H A N A P EN TERRE EMAILLEE, DANS LE GOUT DES GRES FLAMANDS
Or, en me retirant ainsi trempé et souillé, je trouvois en ma chambre une persécution pire que la première, qui me fait à présent esmerveiller que je ne sois consumé de tristesse. »
Ici s’arrête l’amère confidence 1 :
« — Pourquoy me cherches-tu une si longue chanson», répond Théo-
i. Sa femme est présentée comme un être dur : rien n'attendrit la mère de famille, ni l’épouse. Palissy avait été blessé profondément. Son cri, à distance, est amer, douloureux. Cette âme sensible, exaltée jusqu'à la folie, revoit avec horreur son iso-
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rique, personne essentiellement raisonnable,... «des esmaux tu ne m’as encore rien dit ?
« — Les esmaux de quoy je fais ma besongne sont faits d’estaing, de plomb, de fer, d’acier, d’antimoine, de saphre, de mine, d’arène (de silice) de salicort, de cendre gravelée, de litarge et de pierre de Périgord. »
Voilà tout ce qu’elle tire de Pratique, qui le prend de haut : « ... Parquoy je suis d’avis que tu travailles pour trouver les dittes dozes, aussi bien que j’ay fait, autrement tu aurois trop bon marché de la Science et peut-être que ce seroit la cause de te la faire mespriser... »
Nous nous sommes demandé bien souvent en quelle matière précise était cette « coupe de terre tournée et esmaillée d’une telle beauté qu’il entra en dispute avec sa propre pensée ». On a proposé une coupe en majolique. Les majoliques italiennes sont souvent toutes blanches, et l’émail, si gras qu’il soit, n’est pas plus parfait que celui des terres émaillées qui se fabriquaient alors en France, soit pour des carrelages, soit pour des épis de châteaux ou de pigeonniers, soit pour la vaisselle courante. Elles ne triomphent que par la qualité du sujet, la rigueur du dessin, l’ordonnance de l’ornementation, la vivacité de certaines irisations. Je me suis arrêté à une coupe en porcelaine soit de la Chine, soit du Japon, soit de la Perse. Les princes de Médicis, à cette date, n’avaient point encore trouvé le secret de leur porcelaine, laquelle, du reste, n’offre point un blanc d’une pureté parfaite.
La porcelaine avait depuis longtemps pénétré en Europe, en France. On en rencontre dans les inventaires des mentions, lesquelles ne peuvent, comme on l’a cru, s’appliquer au coquillage qui, peut-être, lui a donné son nom. Jacques Cœur envoya un de ses agents, Jean de Village, nouer
lement farouche dans le passe'. Il le confond avec ses déboires. Palissy devint-il veuf? Il est fait allusion, quand il est, installé à Paris, à une tante et à deux « Palissis » qui ne sont point désignés comme ses enfants. Peut-être trouverait-on là un trait de race. Molière aussi fut cruel pour le caractère âpre que prennent dans leur intérieur les femmes qui vieillissent, lui, si touché de la grâce et de la candeur des jeunes. L’ouvrier parisien, aujourd’hui encore, qualifie sa légitime « la bourgeoise » et il y a plus de retenue ironique que d’épanchement dans le mot.
des relations commerciales à Damas : celui-ci en revient porteur, pour le roi Charles VII, de la part du « sultan de Babilonie, de trois escuelles et d’ung plat en pourcelaine de Sinant (de Chine) », lesquels mirent la cour en émoi.
J’abrège; le dossier des citations serait volumineux. Ce qui est plausible, c’est qu’un homme aussi sagace que Palissy dut être frappé par des caractères radicalement dissemblables entre ce qu’on lui montrait et ce qu’il avait l’habitude de voir. Son instinct l’avertit qu’il est en présence d’un résultat nouveau dû à des substances à découvrir. L’émail, dans la porcelaine, fait corps avec l’intérieur, tandis que, dans la faïence, il ne fait qu’adhérer au noyau. Ce que Palissy chercha les yeux fermés et ce qui le conduisit à des résultats tout autres, ce fut qu’il ne rencontra pas, dans les pays qu’il traversa et dans les terres dont il essaya l’analyse par la cuisson, ce mystérieux kaolin, qui, seul, produit la porcelaine dure, ou tout au moins ces argiles plastiques lesquelles, mélangées au silex, donnent la porcelaine tendre. Les citations abonderaient si l’espace qui nous est accordé nous permettait de les reprendre dans les pages qui précèdent.
Palissy voulait mieux que la faïence. Dans le cabinet de M. Rane, il admire plusieurs coquilles de poisson, lesquelles ont un si beau polissement « qu’il n’y a perle au monde si belle ». C’est tout justement l’effet du poli de la porcelaine des anciennes dynasties chinoises. « Et voyant de telles choses, ajoute-t-il, je dys en moy mesme, pourquoi est-ce que ceux qui disent sçavoir faire l’or ne pulvérisent pas un nombre des dittes coquilles et en faire de la paste pour en former quelque belle coupe ? » Il paraît même avoir eu la vague notion des histoires qui couraient sur la manipulation du kaolin en Chine, des os humains mêlés à cette précieuse argile, des cent ans pendant lesquels on laissait « pourrir » la pâte, quand il parle de « la terre sigillée », ce bol qui s’employait en médecine comme antiputride, et qui venait « du pays occupé par le Turc ».
Si notre hypothèse n’est point juste, au moins s’arrêtera-t-on à cette remarque que Palissy a pris l’émail blanc comme une base, qui, selon le langage des alchimistes, était générative de tous les émaux. Il le dit en propres termes. La science céramique n’a réellement été formulée que de nos jours, en France, par Brongniart.
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Sans les fragments et les moules révélés par les fouilles du Louvre, on ne connaîtrait que la partie commerciale de cet œuvre. Encore ne possédons-nous aucune marque certaine qui nous affirme que telle pièce est sortie des mains de Palissy, ni de ses ateliers. Il n’a point signé, à moins que l’on admette comme son poinçon la fleur de lis avec un double B que, le premier, A. Teinturier signala, imprimée en creux, sous le revers de certaines pièces.
Il est vraisemblable que la réussite de ses émaux lui fit naître des imitateurs, quoique cependant il ne les ait pas signalés, ce qu'il n’eût pas manqué de faire s’il en eût eu connaissance. Le but qu'il poursuivait était le programme mi-architectural des grottes. Quant aux figures émaillées, les délia Robbia les réussissaient avant lui. Il fut probablement conduit à l’idée d’émailler l’intérieur des grottes, idée qu’il pousse jusqu’au rêve lorsque, dans le projet de son premier cabinet, il annonce qu’il le cuira tout entier d’un seul coup de feu. La recherche de cet effet des couleurs brillantes et variées et des reliefs lui avait peut-être été suggérée par les stucateurs italiens que François Ier avait appelés à Fontainebleau, entre autres châteaux, et dont les gravures circulaient dans les ateliers, donnant des modèles de termes et de grotesques, de guirlandes de fleurs entremêlées de fruits et de légumes.
Dans le Songe de Polipliile, qu’il avait lu certainement, la fontaine où Poliphile se baigne en compagnie des cinq nymphes est toute décorée de mosaïques. « L’eau estoit si claire et si nette qu’en regardant dedans vous eussiez jugé ces poissons se mouvoir et frayer au long des sièges où ils estoient pourtraits en vif : c’estoient carpes, lamproyes, aloses, perches, truites, escrevisses et infinis autres. »
On sait que, vers 1 5 5 2 , il avait déjà exécuté au château d’Ecouen, pour son protecteur, le connétable Anne de Montmorency, un de ces ouvrages de précieuse invention et de difficultueuse réussite. On sait aussi qu’il orna de fantaisies semblables les châteaux de Reux, en Normandie, de Chaunes et de Nesles, en Picardie. Selon la mode du temps, il était décorateur ambulant. Il construisait des fours, transportait ses émaux, essayait les terres là où il recevait une commande, comme les tapissiers faisaient de leurs métiers, de leurs laines et de leurs cartons.
Un amateur distingué, M. Destailleurs, a recueilli un dessin qui. par coupe transversale, nous initie à la disposition d’une de ces grottes. Celle-ci est assez simple. Elle est à ciel ouvert. Les arbres qui la domi-