CHAPITRE II
Date de la naissance de Bernard Van Orley. — Son portrait du jeune Charles, depuis Charles-Quint. — Son premier voyage en Italie et ses relations avec Raphaël. — Il devient le peintre en titre de Marguerite d'Autriche. — Son genre de vie et sa demeure. — Il y reçoit le célèbre Durer. — Il est poursuivi pour ses opinions religieuses. — Il reste le peintre de Marguerite dWutriche et devient ensuite celui de Marie de Hongrie. — Ses derniers travau.x.
Ce n'est qu'à la longue ou peu à peu que la clarté s'est faite sur la biographie de Van Orley, auquel Van Mander, l'historien de la peinture Hamandc, n'a consacré qu'une ou deux pages, non exemptes d'erreurs. Gocthals, le premier écrivain des temps modernes qui lui ait consacre une étude spéciale, s'est complètement trompé en fixant à l'année 1471 la date de la naissance de Bernard et en lui donnant pour parents Everard Van Orley et Barbe Taye, qui auraient contracté mariage le 27 avril 1462. Il a été évidemment induit en erreur par une généalogie falsifiée, car le mariage de Barbe Taye avec Everard Van Orley remonte au moins à 1435, et ces deux personnages ont été les trisaïeuls et non les parents mêmes de Bernard.
Celui-ci naquit de Valentin Van Orley et de Marguerite de Pynbroeck ; sa naissance se place donc, comme je l'ai dit ailleurs, entre l'année 1490, (date du premier mariage de son père) et l'année i5oi (date de la mon de sa mère). On ne sait comment se passèrent ses premières années, ou s'il eut d'autres maîtres que son père Valentin et son frère aîné Philippe; celui-ci est évidemment le même que le peintre Philippe, de Bruxelles, qui, en i3i3, dessina pour la confrérie du Saint-Sacrement, établie dans l'église collégiale de Saint-Pierre de Louvain, une tapisserie qui se voit aujourd'hui au Musée des Arts décoratifs, de Bruxelles, le gouvernement belge en ayant fait l'acquisition en 1862. « Il s'y trouve, dit Pinchart ', d'assez belles parties, quelques figures bien posées, des têtes qui ne manquent pas de distinction, mais la composition est loin de vous saisir par le grandiose d'une autre tapisserie du même temps, la Descente de croix. Il y a de l'habileté dans le dessin de maître Philippe,
I. Bulletin d'art et d'archéologie, t. IV, p. 33i et suivantes.
lî LES ARTISTES CÉLÈBRES
mais quelle différence avec celui de l'auteur de ce drame religieux, si simplement exposé qu'il vous frappe tout d'abord par son arrangement magistral ! »
La première œuvre de Bernard est le Portrait de Charles-Quint que nous reproduisons ici et qui provient de la collection Ollingworth Magniac. Il représente le jeune prince à l'âge de quinze ans environ, mais déjà revêtu du collier de l'ordre de la Toison d'or. Ce n'est plus l'enfant inconscient qui s'amusait, dans sa résidence favorite de Bruxelles, à fréquenter les tirs des sociétés et à parcourir en traîneau les environs ; c'est déjà l'adolescent, qui commence à prendre part aux conseils présidés par sa tante Marguerite d'Autriche et où ses ministres discutent gravement l'opportunité d'une alliance plus étroitre avec son aïeul Maximilien d'Autriche ou d'une politique plus étroite avec la France. Les traits, finement dessinés, ont déjà quelque chose de grave et de réfléchi, sans avoir perdu entièrement la fraîcheur du jeune âge. Le costume est simple, mais la manière de Van Orley se révèle dans l'art avec lequel il sait en relever l'effet par le collier de la Toison et par quelques ornements placés dans le vaste chaperon couvrant la tête du jeune Charles. L'attitude de celui-ci nous montre le portrait entrant dans une voie nouvelle : le personnage n'a plus une attitude recueillie et grave, comme chez Van Eyck et ses successeurs; son allure est plus décidée, le mouvement est plus dégagé, moins passif.
Disons à ce propos que dès l'année i5i5, Bernard Van Orley contrefit les personnes (ou peignit le portrait) du prince d'Espagne (depuis Charles- Quint), de son frère don Fernand (Ferdinand I^""^ empereur d'Allemagne après Charles), et de leurs quatre sœurs, Isabelle, depuis reine de Danemark; Marie, depuis reine de Hongrie; Eléonore, depuis reine de France, et Catherine, depuis reine de Portugal. Ces six tableaux furent donnés au roi de Danemark, Christiern, qui venait d'épouser Isabelle; le 9 juillet il lui fut payé pour cet objet 60 livres de 40 gros de Flandre par Jean Micault, trésorier général. En i5i6, il peignit de nouveau Charles, alors roi d'Espagne, et sa sœur Eléonore, et exécuta vers le même temps le portrait du roi Christiern et d'Isabelle, sa fiancée, formant un diptyque; deux portraits de Charles destinés à ce monarque, et l'effigie d'un Espagnol, dont le nom n'est pas connu (quittance en date du i5 mai 1 5 ig). Le portrait que l'on reproduit ici est probablement l'un de ceux qui ont été exécutés à cette époque pour le roi de Danemark, qui, quelques
BERNARD VAN ORLEY ,3 années plus tard, fut dépouillé de ses États et longtemps emprisonné. Avant l'époque où il exécuta ces peintures, qui lui valurent, ou qui