I.'OKKRANDE DE JOACHIM UEPOUSSKIC (MustH- lie Rnixclles
Mathias et doivent avoir e'té placés sur un autel de la corporation des charpentiers ou des menuisiers, à en juger par les instruments qui y sont représentés. A gauche, saint Mathias est agenouillé, les mains jointes, prêt à recevoir le coup mortel, en présence de plusieurs personnages; dans le fond, le mSme saint est attaché à la croix et lapidé. A gauche, la scène principale se passe devant une espèce de portique d'une riche architecture; saint Thomas, à genoux, lève la main pour toucher ' les plaies du Sauveur et se convaincre de la réalité de sa résurrection. Au fond, sont dépeints des épisodes de l'existence du saint dans l'Inde, tels que la tradition nous les raconte : une jeune Juive reconnaissant l'origine de l'apôtre, le bouteiller du roi le frappant parce qu'il refusait de boire et de manger, et un lion dévorant ce bouteiller. A l'extérieur des volets, les deux saints sont figurés debout sur un piédestal, entourés de banderoles portant des inscriptions.
Deux autres volets que possède également le Musée de Bruxelles offrent plusieurs des caractères particuliers à la manière de Van Orley : le choix des types, l'habileté dans la disposition des personnages, le fini des moindres détails. A gauche, c'est la Naissance de la Vierge; à droite, l'Offrande de Joachim repoussée. D'un côté, celui-ci s'éloigne, confus, de la table derrière laquelle Ruben et un autre prêtre juif, richement vêtus, sont assis sous un baldaquin soutenu par des colonnes, qui laissent entrevoir un paysage. De l'autre côté, sainte Anne, ù qui une femme présente à boire, est couchée sur un lit; sur le devant, une belle jeune fille, élégamment parée, tient sur les genoux un jeune enfant qu'une autre femme se prépare à prendre. Cette double scène se passe dans une chambre, dont l'entrée, ouverte, laisse apercevoir d'autres constructions, devant lesquelles a lieu la Présentation au Temple.
Les revers des volets ne le cèdent pas en importance à leur face antérieure. Derrière la Naissance de la Vierge est représenté son Mariage. Le grand prêtre unit les deux jeunes époux, qui sont couverts d'élégants costumes du xvi^ siècle; la scène se passe devant un temple de style Renaissance, dont la porte est surmontée d'un tympan, où se lit la date : i528, époque probable de l'exécution du tableau. Au revers de V Ojffrande de Joachim^ l'artiste a peint un site montueux, au haut duquel un ange montre l'Enfant Jésus, et devant lequel sont agenouillés la Vierge et des apôtres. Le fond du paysage, à gauche, nous oHrc, par delà d'une rivière, une habitation surmontée d'un clocher.
BERNARD VAN ORLEY 57 Le fait que Bernard Van Orley faillit être victime des persécutions dirigées contre les adeptes de la réforme religieuse et contre tous ceux i|ui avaient eu avec eux des relations, rend doublement intéressant le tableau qu'il peignit pour l'abbaye de Saint-Michel, à Anvers, et qui, après avoir été acheté, en 1817, par les frères Boisserée, de Cologne, fait aujourd'hui partie du Musée de Munich. Il y a représenté saint Norbert, le fondateur de l'ordre des Prémontrés, discutant avec Tanchelin, le chef des hérétiques d'Anvers. « Les défenseurs des deux opinions », ai-je dit ailleurs, «y forment un contraste frappant : une intelligence pervertie se trahit sur le visage de Tanchelin et la dureté et les appétits matériels caractérisent les traits de ses adhérents, tandis que la mâle figure de Norbert se dessine au milieu des têtes plus placides des fidèles: femmes charmantes assises au pied de la chaire, hommes graves et sérieux groupés plus loin. Entre l'hérésiarque et le défenseur de la foi, on aperçoit un auditeur qui semble hésiter. Cet esprit livré au doute, c'est Van Orley lui-même et c'est son portrait, frappantde ressemblance, qui l'a fait reconnaître pour l'auteur du tableau. La scène se passe dans une splendide basilique. Au fond, dans un paysage, se dessine une autre période de la vie de saint Norbert. » Disons, en passant, que le fait reproduit sur ce panneau n'est pas historique; saint Norbert n'ayant jamais, que l'on sache, été en contact avec Tanchelin, qui mourut plus de dix années avant l'établissement, à Anvers, de l'abbaye des Prémontrés, dite de Saint-Michel.
Au Louvre on reinarque un Mariage de la Vierge, qui est attribué à notre peintre. La scène principale s'y passe en avant d'un dais de velours noir, qui protège l'arche d'alliance, et dont les ornements, ainsi que les vctemcnts du grand prêtre et ceux des deux époux, sont recouverts d'or. La composition est bien ordonnancée et les types choisis avec soin; mais la simplicité des constructions et des autres détails nous parait absolument contraire à la manière de Van Orley, et nous préférons voir dans ce panneau ]'(tuvre d'un de ses disciples, comme lui admirateur de l'architecture gréco-romaine, mais, n'ayant pas la même passion de l'orner de toute espèce d'accessoires. Le Mariage de la Vierge provient de la collection pariicyilière du roi Louis XVIII, qui l'avait acheté de M. de Langeac, en 1^22.
Notre artiste a souvent traité les scènes des premières années de la vie de Jésus-Christ: sa Nativité, VAdoration des mages, \a Fuite en
LA VIERGE ET LES APÔTRES AGENOUILLÉS. (Musée de Bruxelles.)
LK MARIAGli DE LA V I lî R G E .
Musée de Bruxelles.)
6o LES ARTISTES CÉLÈBRES
Egypte. Il peignit la Nativité qui fut placée sur son tombeau, dans une chapelle de l'église de Saint-Géry, à Bruxelles, non dans celle de Saint- Luc, comme le dit à tort Mensaert, mais dans celle de Saint-Maur. La- Nativité fut enlevée après la conquête de la Belgique par les Français, en 1 794, et se trouve actuellement au Musée de Lille, où sa présence a été signalée par M. Henri Hymans, et où elle fut longtemps attribuée à Durer.
L'Enfant Jésus sur les genoux de sa mère, placé sous un riche baldaquin, en avant d'un gracieux paysage, se voit au Musée de Bruxelles, et un sujet analogue se retrouve dans l'ancienne collection du feu prince Frédéric des Pays-Bas et au Musée de Wiesbaden, mais dans cette dernièie galerie, l'attribution me semble sujette à caution, et, dans la collection du feu prince Frédéric, une circonstance m'y paraît contraire : en effet, à l'arrière-plan du tableau on aperçoit une arcade ogivale; or, l'un des caractères des constructions figurées dans les œuvres de Van Orley, c'est l'emploi exclusif du style renaissance et du style roman; jamais, je crois pouvoir^ en répondre, elles n'appartiennent de près ou de loin à l'architecture ogivale.
Une petite Adoration des Mages, charmante de naïveté et de seniiment, se conserve au Musée d'Anvers et ornait autrefois l'église principale de cette ville, où on l'attribuait à Josse Van Cleef dit le Fou, et où on lui avait joint deux volets peints, vers 1594, par A. de Rycker.
Après les épisodes que nous avons déjà signalés, on ne rencontre de Bernard, en fait de sujet se rattachant à la Passion du Sauveur, qu'un Christ en croix entre la Vierge et saint Jean, donné en 1 867 au Musée de Rotterdam par la douairière Viruly Van Vuren et Dalem; et, en fait de particularités empruntées à la biographie des saints, qu'une Madeleine lisant, figure à mi-corps achetée à Paris chez Kdmond Beaucousin, en 1860, pour la Galerie nationale, à Londres. Van Orley a quelquefois, mais rarement, traité des sujets profanes, tels que : Vénus et l'Amour endormi, du Musée de Berlin, où la déesse des amours est figurée étendue nue sur un lit, et la Volupté punie, symbolisée par une jeune femme que la Mort vient surprendre à sa toilette, au Musée archiépiscopal d'Utrecht, où on l'attribue à tort à Cranach, tandis que Van Orley en est véritablement l'auteur, ainsi qu'on le croyait autrefois.
Il y a quelques années, M. le docteur Schlie, directeur du Musée de Schvverin, nous a fait connaître une œuvre d'un genre mixte, dans lequel s'est exercé aussi, paraît-il, le talent de Van Orley. De son temps.
l'enfant JÉSUS SUR LES GENOUX DE SA. MERE (Musée de Bruxelles.)
6z LES ARTISTES CÉLÈBRES
Bruxelles était renommé comme l'un des lieux où l'on sculptait des retables, dont on décorait parfois l'extérieur de peintures. Un magnifique spécimen de ces arts se conserve dans l'église de Gûstrow, non loin de Schwerin. C'est Jean Borreman, de Bruxelles, déjà connu par d'autres travaux importants, qui en a exécuté et signé la partie sculpturale. Les volets qui la recouvrent sont à l'intérieur et à l'extérieur ornés de peintures d'une grande beauté, au nombre de six, quatre à l'intérieur et deux à l'extérieur. Sur ceux-ci sont représentés, debout, saint Pierre et saint Paul, ayant, chacun derrière eux, deux petits épisodes où l'on voit : d'une part, le prince des apôtres traîné en prison et le même saint crucifié; d'autre part, saint Paul renversé de cheval et sa décapitation. L'attitude des deux personnages est pleine de noblesse ; les plis de la robe de saint Pierre frappent parleur élégance. Sur les volets intérieurs sont peints l'Annonciation, la Vierge Marie avec l'Enfant Jésus et sainte Catherine. Rien de plus gracieux que les deux personnages de l'Annonciation ; l'ange et la Vierge sont l'un et l'autre des types charmants, pleins de naïveté et de charme. Le lieu de la scène est un appartement dont les deux arcades laissent apercevoir des sites où se passent, ici la Présentation de Jésus au Temple, et là le Mariage de la Vierge. Le volet où cette dernière est représentée debout avec son enfant ne présente rien de particulier, si ce n'est le' caractère ravissant du paysage environnant. Sainte Catherine est figurée à genoux, au moment où un bourreau va la frapper de son glaive, en présence d'un grand nombre de spectateurs, parmi lesquels on remarque un jeune homme d'une rare distinction ; le haut du volet nous montre les trois philosophes que la sainte a convertis subissant la peine du feu et la sainte même, à genoux, implorant le ciel qui foudroie la roue destinée à son supplice. Plus loin on voit sainte Catherine ayant à ses pieds un prince païen renversé, tandis que, dans la partie supérieure, s'étalent des sites, ici montueux, là revêtant un caractère plus paisible. La beauté des types des personnages, l'habile agencement de toutes les scènes, le fini des moindres détails auraient fait songer pour cette œuvre à Van Orley, si l'on n'avait pas trouvé, sous le personnage de l'ange de ï Annonciation, un B couronné, qui permet d'adopter l'opinion du docteur Schlie et de ranger, à son exemple, la partie picturale de ce beau retable parmi les œuvres du peintre bruxellois, dont Jean Borreman était le contemporain'. Ce dernier paraissant être mort vers I. Voir la brocliure intitulée : Das Altarwerk dcr beiden Brusselen Meister Jan
BKRNARl) VAN ORLEY 63 i522, les volets de Van Orley constituent encore une œuvre de sa féconde jeunesse.
Les attributions fausses n'ont pas manqué à Van Orley. Citons, dans le nombre : le Saint Luc peignant la Vierge, du Musée des arts de Prague, qui, du temps de Van Mander, était déjà regardé comme une œuvre de notre peintre, mais que Ton sait aujourd'hui, avec certitude, être l'œuvre de Jean Gossart ou Mabuse'; Neptune et Amphitrite, du Musée de Berlin, qui porte également la signature de Gossart ; la Lucrèce, du Musée Impérial de Vienne, que M. Edouard d'Engerth, l'auteur du nouveau catalogue de cette riche collection, a restitué à Quentin Metzys, comme l'indiquait le catalogue de la galerie que l'archiduc Léopold-Guillaumc d'Autriche s'était formée à Bruxelles de 16463 i656, et qui passa ensuite dans la capitale de l'Autriche pour une œuvre de Lucas Cranach; le Sauveur entre les deux larrons, de l'église Sainte Catherine, de Bruxelles, œ-uvre tout à fait secondaire, etc. Quant à la Mort de la Vierge, actuellement placée dans la salle du Conseil des Hospices de Bruxelles, nous n'y retrouvons aucune des qualités de notre peintre, ni surtout son habileté comme dessinateur et sa puissance de coloriste. Il y a quelque similitude entre la disposition des sujets de ce triptyque et celle qu'offrent plusieurs tableaux de Van Orley; l'indication qu'on y lit : ist ghemaeckt anno XV'' XX den XI dach august. 1 Fait en l'année i52(), le i i août fait songer à la manière de dater des tableaux des i:preuves de Job et du Portrait du docteur Zelle, mais là s'arrête la ressemblance; l'existence d'une signature, qui se lit Van den Kotn, mais qui parait altérée, suffirait d'ailleurs pour infirmer l'attribution à Van Orley.
liorman cndc lieeniacrt Van Orley m dcr r/arrkirdie GUslrow, Schxvcrin, i883, in-f-, accompagne d'hcliophoto-i-aphics. M. Van Evcn, dans un travail insère dans le BuÙeltn d-art cl d'ardiéolo rie, a essaye d'attribuer à Jean Van Roome dit aussi .Jean de Uruselics. les volets du retable de Gùstrow. C'est une simple supposition i)ue ncn ne jiistilie. ,
1. UabbJ De Riadcr. dans la Rame d histoire et d'archéologie, t. l", p. 283 a aby.