VI AVANT-PROPOS
robe de luxe qui tant séduit les amateurs. Saint-Simon, indulgent à sa coutume, nous le montre contemplant avec ferveur le dos de ses livres, en compagnie du duc de Nouilles. Eh ! bien oui, il se plaisait et se complaisait dans leur admiration : preuve de goût, assurément. N'est-ce pas de quoi toucher iun des membres les mieux avertis de cette Société des Bibliophiles françois plus fermée que l'Académie elle-même ? Le baron Portails a tenu — combien de fois et en quel nombre ! — ces chefs d œuvre enviables autant qu'enviés, dûs à l'art des Boyet et des Pasdeloup qui les ont timbrés au dos, aux angles et sur les plats, de la toison d'or empruntée par le poète à l'infidèle amant de sa Médée. // a souvent caressé d'une amoureuse main ces peaux aux tons harmonieux dont la fmesse du grain l'enchante ; et comme il n'est point égoïste de nature, il nous fait voir, après avoir vu. Gourmet raffuié de toutes les belles et bonnes choses, il nous montre avec tant d'appétence convaincue ces blandices du maroquin pourpre doublé de vert pistache, que l'eau en vient presque à la bouche. Le veau fauve, le veau marbré prennent eux-mêmes à ses yeux une valeur soudaine, quand ils ont pour parure la laine d'or du mouton fameux. De cette bibliothèque de Longepierre dispersée aux quatre vents du ciel, Roger Portails posséda et pos.sède encore quelques souvenirs précieux, à l'exemple de Henry Hous.saye qui en abrite des épaves sous l'aile brisée de l'Aigle de Waterloo, ou du grand poète José-Marin de Ileredia qui a suspendu la précieuse toison au.v palmes de ses 'l'rophûes. // suit d'ailleurs, d'un soin jalou.r, leurs aventures par