage dans une officine des principes de méthode et le goût du travail intelligent, mais il n’a pu y suivre des travaux de chimie pure. Sous la direction de Fourcroy, il s'y attache avec enthousiasme et entreprend même quelques recherches.

Mais l'heure sonne pour lui de servir son pays. En 1799, il est affecté comme pharmacien dans les hôpitaux militaires. Il en remplit du moins les fonctions: car il n’a pas de titre officiel, le diplôme n'existant pas encore et la lettre de maitrise n’existant à peu près plus (2). Il y accomplit,

() M. Moussot, propriétaire actuel de la pharmacie Frémy, qui a eu l’amabilité de se livrer, sur notre demande, à un examen minutieux ‘de tous les noms inscrits ou plutôt gravés dans la pierre du grand escalier de sa cave, n’y a pas trouvé celui de Bernard Courtois. Mais depuis l'époque de Frémy, des réparations furent exécutées, des casiers installés, et l'inscription peut dans ces conditions avoir été masquée ou être disparue.

(2) C'était alors une époque de grande confusion dans les services de santé. Les anciens titres de capacité restaient acquis, en fait, ainsi que les grades militaires qui y correspondaient. Les Ecoles de santé, constituées hâtivement en 1794 en vue de former un personnel instruit pour

pendant un an, un service régulier, et, sorti de l’armée, rentre dans le laboratoire de Louis-Jacques Thénard avec qui il s'était lié d'amitié à l'Ecole polytechnique, lorsque Thénard yétait entré, comme préparateur de chimie, en 1798. Au bout de quelque temps, vers 1802, je crois, Seguin l'appelle auprès de lui. Seguin a bientôt jugé son nouveau préparateur. Il a reconnu en lui des aptitudes spéciales et, comme il est lui-même très occupé par l'exploitation des tanneries auxquelles il doit sa fortune, il confie à Courtois l'étude d'un produit sur lequel il base de grandes espérances : l'opium. Bernard Courtois se met à l'étude et parvient à isoler de l’opium un corps cristallisé, doué de réactions alcalines et susceptible de se combiner avec les bases.

Ce corps, c'est le premier alcaloïde connu : c’est la morphine ! Il ne faut pas hésiter à le reconnaître et à l’affirmer, c’est à Bernard Courtois qu'est due la découverte de la morphine (1). Le 24 décembre 1804, Seguin communique à l’Institut le mémoire de son collaborateur. On ne le retrouvera inscrit dans les Annales de chimie, que dix années plus tard (2).

le service des armées, ne délivrèrent de certificats de capacité qu’à partir de 1798. Aussi des récriminations se manifestent-elles à ce sujet chaque fois que viennent en discussion les projets destinés à aboutir aux lois médicale et pharmaceutique de l’an XI : « Les jeunes médecins, chirurgiens et pharmaciens, employés sans réception légale, dans les armées de terre et de mer, et que des congés et des licenciements réguliers renvoyaient dans les départements, n’ont cessé de solliciter auprès du législateur un mode d'examen et de réception. » (Rapport de Cabanis au Conseil des Cinq-cents, 22 juin 1798). L'article 9 de la loi de Germinal, an XI, n’est d’ailleurs qu’un des aboutissants de cette situation confuse.

(1) Outre les travaux de Seguin, auxquels il collabora, Courtois poursuivit seul ses recherches sur l’opium, ainsi qu’en témoigne ce passage d’une lettre, écrite par le savant Frémy : « J'ai vu Courtois, à la fin de sa vie, essayer de produire artificiellement les alcalis organiques », et ainsi qu’en témoigne également une lettre où sa veuve écrivait, en parlant des travaux de son mari : « Longtemps, ils'est livré à un travail sérieux sur la morphine, etc. ».

(2) Le deuxième rapport de Seguin sur l'opium n’a pas paru. Il est très probable que c'est à cette époque que Seguin a été jeté en prison. À partir du premier rapport, ses articles ne paraissent plus dans les Annales de chimie.

On peut se demander dès maintenant pourquoi Courtois, malgré l'étendue de ses connaissances en chimie, n’est pas devenu le grand savant qu'il pouvait, qu’il devait devenir. Il a tout simplement manqué de confiance en lui-même. Ses études générales, comme je l’ai déjà signalé, n’avaient peut-être pas été poussées assez loin. Je parle surtout des études secondaires, pour lesquelles je n’ai retrouvé aucun diplôme universitaire portant son nom. Cette raison peut suffire à expliquer son manque d'assurance et d’audace. Il a commis, en effet, pour la morphine, la même faute que nous lui reprocherons pour l'iode. Il n’a pas été assez soucieux de ses intérêts, pas assez décisif dans ses affirmations. Etait-ce de sa part timidité naturelle ou scrupule de savant incomplet? L'un et l’autre. Il avait obtenu la morphine en utilisant l'ammoniaque. Trouvant au corps nouveau des propriétés alcalines, il s’est demandé si ces propriétés n'appartenaient pas à l’ammoniaque seule. De cette hésitation, Sertuerner, plus audacieux et plus érudit, s'est nettement dégagé. Courtois, plus timide, a fait des réserves. Je crois difficile de l’en blâmer. Et pourtant ?

Cette timidité n'a pas échappé à la sagacité du grand Vauquelin. Et l'on sait la belle campagne qu'il entreprit en 1816 pour réclamer en faveur de Seguin la priorité de la découverte de la morphine. Or, dans cette affaire, qui dit Seguin dit Courtois, incontestablement.

En tout cas, malgré les sympathies qui devaient lier les deux chimistes, Courtois et Seguin ne devaient pas tarder à se séparer. Chacun allait suivre ses destinées. Seguin, enrichi d'une façon considérable pendant la Révolution, grâce aux bénéfices énormes qu'il avait réalisés à titre de fournisseur général des cuirs et peaux pour toutes les armées dela République, allait se voir obligé par Bonaparte à restituer une partie de sa fortune et se voir emprisonné jusqu’à la chute de l'Empire. Bernard Courtois allait, de son côté, se lancer dans l’industrie chimique du salpêtre, entrainé par les obligations que son père devait lui créer.

Son père, en effet, quitte Dijon en 1802 et arrive à Paris. Pourquoi ce départ ? Pourquoi vient-il ainsi tenter la chance dans la grande ville? Hélas! sait-on jamais le pourquoi véritable de nos décisions ? A n’en pas douter, Jean-Baptiste était attiré par le désir de se rapprocher de Guyton de Morveau, alors tout-puissant ; il comptait probablement sur l'appui de son ancien maître. Peut-être aussi était-il désireux de jouir des succès de son fils ? Le jeune chimiste tenait tout naturellement son père au courant de ses travaux ; il l'avait entretenu vraisemblablement de ses recherches effectuées dans le laboratoire de Seguin. La présence de Courtois à Paris en 1802 le fait présumer. Voici, d’ailleurs, les faits relevés dans l’ordre chronologique, grâce aux documents officiels, notariés ou autres, qui me sont parvenus.

Le 23 prairial an X (12 juin 1802), J.-B. Courtois, administrateur de la nitrière artificielle de Dijon, vient à Paris (1). 11 loge chez M. Lamy, commissionnaire, rue Montorgueil ; il entreprend de se fixer dans la capitale et achète à la veuve Dartigue et à son fils une maison sise rue Sainte-Marguerite, n° 29, au faubourg Saint-Antoine. Il s'engage, conjointement avec Marie Bled, son épouse, à solder cet achat onze mois plus tard, et, à cet effet, il retourne à Dijon, y vend une partie de ses biens (2) et rentre à Paris s'installer comme salpêtrier, rue Sainte-Marguerite, dans la maison qu’il vient d'acquérir. L’Almanach du commerce de Paris(3) nous renseigne à ce sujet. Le nom de Jean- Baptiste y figure en 1804, 1805, 1806. Pour cette dernière date, nous faisons toutefois quelques réserves. En effet, loin de s'améliorer dans la capitale, les affaires de Courtois y deviennent promptement mauvaises. Il est mis en faillite.

(1) Voir aux annexes, pièces n° 2 et 3.

(2) Document Voisenet, 9 fructidor an XI (Voir supra, p. 34), et Archives de la Côte-d'Or, Q décomptes 2788-9.

(3) Almanaeh du commerce de Paris, par de la Tynna:

Son bilan, retrouvé aux Archives de la Seine (1), porte la date du 20 décembre 1807, mais il porte aussi une note terminale, signée de la main de Jean-Baptiste Courtois, où il écrit : « J’observerai donc enfin que c’est après être resté captif et détenu pendant vingt-six mois dans la maison Sainte-Pélagie que j'ai obtenu le levée de mes écrous. Faute il y a eu de fournir aliment ».

Il ressort de cette nôte que son internement date à peu près de novembre 1805. La maison de commerce était donc gérée en son absence par un syndic quelconque ou par quelqu'un le représentant. Or, ce représentant n'était autre que son fils, Bernard Courtois. Le père et le fils étaient-ils déjà associés, sinon en nom collectif, tout au moins à intérêts communs ? C’est possible, mais ce n’est pas prouvé. Quoi qu'il en soit, une série de documents vont nous renseigner mieux que toute hypothèse. Les Archives de la Seine (2) renferment l’état de situation de la fabrique de salpêtrier du sieur Bernard Courtois fils, sise à Paris, rue Sainte-Marguerite, n° 39 (le numéro a changé, mais la maison reste la même), et y exerçant la profession de salpêtrier. Ce bilan nous indique en particulier que Bernard s’est porté caution de son père visà-vis des créanciers. D'ailleurs, les circonstances difficiles qui se sont présentées à cette époque ont eu une répercussion fatale sur les intérêts de J.-B. Courtois, répercussion qu'il a soulignée lui-même dans la note ajoutée par lui au bilan de sa faillite, en date du 20 décembre 1807, que j'ai citée plus haut. Jean-Baptiste y fait remarquer que l'on s’est montré envers lui d’une sévérité excessive :

«Comparant, dit-il, mon actif présent et futur avec le total de mon passif, on voit un excédent de 44,196 fr. 44 : donc bien constant que sans les pertes énormes que j'ai éprouvées, j'aurais eu la satisfaction de faire honneur à

(1) Faillites, carton III. Voir aux annexes, pièce n° 9. (2) Carton des bilans 104, dossier n° 10057, 25 février 1806. Voir aux annexes, pièces n° 4, 5 et 6.

mes engagements et même sans qu'il soit besoin d'attaquer le dividende nécessaire au soutien de ma fabrique. » Et il ajoute, car il est honnête homme : « Actuellement dénué de tous moyens, même de ceux nécessaires pour faire valoir mes droits contre mes débiteurs, je ne puis qu'offrir l'abandon général de tout mon actif à mes créanciers. »

Son fils Bernard fait mieux encore ; il se porte garant vis-à-vis de ceux-ci.

Les documents que j'ai sous les yeux sont fertiles en renseignements de toute sorte. C’est ainsi que nous apprenons, par une note de Jean-Baptiste Courtois, figurant au résumé des pertes de son bilan de faillite, qu'il avait perdu dans la vente de la maison dite & Nitrière Saint-Médard de Dijon », une somme de 24,000 francs, abandonnée aux créanciers hypothécaires ; dans cette somme se trouve compris également son mobilier laissé à Dijon.

Nous trouvons, d'autre part, dans les pièces annexes du bilan de rachat de Bernard Courtois, mention d’une somme de 4,000 francs prêtée à Jean-Baptiste Courtois père par le sieur Louis-Bernard Guyton de Morveau, membre de l'Institut, officier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, rue de Lille, n° 63, somme que Bernard s’est également obligé à rembourser (1).

Quant à son père, le dernier document officiel le concernant est le bilan de faillite daté du 20 décembre 1807, dont je viens de parler. Cependant, les registres paroissiaux de Dijon enregistrent sa signature en 1811, à l'occasion du baptême de l'un de ses petits-fils (2); et les registres de l’état civil citent son nom en 1813, lors du

(1) Voir aux annexes, pièce n° 6.

(2) « Le 21 mars 1811, a été baptisé Jean-Baptiste-Jules, fils de

M. Pierre Courtois, marchand, né le 16 janvier 1811. Il a eu pour parrain Jean-Baptiste Vallot, et pour marraine, Cécile Audifrède.. soussignés.… Cécile AUDIFFRED, [J.-B.] COURTOIS, P. Courrois, Jean-Baptiste- Isidore VaLLoT.…. » (Extrait du registre des actes religieux de la paroisse

Saint-Michel, de Dijon.)

décès de sa femme à Dijon (1). Resta-t-il auprès de son fils à Paris ? Aucun autre indice ne le révèle. La date de sa mort elle-même nous reste inconnue. Aucune trace de son décès n'existe ni à Paris, ni à. Dijon. {l n’en est pas de même, heureusement, pour son fils Bernard dont nous allons suivre désormais pas à pas l'existence laborieuse jusqu’à sa mort.

Le bilan de rachat établi à son nom porte la date du 25 février 1806. L’Almanach du commerce de Paris est muet, sur son compte, pendant les années 1807, 1808 et 1809. La fabrique de salpêtre de la rue Sainte-Marguerite n’y est même plus citée. Il est vrai que, le 28 mai 1806, J.-B. Courtois père avait vendu l'immeuble à un sieur Cotinot (2) et que, le 21 décembre 1807, dans son bilan de faillite, il avait déclaré habiter au n° 9 de la rue Saint-Ambroise. Il avait donc définitivement quitté la rue Sainte-Marguerite. Toutefois, à son adresse nouvelle, existe une fabrique de salpêtre, dirigée par Lamirau pendant les années 1807 et 1808 : rien au nom de Courtois. En 1809, et pour la dernière fois, nous retrouvons une salpêtrière, exploitée comme auparavant au 39 de la rue Sainte-Marguerite ; mais ce n’est ni Lamirau, ni Courtois qui l’administrent ; c'est un sieur Deloncle dont nous lisons le nom pour la première et unique fois. Bernard Courtois a cependant signé de sa main, le 25 février 1806, le bilan de situation que nous avons cité. Que fait-il donc ? Est-il plus ou moins associé à Lamirau ou à Deloncle ? Mystère. Est-il à la recherche de capitaux en vue de reprendre la direction d’une industrie salpétrière quelconque? Les a-t-il trouvés ? Hypothèse accep-

() «... cejourd’hui, 15 février 1813, heure de 2 du matin, Marie Blé, âgée de 72 ans, rentière, native de Villy-le-Mouthier, fille de feu Pierre Blé et de feue Jeanne Poupon, son épouse, et mariée à Jean-Baptiste Courtois, domicilié à Paris, est décédée au domicile de Pierre Courtois son fils, marchand, demeurant à Dijon, place Impériale (place d’Armes). » (Extrait des registres de l’état civil de Dijon.)

(2) Voir aux annexes, pièce n° 8.

table, mais sans aucun fondement sérieux. Par bonheur, un document va nous renseigner, sinon sur la vie commerciale de Bernard, du moins sur sa vie intime. C'est une pièce officielle retrouvée en 1913, dans un dépôt d’archives de la mairie de Soissons, par M. E.-H. Guitard, secrétaire de la Société d'histoire de la pharmacie. Je dirai plus tard à quel sujet. Il s’agit pour l'instant d’une lettre dans laquelle M. E.-H. Guitard a relevé l'indication du mariage de Bernard Courtois, ou, pour mieux dire, l’année où ce mariage a été célébré : 1808. La date exacte est inconnue. Toutes les recherches tentées pour la découvrir sont restées vaines. Ce que l’on sait, par les pièces officielles dont j'exposerai l'existence au cours de cette étude, c'est que la jeune épousée se nommait Madeleine-Eulalie Morand. En 1808, elle avait vingt ans, ainsi qu’en témoigne son acte de naissance que voici :

Naissance de Morand (Madeleine-Eulalie), 15 janvier 1788. Préfecture du département de la Seine. Extrait du registre des actes de la paroisse de Saint-Gervais et Saint-Protais pour l’année 1788. « Le 16 janvier 1788 a été baptisée Madeleine-Eulalie Morand, née d’hier, fille de Claude Morand, coeffeur, et de Catherine Remy, son épouse, demeurant rue de la Mortellerie, de cette paroisse. Le parrain Henri-Gabriel d’Acosta, peintre, demeurant rue Philippeaux, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, la marraine, Marie-Madeleine Lenoir, fille mineure d’Antoine Lenoir, fermier, demeurant à Meaux-en-Brie. La marraine a déclaré ne savoir signer, le parrain et le père présents ont signé avec nous. — Signé : MORAND, D’ACOSTA, DUTER et CROIZET, prêtre. »

Pour extrait conforme :

Paris, le 21 juin 1858.

Le Secrétaire général de la Préfecture de la Seine, Signé : MIRMAN.

Un habile et savant connaisseur des choses d’autrefois, M. Denis de Lagarde, qui a bien voulu m'aider de son précieux concours dans les recherches que j'ai entreprises, a enquêté de tous côtés pour découvrir la date exacte du

mariage de Bernard Courtois avec Madeleine Morand. Considérant que celle-ci était née rue de la Mortellerie (actuellement rue de l'Hôtel-de-Ville, 4 arrondissement, paroisse Saint-Gervais-Saint-Protais) et qu'elle pouvait être domiciliée chez ses parents lors de son union, il a compulsé les registres de cette paroisse entre 1806 et 1811. Aucune mention. Rien également à l’église Saint-Merry, où M. l'abbé Baloche, l’auteur d’une monographie magistrale sur son église, l’a secondé de toute sa réelle obligeance. Rien encore dans d’autres églises. Conclusion : la famille de la jeune fille n’habitait plus, en 1808, le quartier qu'elle habitait en 1788. Force nous est donc de noter seulement que le mariage Courtois-Morand a été célébré en 1808.

Quant à savoir si ce mariage apportait ou non au jeune chimiste les moyens qui devaient alors lui manquer pour s'installer, le doute est permis si l’on considère à la fois la modeste origine de M"° Courtois, fille d’un petit coiffeur de quartier, sachant à peine écrire, comme nous le verrons quelque jour en relisant une de ses lettres, et l'absence de contrat lors de son mariage.

Quoi qu'il en soit, à partir de 1810, c’est-à-dire deux ans après son mariage, et sauf une éclipse de 1815 à 1817, nous retrouvons Bernard Courtois, bien et dûment installé cette fois comme salpêtrier au n° 9 de la rue Saint- Ambroise. C’est l'adresse, rappelons-le, que nous avions relevée dans l'acte de bilan de son père, en 1807. On peut supposer que le père et le fils avaient vécu ces quelques années sous le même toit, mais ce n’est qu’une supposition. Aucun fait ne la justifie. Rien également ne justifie l’indication donnée par Jagnaux, Histoire de la chimie, t. I, pages 521 à 524, d’après laquelle Courtois aurait habité rue du Regard, en 1811.

Problème insignifiant en lui-même, mais qui prend une importance anecdotique considérable, si l’on veut bien penser que l’année 1811 est celle de la découverte de l’iode. Aussi avons-nous tenu à mener jusqu'au bout l'enquête

relative à cette indication. Nous avons cherché par tous les moyens à retrouver, rue du Regard, la présence de Courtois entre 1806 et 1811. Hélas! son nom ne figure sur aucun état, policier ou civil. Allant plus loin, nous avons voulu voir si les registres des paroisses nous seraient plus secourables que les registres civils, et si même les introuvables lieu et date du mariage n'allaient pas tout à coup et par cette voie nous être révélés. La rue du Regard (VI: arrondissement) ressort, pour les numéros supérieurs à 13, de la paroisse Saint-Sulpice, et, pour les treize premiers numéros, de la paroisse des Missions étrangères, supprimée en 1879 et transférée, à cette date, à l’église Saint- François-Xavier, où se trouvent les anciennes archives. Or, à Saint-Sulpice et à Saint-François-Xavier, malgré l’obligeance des vicaires et la tenue très soignée des registres, nous n'avons trouvé aucune trace du mariage Courtois- Morand, dans la période 1806 à 1811.

Aucun doute n’est donc désormais permis. C’est bien au n° 9 de la rue Saint-Ambroise, conformément aux indications de l’Almanach du commerce de Paris, que Bernard Courtois habitait en 1810. Et c’est là, c’est dans cette demeure sur la façade de laquelle nous voudrions que fût placée quelque jour une plaque commémorative, que s’est produit le grand événement qui devait porter le nom de Bernard Courtois à la postérité.

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