‹ Bernard le potier de terreChapitre 2 sur 23 · LE SIECLE · texte numérisé non relu

LE SIECLE

des règles plus saines, selon son opinion, ne touchajcnt cependant en rien aux principes fondamentaux du catholicisme.

Le traitement qu'on avait fait subir aux trois moines récemment arrèlés, et la cruauté de parti pris avec laquelle on se préfiarait b les envoyer à la mort avaient indigné Bernard etsingulièrement ébraidésa foi. Naturellement porté à venir en aide aux malheureux, il puisait donc encore dans les circonstances actuelles un redoublement de charité, et ce fut avec joie qu'il accueillit frère Robin dans sa maison. Claudine , dont 1 indisposition n'eut aucune suite sérieuse, le seconda dans cet acte de dévouement avec tout le zèle que lui inspirait la bonté de son cœur.

Des vêtemens convenables remplacèrent l'ignoble livrée verte dont on avait alïublé frère Robin. Il fut ensuite établi dans une chambre retirée, n'ayant de vue que sur un parterre bordé de grands arbres. Là, entouré desoins et de prévenances, protégé contre les regards indiscrets des voisins, instruisant son hôte ou discutant avec lui dans les momens de liberté que laissait à celui-ci son travail, il devait attendre que des temps meilleurs lui permissent de rentrer sans danger dans le monde.

Parmi toutes les causes de péril qu'il essayait de conjurer, Bernard avait malheureusement oublié de compter iMarcadau. Il reçut dans la soirée de ce même jour la visite du potier, qui, nous devons le dire, ne se doutait guère en ce moment qu'il fût si proche du fugitif dont il avait le malin, rebuté les prières.

Bernard et Claudine achevaient de souper avec leurs enfans. Ceux-ci, par bonheur, ignoraient qu'il y eût un nouveau commensal dans la maison; ils n'étaient pas encore levés lorsque le frère Robin avait été installé dans sa reiraile, et les deux époux se gardaient bien de prononcer en leur présence un seul mot qui pût trahir leui secret.

Marcadau s'assit, complimenta Claudine sur la bjnne santé de ses enfans, qu'il regarda beaucoup moins que leur mère, et accepta sans trop de façons un verre de vin que lui oITrit Bernard.

Les visites de Marcadau se rcnouvelaieni souvent. Que, aimant l'attirait? Il n'eût su le dire lui-même. Éttit-il entraîné par le plaisir de contempler les traits d'une femme qu'il avait aimée, et s'élait-il fait une douce habitude de ce plaisir qui ne pouvait le mener à rien ? Nous inclinerions volontiers vers cette supposition ; car il ne venait cerlainement pas pour Bernard, qi/il détestait dans le fond quoiqu'il lui fît bonne mine à l'extérieur. Peut-être aussi cette haine le poussait elle instinctivement à se tenir toujours bien informé de ce qui se passait dans la maison. Il n'était pas déraisonnable d'espérer qu'un jour ou l'autre i|uelque incident lui fournirait une occasion de nuire et de se venger.

Ajoulonsqup Marcadau s'ennuyait profondément chez lui : il était veuf depuis un an, et les charmes de la paternité no lui offraient que de médiocres séduction?. Il abandonnait aux soins d'une vieille gouvernante son unique enfant, une ravissante petite fille nommée Marthe.

— Ah I maître Bernard, — dit-il en replaçant son verio vide sur la table, — il m'est arrivé ce matin une étrange aventure, dont vous me voyez encore tout ému.

— Agréable ou fâcheuse? — demanda Beinai-d.

— Fûcheuso, très fâcheuse, et, si je n'avais fait prouve de vigueur, je ne doute point qu'elle n'eût été funeste au salut de mon âme.

— Je vous vois venir, — dit Bernard en souriant, — je vous vois venir, maître Marcadau, avec un de ces aimables petits contes d'apparitions et de sorciers dont vous nous régalez quelquefois.

— On sait, — réplii)ua le potier, — que vous n'êtes pas doué d'une foi bien vive, et que vous prenez à tâche de fermer les yeux à une foule de vérités.

— Vous appelez vérités des rêves do votre imagination.

— Par mon saint patron I je ne rêvais point ce matm,

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