‹ Bernard Palissy et les débuts de la Réforme en SaintongeChapitre 3 sur 8 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Bernard Palissy parait être né vers 1510, dans le diocèse d'Agen. Il a passé quelques années à Tarbes ; il s’est établi à Paris vers 1566 et y est mort en 1589 ou 1590, après un assez long séjour à Sedan. Mais nous n'avons de renseignements importants que sur les années passées à Saintes. C’est là que se sont accomplis les évènements décisifs de sa vie : c’est là qu’il à trouvé l’émail après quinze ans de recherches infatigables ; c’est là qu’il a découvert la plupart de ses « recettes »; c’est là enfin qu’il a appris à lire la Bible et à chanter les psaumes des huguenots. Si la

Saintonge n’est pas sa patrie d’origine, elle est sa patrie

d'adoption. Elle a exercé une influence profonde sur son développement et c’est seulement dans ce milieu que nous pouvons l’étudier et le comprendre.

L'ancienne province de Saintonge forme aujourd’hui la partie. méridionale du département de la Charente-Inférieure. On distinguait la Haute Saintonge, avec Saintes pour capitale, et la Basse Saintonge, dont la ville principale était Saint-Jean-d’Angély.

Au xvr° siècle, s’il faut en croire Théodore de Bèze!, la

vie y était facile. C'était « la contrée de France la mieux

accomodée de tout ce qui peut être souhaité pour l'aise et commodité de cette vie». La population était « adonnée à toutes manières de délices et à ce qui s’ensuit ».

Les idées de la Réforme s’y infiltrèrent secrètement à

l Histoire ecclésiastique, I, p. 122.

partir de l’année 1536, par le ministère d’un ancien procureur, Philippe Véron, que Calvin s’était attaché lors de son séjour à Poitiers. Sous le nom de « Ramasseur », il parcourut la Saintonge, l’Aunis et l’Angoumois. Bientôt Albert Babinot, docteur en droit, disciple lui aussi de Calvin, vint le rejoindre dans son vaste champ de travail. Ils gagnêrent quelques gentilshommes et se firent écouter avec sympathie par les classes inférieures. ee

Ce n’était là qu’une préparation ; le temps des véritables semailles n'était pas encore venu. Il ne parait pas que Bernard Palissy ait jamais été en rapports avec l’un:ou l’autre de ces évangélistes. Le « petit narré » qu’il nous a laissé des débuts de l'Eglise de Saintes, nous fait remonter seulement jusqu’à l’an 1546. |

L'œuvre prit alors des proportions nouvelles. Des moines qui avaient été en Allemagne, ou qui avaient lu les livres des réformateurs, « prirent la hardiesse, assez couvertement, de découvrir quelques abus. » Ils s’attaquérent tout d’abord à un des plus grands scandales de l’Eglise, à ces bénéfices qu’on accordait libéralement aux prêtres de haute naissance, ou même à des juges, à des officiers, etc., bénéfices qui pesaient lourdement sur le peuple et qui laissaient les desservants dans un état voisin de la misère.

Frapper à la bourse, c'était frapper au cœur; la riposte ne se fit pas attendre. Les juges ayant presque tous « quelque morceau de bénéfice qui aidait à faire bouillir le pot », se mirent à poursuivre ces moines qui venaient les troubler si indiscrètement dans leur ménage. Et ces pauvres moines, « craignant qu'on ne les fit mourir de chaud » s’enfuirent, s’exilèrent, Se défroquêrent. Abandonnant pour toujours l’idéal monastique, ils allèrent remplir, au milieu du peuple, les devoirs de la vie chrétienne. Plusieurs se retirèrent sur les côtes de la Saintonge, dans les îles de Ré et d'Oléron où ils se croyaient à l’abri, ou à peu près, contre les persécutions.

Devenus ouvriers ou instituteurs, ils gagnèrent promptement la confiance de tous et ils se hasardèrent à communiquer leurs idées. Personne ne s’offusquant de leurs

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paroles et le grand vicaire les favorisant en secret, ils se inirent à prêcher en chaire. Leur succès fut considérable, les yeux d’un grand nombre s’ouvrirent, et tout le pays aurait passé à la Réforme en peu de temps et sans secousse, si seulement on avait laissé aux gens leur liberté.

. Mais il y a des hommes sur la terre spécialement chargéês, semble-t-il, de contrecarrer la liberté d'autrui, et de

“rejeter dans l’ornière celui qui par hasard tente d’en sortir.

C'était la vocation d’un certain « Collardeau, procureur fiscal, homme pervers et de mauvaise vie.» Il écrivit à

l’évêque de Saintes, en ce moment à la cour, que tout était

plein de Luthériens, et il demandait la charge de les extirper. La réponse n’arrivant pas assez vite, il courut à Paris,

. obtint ce qu’il désirait, et surtout une bonne somme de

deniers de la part du Parlement de Bordeaux Collardeau fit arrêter Robin à Saint-Denis, Nicole à

Arvert et l’instituteur de Gémozac. Ils comparurent devant

un chanoine de Saintes nommé Navières qui avait lui-même dénoncé les abus de l'Eglise. Seulement il avait été « gagné par son ventre » c’est-à-dire qu’on lui avait fermé la bouche avec quelque bénéfice, et il était intéressé à faire taire les autres. Ils furent condamnés à la dégradation. On les mena sur la grande place de la ville, « vêtus d’accoutrements verts afin que le peuple les estimât fols ou insensés, bridés comme chevaux, avec une pomme de fer dans la bouche, parce qu’ils soutenaient virilement la querelle de Dieu. » Ramenés en prison, après avoir servi de spectacle au peuple, ils devaient être envoyés à Bordeaux pour y être condamnés à mort. è

Mais celui des trois à qui on en voulait le plus, frère Robin, réussit à se sauver. Les deux autres, moins heureux, furent brûlés, l’un à Saintes et l’autre à Libourne, où le Parlement de Bordeaux s'était retiré à cause de la peste. C'était au mois d'août 1546.

Ce n’est pas en brûlant quelques prédicateurs qu’on met fin aux prédications. L’évêque, Charles de Bourbon, s’en aperçut et imagina un stratagème pour venir à bout de ses desseins. Il obtint un mandement du roi pour abattre

les forêts qui se trouvaient autour de la ville. Et comme le peuple protestait, il fit venir « certains moines sorbonnistes qui écumaient, bavaient, se tourmentaient et viraient, faisant gestes et grimaces étranges, criant contre ces chrétiens nouveaux et exaltant l'évêque, disant qu'il descendait du précieux sang de Monseigneur Saint Louis ! »

L'invention était ingénieuse et réussit parfaitement. Plus de bois, plus de prédicateurs. Le pauvre peuple y perdit au temporel comme au spirituel; mais la paix régnait, la

paix du sommeil! C'était tout ce qu’on voulait. Impossible

de constituer une église; il fallait se contenter de « détracter la papauté » entre amis, avec la plus grande prudenos Cette situation se maintint jusqu’en 1557.

Nous ne savons pas grand chose de cette période. Il se

faisait un travail lent et sourd, mais profond, semblable à l'action du levain au sein dela pâte. Nous en avons la preuve dans la riche floraison d’églises qui va apparaître :

en Saintonge à l’appel de quelques évangélistes. Une étincelle mettra en feu tout le pays. Nous en avons la preuve aussi dans la lettre que Calvin écrivit le 12 octocre 1553 à quelques personnes qui lui avaient fait demander par Philibert Hamelin quelle conduite elles devaient tenir. Le Réformateur répond qu’il faut commencer par fuir les idolâtries et les superstitions, établir un ordre pour s’assembler au nom de Dieu; plus tard seulement ils pourront participer à la sainte Céne

C’est ce Philibert Hamelin qui va être le grand apôtre de la Saintonge. Son histoire mérite d’être contée, d’abord parce que son rôle a été considérable, ensuite parce qu'il fut l’ami de Bernard Palissy et qu'il exerça une influence profonde sur sa pensée et sur sa vie. j

Leurs relations remontent à l’année 1546. Philibert Hamelin, né à Tours, était un de ces prêtres qui, comme Robin et Nicole, s'étaient convertis aux idées nouvelles et avaient commencé à annoncer l'évangile. En 1546 il était à Saintes ; il fut emprisonné, mais réussit à échapper au bûcher. Th. de Bèze dit qu'il se sauva « par le moyen de

no amis !. >» Mais les amis n'auraient pas suffi à le tirer de prison s’il n'avait « dissimulé en sa confession » comme le dit Palissy.

Sa conscience ne lui laissant aucun repos, il se rendit à Genève où il fut reçu habitant le 19 juillet 1549. Il se maria avec Marguerite Cheusse et se fit imprimeur. Il n'avait qu’un désir : être utile à l’Église de Dieu. Il publia la Sainte-Ecriture, les Commentaires de Calvin et son Znstitution chrélienne.

Bientôt ce travail ne suffit pas à son zêle et à son dévouement. Le 12 octobre 1553, Calvin lui donna une lettre l’'accréditant auprès des « fidèles dispersés en aucunes iles de France ?.» « Quant à l'homme, y est-il dit, vous le con- naissez, et de notre part, selon qu’il s’est montré ici homme craignant Dieu, et a conversé avec nous sairtement et sans répréhension, et aussi qu’il a toujours suivi bonne doctrine

et saine, nous ne doutons pas qu’il ne se porte fidèlement par delà et ne mette peine à vous édifier. »

Hamelin rentra donc en France et la parcourut en tous sens « S’efforçant partout où il passait d'inciter les hommes d’avoir des ministres et de dresser quelque forme d’Eglise. » Il avait avec lui quelques serviteurs qui vendaient des Bibles et des livres d’édification sortis de son imprimerie.

Son zèle le rendait ingénieux : « Il épiait l'heure que les gens des champs prennent leur réfection au pied d’un arbre ou à l'ombre d'une haie ; il feignait de se reposer avec eux et les instruisait à craindre Dieu, à le prier, lui qui leur donnait toutes choses pour l'amour de son Fils Jésus-Christ. HN demandait s'ils ne voulaient pas: bien qu’il priât Dieu pour eux. Les uns y prenaient grand plaisir et en étaient édifiés, les autres étonnés, entendant choses inaccoutumées; d’autres lui couraient sus parce qu’il leur montrait ‘qu'ils étaient en voie de damnation s'ils ne croyaient à PEvangile. » Il répondait aux malédictions et aux outrages : « Mes amis, vous ne Savez maintenant ce que vous faites, mais un jour vous le saurez et je prie Dieu de vous en faire

l Histoire ecclésiastique. I, p. 123.

2 Lettres françaises. I, p. 407.

la grâce.» Souvent chassé et emprisonné, ses livres

” confisqués, il rentrait à Genève, mais « s’estimait tellement

heureux quand il sortait d’un danger qu'il lui tardait d'entrer

en un autre !.» Le martyre l'attirait, il voulait le mériter. Bientôt il arrive en Saintonge où il se montre le modèle

accompli des évangélistes itinérants. Palissy parle de lui

avec une admiration sans bornes : « Il était Si juste et d'un si grand zèle que, combien qu'il fut homme assez mal portatif ?, il ne voulut jamais prendre de chevaux, encore que plusieurs l’en requéraient d’une bonne affection. Et combien qu'il eût bien de quoi moyennement, si est-ce qu'il n'avait aucune épée à sa ceinture, mais seulement un simple bâton à la main et s’en allait ainsi tout seul, sans aucune crainte. »

A Saintes, il fait « quelques prières et petites exhorta-

tions » devant sept ou huit auditeurs. Puis il annonce qu’il

va se rendre à Arvert et il supplie ces quelques fidèles de «se congréger, prier et s'exhorter l’un l’autre. »

La presqu'ile d’Arvert était une retraite de gens débauchés, de pirates, d'écumeurs de mer. Déjà, depuis quelques années, des moines y avaient préché contre les abus et les erreurs de l'Eglise romaine, et on ne parlait dans tout le pays que des Luthériens d’Arvert. Hamelin se met à l'œuvre avec sa véhémence ordinaire ; on l’accueille bien, on l'é-

coute et bientôt il inaugure une église qui servira de modèle

à plusieurs autres.

Mais il réussit trop bien et trop vite. Quand on apprit à

Saintes qu'il avait prêché au son de la cloche et baptisé un.

enfant, quand on apprit que Hamelin ne pouvant suffire à sa tâche, avait demandé aide à l’église de Paris, les ma-

gistrats de Saintes obligèrent l'évêque à « exhiber deniers

pour poursuivre Philibert avec chevaux, ce cuisiniers et vivandiers! »

Hamelin fut averti, ses amis le me de s'éloigner, mais il ne voulut jamais abandonner son troupeau. Bien

| plus, il alla au devant de ceux qui le cherchaient, d’après

! Crespin. Histoire des Martyrs, II, p. 469.

? Quoiqu'il eut de la peine à voyager.

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Th. de Bèze !, les saluant tous joyeusement et leur parlant avecune telleconviction que plusieurs pleuraient etauraient voulu se retirer sans rien lui faire, mais les autres leur firent peur. L’évêque de Saintes se transporta lui-même à Arvert et fit comparaître devant lui les nouveaux convertis. Tous abjurèrent, Sauf le procureur Baudouin et la mère de l'enfant qu'avait baptisé Hamelin. Le père, Jean de Vaux, le fit rebaptiser, et l’évêque voulut être parrain.

Conduit à Saintes, Hamelin est jeté dans la prison crimipelle avec un prêtre chez qui il avait logé et qu’il avait amené à l'Evangile. Interrogé par le procureur du roi, il fait une confession de sa foi, puis la rédige par écrit en la confirmant par des textes bibliques. Il la soumet à ses juges et à ceux qui voulaient disputer avec lui. Quelques-uns, tout étonnés, cherchent le moyen de le délivrer; tous sont contraints d’avouer que sa vie est irréprochable; il est tellement aimé qu’on redoute un soulèvement après sa condamnation.

Mais il refuse énergiquement les moyens de s'évader que lui offrent ses amis, « disant être chose indécente à celui qui à fait état d'annoncer aux autres la parole de Dieu de fuir par crainte du danger, au lieu qu'il doit maintenir, voire dans les flammes du feu, la doctrine qu’il a annoncée 2».

Palissy, voyant qu'il n’y a rien à faire du côté du prisonnier, prend la hardiesse de s'adresser aux magistrats. Il se rend chez les principaux d’entre eux, leur affirme qu’ «ils ont emprisonné un prophète ou ange de Dieu envoyé pour annoncer Sa Parole ».Il y a onze ans qu'il le connaît et il lui a toujours semblé que « les autres hommes étaient diables au regard de lui ».

.On le laisse parler, on use de douceur à l'égard de Hamelin, puis on le livre au Parlement de Bordeaux. Les juges de Saintes n’osent pas le condamner eux-mêmes, mais ils n’en sont pas moins responsables de sa mort, comme Pilate est responsable de la mort de Jésus-Christ.

| Histotre ecclésiastique, I, p. 159. ? Crespin, Histoire des Martyrs. II, p. 469 et 470.

Avant le départ de Hamelin pour Bordeaux, le jeune ministre qu’il avait demandé pour le seconder en Saintonge arriva à Saintes. Il se nommait André de Mazières dit La Place. Il ne fut pas trop étonné de ce qui était arrivé, alla voir Hamelin dans sa prison, le consola, le fortifia, et se prépara à se rendre à Arvert comme si de rien n’était.

Au commencement de mars 1557, Hamelin fut transféré : à Bordeaux. On lui permit de passer ses journées dans la chambre du geôlier et de manger à sa table. Il en profita pour essayer de faire cesser les jeux et les blasphèmes. Mais il n’y put réussir et alors il préféra rester seul tout le long du jour dans une chambre. i |

Bientôt il s’aperçut que le prêtre qu'il avait amené à l'Evangile fléchissait par crainte du danger ; il fit tous ses efforts pour le relever, mais en vain. Le jour où l’on ouvrit au rénégat les portes de la prison, Hamelin lui dit : « Malheureux et plus que misérable, est-il possible que pour sauver si peu de jours qui vous restent à vivre selon le cours de nature, vous ayez renié ainsi la vérité ? Sachez pourtant, combien que vous ayez par votre lâcheté évité le feu corporel, que Ja vie n’en sera pas plus longue; car vous mourrez avant moi et Dieu ne vous fera la grâce que ce soit pour sa cause et serez en exemple à tous les apostats !. » Et en effet, en sortant le malheureux fut tué par deux gentilshommes qu'il avait offensés. Hamelin, apprenant cette fin si prompteet sitragique, fitune exhortation pleine de piété sur la Providence de Dieu, il émut les con£ciences de plusieurs et les convertit à la vérité.

On tenta de le faire évader à Bordeaux, comme on l'avait tenté à Saintes. Un avocat de l’Ile de France, d’une ville où il avait fondé une petite église, se rendit à Bordeaux pour le voir. Il offrit 300 livres au geôlier pour faire sortir Hamelin pendant la nuit. Le geôlier demanda conseil à son prisonnier qui répondit : J'aime mieux la mort par la main du bourreau que de te mettre en peine !

Cette parole ne lui attira pas les sympathies du geôlier.

1 Crespin, Histoire des Martyrs. Il, p. 470.

Un dimanche, au moment où un prêtre allait chanter la

messe dans la prison, Hamelin jeta rudement tout l'attirail

. par terre, calice, chandelier et «autres piècesdel’équipage »,

en disant : Voulez-vous qu’en tous lieux le nom de Dieu soit ainsi blasphémé ? Ne vous suffit-il pas que dans vos églises il Soit tant outragé ? Le geôlier fut averti, il se jeta sur Hamelin, le chargea de coups de bâton et le mit dans une basse fosse. Enfin il demanda qu’on le changeât de prison parce qu’il avait empoisonné les prisonniers de sa doctrine. On le transféra donc de la conciergerie à Sainte-Liège dans une basse fosse où il passa huit jours, chargé de fers si pesants que ses jambes enflèrent.

Cependant on s'occupait de le juger, ou mieux de le condamner. D’après Palissy, les juges de Bordeaux étaient informés de la sainteté de sa vie et il les accuse dé lavoir condamné « par crainte de perdre leurs offices. » Du temps que Hamelin était encore à Saintes, quelqu'un dit de lui à un

conseiller de Bordeaux : On vous amênera un de ces jours un prisonnier qui vous parlera bien. Mais le conseiller se mit à blasphémer, jurant qu’il ne lui parlerait pas et se garderait bien d’assister à son jugement. L’égoïsme et la peur sont dans tous les temps les pires ennemis de la justice. Comme le dit fort bien Palissy : « Ce conseiller se disait être chrétien, il ne voulait pas condamner le juste ; toutefois puisqu'il était constitué juge, il n'aura point d’excuse. Car, puisqu'il savait que l’autre était homme de bien, il devait de son pouvoir s'opposer au jugement de ceux qui par ignorance ou par malice, le condamnèérent et firent ‘pendre comme un larron. »

Le samedi, veille des Rameaux, on le ramena de la prison Sainte-Liège à la conciergerie. Quoiqu'il sentit sa mort prochäine, il dina joyeusement avec les autres prisonniers, tenant propos de la vie éternelle avec eux et les consolant.

Conduit devant les conseillers, il demanda la permission de prier Dieu, ce qui lui fut accordé. A 4 ou 5 heures du soir, l'huissier lut l'arrêt. On l’étrangla et son corps fut réduit en cendres devant le Palais. Telle fut la fin de cet homme de Dieu, le 18 avril 1557.

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