‹ Bernard van OrleyChapitre 8 sur 18 · LA MORT DU JUSTE · texte numérisé non relu

LA MORT DU JUSTE

Revers d'un volet des Épreuves et de là Patience de Job. — (Musée de Bruxelles,)

six florins) plus 2 couronnes de France (soit i florin i3 sous ou 2 florins 8 sous), exigibles par an jusqu'à Tachèvement du travail. Celui-ci fut terminé vers i 525. Il resta à la cathédrale jusqu'en 1794; transféré depuis à l'hôpital de Sainte-Elisabeth, il fut, il y a quelques années, déposé au Musée d'Anvers, dont il est considéré comme l'un des joyaux ' .

Van Orley a conçu le sujet tout autrement que ne l'avaient fait Vander Weyden et d'autres de ses devanciers. Ceux-ci avaient représenté la Divinité, la Vierge et les apôtres présidant à cette scène terrible dans le calme le plus complet; chez lui, au contraire, tout est mouvementé. Il y a là une évidente influence du célèbre Jugement dernier, de Michel- Ange : Dieu le Père étend les bras et s'agite au haut des cieux; les apôtres, dont la double rangée se prolonge dans le haut des volets, ont également des poses agitées et violentes et se précipitent pour adorer la croix sur laquelle le Christ est étendu ; des anges s'élancent dans toutes les directions en sonnant de la trompette. En enlevant à la scène le caractère majestueux que les anciens lui donnaient. Van Orlcya évidemment échoué. Mais, par contre, que de grandeur dans le cercle immense des êtres humains ressuscitant pour assister au jugement suprême, dans le vaste panorama qui se dessine tout à l'entour ! Sur le devant, une foule d'êtres humains sortent de terre, les uns tendant les mains vers le ciel en exprimant une entière confiance dans leur juge, les autres pleins de terreur et de confusion. Au milieu du désordre générai on remarque un groupe d'hommes occupés à déposer en terre un des leurs qui vient de mourir, singulière idée qu'a eue le peintre de rappeler qu'un des devoirs des aumôniers d'Anvers était de veiller à faire rendre aux malheureux les honneurs de la sépulture.

Dans les volets, on retrouve le génie flamand, entremêlé, il est vrai, d'imitation italienne, mais rappelant de la manière la plus complète la délicatesse, le fini gracieux qui caractérisaient la manière des maîtres du xv= siècle. Sur chaque volet, on remarque une construction d'architecture, surchargée d'ornements dans le style de la Renaissance, avec : colonnades, arcades, perrons, etc. Là se passent, traitées avec un soin et un détail infinis, différentes scènes qui se rapportent toutes à l'exercice de la charité. Les salles de ces édifices sont à jour, en sorte que l'deil peut y plonger à l'aise. On y voit, ici un homme seul couché dans un

I. Gudens, le Jugement dernier et les Sept Œuvres de miséricorde, par Bernard Vaii Orley, dans le Bulletin de l'Académie d'archéologie d'Anvers, t. VIII, p. 126.

LA VIERGE ET L ' A N N ON C I A T I O N. Revers des volets de .Icms-C/irist pleure piir la Vierge el par les saints persottnages (Musée de Bruxelles.)

l'ange et l' a N N O N Cl a I I o n . (Revers de l'un des volets du Christ ph-iin' /mc Ui Vicrgt et par les Sijinls persoiiinigo:.}

ÉCOLR IXAMANDi:. — PKINTRKS. BERN*RD VAN ORLEY. — 4

cabinet; là, un autre qui dicte ses dernières volontés, et ailleurs, une femme malade à qui on donne un cierge et qui va recevoir les derniers sacrements, etc. Devant le rez-de-chaussée, des maîtres des pauvres distribuent des secours, des aliments, des vêtements à des pauvres, à des estropiés, et délivrent des prisonniers. En un mot, c'est la représentation vivante et traitée avec tout le soin possible de la manière dont s'exerçait la charité à cette époque. On ne comprend pas, en présence de scènes pareilles, que l'on ait pu attribuer à Van Orley le sobriquet de potlepel (cuillère à pot), parce qu'il aurait puisé ses couleurs à grandes cuillerées pour achever en hâte ses tableaux. Il aurait ainsi « remplacé la char- « mante et naïve finesse de l'ancienne école par un prompt labeur et ouvert (' le chemin aux fabricants de peinture ' ». Rien de plus faux, Bernard Van Orley se sépare sans doute de ses anciens maîtres, mais on ne saurait sans admiration contempler ces petits épisodes qu'il prend plaisir en quelque sorte à semer dans ses compositions et où il se 'montre imitateur exact de la nature, observateur scrupuleux et artiste doublé d'un penseur profond. D'après Van Mander, le peintre aurait fait dorer tout le triptyque avant de le couvrir de couleurs, afin de rendre celles-ci plus brillantes et plus durables, afin de donner au ciel plus de transparence. Quoiqu'il en soit de la vérité de cette anecdote, le but que l'artiste se proposait a été atteint, car son œuvre est remarquable par une tonalité claire et vigoureuse.

Le succès qui accueillit ce tableau détermina sans doute d'autres familles notables d'Anvers à lui en commander une répétition, qui orne encore aujourd'hui l'église Saint-Jacques, où elle est placée dans la chapelle dite des saints Pierre et Paul, dans le collatéral droit de la nef. Cette chapelle fut cédée par la fabrique de l'église, en i5i5, à Adrien Rockox et à Catherine Van Overhoff, qui en décorèrent l'autel d'un triptyque exécuté par Van Orley, et non par Jan Van Heemsen ou Hemixem, comme on l'a dit souvent. La partie supérieure de la composition est réservée au juge céleste, entouré de saints personnages, mais l'intérêt principal se porte sur le groupe des justes, où l'on voit nos premiers parents, Adam et Eve, dont l'attitude et l'exécution sont des plus remarquables. Adam semble rempli d'effroi par la vue des démons et des réprouvés ; Eve, chaste, quoique nue, a les yeux levés vers le ciel et

1. Michicls, Histoire de la peinture flamande, t. III, p. 8(j (i'" édition), et t. V, p. 79 (2° édition).

LE JUGKMIÎNT DERNIER.

(iMiiséo d'Anvers.)

semble regarder le Sauveur avec une indicible confiance. Dans un autre groupe, un démon aux formes fantastiques emporte sur le bras gauche une femme couchée horizontalement et dont les traits expriment la terreur. Quelques-unes des Hgures du tableau sont d'un dessin admirable et attestent que l'artiste n'avait fait que gagner en habileté ; on ne saurait assez louer les expressions variées des personnages, le choix des types, la vivacité et l'harmonie du coloris. Ces qualités se retrouvent également dans les volets, où l'on voit, d'une part, Rockox, qui mourut en 1540, et ses enfants, accompagnés de saint Adrien armé de toutes pièces, et, d'autre part, Catherine Van Overhofî et ses dix filles, dont deux sont d'une rare beauté, et sainte Catherine tenant l'épée, instrument de son martyre. Sur la face postérieure des volets est représenté Dieu le père, bénissant du haut des cieux le Sauveur, qui est agenouillé sur la colonne de la flagellation. Près de Jésus-Christ sont saint Pierre et saint Paul; à gauche, on voit sainte Marguerite et sainte Madeleine, les seins nus, la chevelure flottante, prête à recevoir le coup mortel, On regarde le volet d-e gauche comme un chef-d'œuvre et quelques ligures de la •face postérieure des volets, particulièrement sainte Madelaine, comme des œuvres du plus grand mérite

T.e Musée Impérial de Vienne compte parmi ses objets d'art un tableau signé Bernard Van Orley et représentant un double sujet. Chacun de ces sujets se caractérise par la présence d'un élégant pavillon qui en occupe le milieu et laisse apercevoir, à gauche, la vue d'une ville entière, aux rues peuplées d'une multitude de guerriers; à gauche, la silhouette d"un grand édifice, orné d'une tour. Sous le premier de ces portiques se passe une scène assez difficile à déterminer et où l'on a vu le Roi Antiochus Epiphane profanant le temple de Jérusalem eny installant une idole. Ce prince y est représenté assis et écoutant les supplications que lui adresse un prêtre. A droite, les Apôtres, à genoux, attendent la descente du Saint-Esprit.

Ces panneaux, où se retrouvent les qualités distinctives de notre peintre, se complétaient jadis, parait-il, par deux volets qui figurent aujourd'hui au Musée de Bruxelles et qui ont été achetés, en 1839, pour le prix de 3, 000 francs, à la fabrique de l'église de Sablon, dans la même ville. Ils ont pour sujet des épisodes de la légende des saints Thomas et

I. Van Lerius, Notice des œuvres d'art de l'église Saint-Jacques, à Anvers, p. i58

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