‹ Bernard van OrleyChapitre 10 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les dessins de Van Orley. — Sa participation au développement de l'industrie des tapisseries historiées. — Preuves de son habileté comme dessinateur d'épisodes militaires, de paysages et de vues de villes. — Ses chasses dites de l'empereur Maximilien. — Sus représentations de seigneurs de la famille de Nassau, etc.

Il nous faut maintenant apprécier Van Orley comme dessinateur de cartons pour tapisseries et pour vitrau.x, et ce n'est pas une des moindres parties de notre tâche. C'est à un écrivain du xvu- siècle, à Félibien, qu'on doit la première idée de l'importance du rôle qu'il joua sous ce rapport. « C'est lui, dit-il dans un passage où il exagère peut-être quelque peu, c'est lui qui a fait exécuter toutes les tapisseries que les papes, les empereurs et les rois tirent faire en Flandre d'après des dessins d'Italie. Même on dit que les tapisseries de l'Histoire de saint Paul sont de lui. C'était lui qui prenait le soin de tous les ouvrages de peintures et d'étoffes que l'empereur faisait faire et même des vitraux qui sont dans les églises de Bruxelles. » Pendant longtemps on a cru que les tapisseries dont parle Félibien avaient été exécutées à Arras, et on s'expliquait difficilement comment Van Orley, dont la demeure se trouvait à Bruxelles, poyvait en surveiller l'exécution, mais aujourd'hui on connaît d'une manière positive la situation de cette industrie au xvi^ siècle. Chassée d'Arras par les mesures despotiques prises à l'égard de cette ville par le roi Louis XI, la tapisserie avait Bruxelles pour centre de fabrication. Rien d'étonnant donc qu'un peintre dé cette ville, revenu d'Italie plein d'admiration pour les œuvres des grands artistes de ce pays, ait accepté la mission de contrôler la fabrication des tentures exécutées d'après leurs dessins. Celles qui furent faites pour le Vatican s'achevèrent en iSig, date qui correspond complètement à l'époque où Bernard Van Orley, nommé depuis une année peintre de Marguerite d'Autriche, jouissait à Bruxelles d'une grande influence.

Sa participation, dès cette époque, à l'industrie des tapisseries, ne peut faire l'objet d'un doute. S'il n'est pas, comme l'a prétendu Pinchart, l'auteur de la belle composition de la Descente de Croix, du Musée des Arts décoratifs de Bruxelles, circonstance qui peut paraître douteuse,

ECOLE FLAMAND'. — PKINTRRS,

BERNARD VVrtN ORLEV. — D

on sait, du moins, qu'il fut l'un des témoins de la convention passée entre Marguerite d'Autriche et Pierre De Pannemaker, le septenibre i52o, pour l'exécution de deux pièces de VHistuire de la Passion. On a pu constater également que le panneau central de la Déposition du Christ, du Musée de peinture de Bruxelles, a été, ce qui n'a pu se faire sans son consentement, imité en une tapisserie où le sujet du tableau est entouré d'une guirlande d'amours et de fleurs.

Bientôt, les preuves surabondent de son activité, activité qui semble prodigieuse, si l'on réfléchit au travail imposé alors au peintre qui voulait travailler pour les tapissiers. En etfet, afin de faire agréer une composition, il fallait d'abord en exécuter un premier dessin ou carton, de dimension réduite, tels que ceux de la Bataille de Pavie et des Chasses de Maximilien, que nous reproduisons plus loin. Le sujet adopté, il était nécessaire d'en exécuter un second, grandeur d'exécution, et suffisamment détaillé pour servir de guide aux ouvriers. Un simple raisonnement suffit pour comprendre que ces derniers, quelle que fût leur habileté et leur expérience, ne pouvaient se contenter d'un croquis, d'une ébauche; il leur fallait un modèle de dimension suffisante. C'est ainsi que pour les verrières de Sainte-Gudule, Van Orley a, non seulement composé des cartons moindres, mais encore d'autres très développés, grandeur d'exécution, où toutes les figures et tous les détails d'ornementation sont dessinés avec une régularité, une élégance qui étonnent et qui le place.it certainement au premier rang des dessinateurs d'une époque qui a laissé d'admirables modèles en ce genre. Ce dernier travail n'a peutêtre pas été fait entièrement de sa main, mais a certainement été exécuté sous sa direction et avec sa participation. Il constitue pour lui un véritable titre de gloire.

Avant d'apprécier Bernard Van Orley comme dessinateur de paysages et de vues de villes, d'autres dessins, aussi peu connus que les précédents, le révèlent batailliste.

Oui, batailliste, c'est-à-dire maître en un genre dans lequel Vermeyen s'est le premier illustré ; ce genre dont le premier essai connu se voit dans les tapisseries de la guerre de Tunis', exécutées en 1546 à Bruxelles, chez le célèbre hautelisseur Guillaume De Pannemaker, Van Orley l'a également abordé. On en trouve la preuve dans une partie de ses dessins du Louvre reproduits ici pour la première lois. Ils rcpré-

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