‹ Bernard Palissy et les débuts de la Réforme en SaintongeChapitre 6 sur 8 · TE ON PP CP NP NT OV RE PONT · texte numérisé non relu

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plus tôt possible, on ne fait pas attention aux accidents de la route, au ruisseau qui murmure où au bois qui gémit ; le cœur se tait, l'imagination sommeille, la pensée seule travaille, soit à démolir, soit à édifier. Ne nous étonnons donc pas trop de trouver un savant quand nous cherchions un homme, nous devions nous attendre à ce résultat.

Mais il y a autre chose. Le véritable Palissy est celui de la Recepte, c'est-à-dire un homme qui pense avec son âme toute entière, qui cherche avec son cœur tout autant qu'avec son esprit. Si les Discours ne nous révélent pas l’homme davantage, c'est que Palissy n’était pas libre; la prudence était alors de saison. Il a prononcé ces conférences peu après la Saint-Barthélemy, à laquelle il a échappé on ne sait trop comment ; les temps n'étaient pas sûrs. Tandis qu’en 1563, sorti de prison sur l’ordre exprès de la reine-mère, il devait se sentir supérieur aux événements, et en profiter pour dire ce qu'il était et ce qu’il pensait, en 1580, il comprit que ce n’était pas le moment de publier sa foi. Nous pouvons le regretter pour nous, mais nous n'avons pas le droit d’en faire un reproche à Palissy. Car il ne dissimule en aucune facon. D'abord il était trop connu pour cela, et ensuite il n’était pas homme à cacher quoi que ce soit. Une lecture un peu attentive des Discours nous prouve vite que nous avons encore affaire au chrétien protestant des prisons de Saintes qui Sera bientôt le chrétien protestant des prisons de Paris.

Le livre est dédié à Antoine de Pons. Il ne faudrait pas conclure de ce que celui-ci était revenu au catholicisme que Bernard Palissy s’en est rapproché à son tour. Il ne parle pas de cette conversion, mais il parle de Ferrare où jadis de Pons était passé au protestantisme et il glisse dans sa lettre deux passages bibliques.

Dans le discours des Eaux el Fontaines, il rappelle un récit de Jean Sleidan, d'après lequel un pape aurait fait ‘ empoisonner les puits et les étangs de la Saxe, lors des guerres de religion. Palissy croit le fait exact, mais il n'ose pas nommer le pape et il dit : un personnage que je ne yeux nommer. Cela nous montre tout à la fois la pensée

intime de notre auteur sur la papauté et sa réserve dans l'expression.

Un autre mot caractéristique lui échappe dans l'Art de Terre. Il distingue les secrets d'art qui perdent à être divulgués, des secrets de médecine, d'agriculture, de navigation, qu'il faut faire connaître à tous, et parmi ceux-ci il nomme la Bible en ces termes: «la Parole de Dieu ne doit être célée. » :

D'ailleurs, si les citations explicites sont rares, il en ap-. pelle très souvent à la Bible ; il répète sans cesse : il est écrit. Il tient à avoir les Ecritures de son côté. Quand il peut finir ses raisonnements en disant: cela est écrit, il est persuadé qu'il n’y a plus de réplique possible.

Enfin les expressions bibliques abondent sous sa plume. Elles lui viennent tout naturellement, sans nul effort. Il rappelle le mot de Jésus : de l'abondance du cœur la bouche parle. Eh bien, c’est de son cœur que viennent directe- . ment toutes ces expressions; dès qu’il en entr'ouvre la porte, elles se multiplient. S'il a perdu l habitude de composer des sermons, puisque à Paris il y avait des ministres chargés de la prédication, la Bible est restée cependant son livre de chevet. Fe

D'un autre côté, l'honneur de Dieu ne au tient pas moins à cœur dans ses Discours que dans la Recepte. On n’y retrouve pas tout-à-fait la même fraîcheur d’impressions et la même intensité d'émotion religieuse ; à Paris, il est trop loin de la belle nature. Mais le nom du Créateur revient sans cesse : Dieu a commandé, Dieu a mis, Dieu a formé, Dieu à créé, Dieu a donné, etc. Il s'émerveille devant les œuvres du Três-Haut, devant le bel ordre qu’il a mis en la terre. De la perfection de l’œuvre, il remonte à la perfection de l’Ouvrier. Il cherche à distinguer entre l’œuvre de l’homme et l’œuvre que Dieu s’est réservée, s'étonne de l'outrecuidance de ceux qui veulent imiter Dieu au lieu de se prosterner devant lui et de l’adorer, et redoute d’entre- : prendre témérairement contre sa gloire. En présence de tous ces traits, on Se demande comment il ne se fait dire qu’une seule fois par son contradictur: « Tu as beau meprêcher.»:

Nous concluons donc que Bernard Palissy, en 1580, malgréle succès, malgré linfluence du milieu, est resté le savant qui voit Dieu partout dans la nature, admire sa sagesse et adore sa bonté; il est resté le protestant qui nous à raconté avec tout son cœur la fondation de sa petite église; il est resté l'homme de la Bible et l'homme du devoir. Aussi ses’ennemis ne désarmeront-ils pas, ils finiront par arracher à Henri III l’ordre de le jeter en prison ; pendant de longs mois, ce vieillard supportera vaillamment la faim et les mauvais traitements, et quand son roi voudra mettre un terme à ses souffrances en luidonnant le choix -entre l’abjuration et la mort, il obtiendra cette simple et sublime réponse : Sire, je sais mourir!

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