INTRODUCTION XXV
fiance peut-on avoir dans la valeur littéraire ou documentaire de textes ainsi arrangés ?
Quel fond pouvons-nous faire sur de pareils renseignements pour la biographie de Bernardin, quand nous constatons que les dates mêmes des lettres ne sont pas exactes ? C'est ainsi que Aimé Martin donne une lettre de Bernardin à Hennin comme étant du 29 avril 1784, alors que la réponse autographe d'Hennin est datée très nettement sur le manuscrit du 3 avril 1784 (1). J'espère qu'il se trouvera au Havre quelque travailleur consciencieux pour nous donner une édition scientifique, ou tout simplement honnête, de cette correspondance : dans son état actuel, il faut la rayer de la liste des œuvres de Bernardin.
Nous arrivons enfin à l'énorme in-quarto de plus de six cents pages, qu'Aimé Martin a publié sous le titre ày Œuvres posthumes, presque aussi volumineux que celui qui renferme les ouvrages édités par Bernardin lui-même. Ce tome pesait jusqu'ici lourdement sur la mémoire littéraire de Bernardin, car il est à peu près illisible : mais les quatre cinquièmes au moins en sont apocryphes : ils ne sont pas de Bernardin parce qu'ils ne sont pas de Bernardin seul : c'est le produit d'une collaboration sournoise de Martin : il est temps de la dénoncer.
Parmi les opuscules qui figurent dans ces œuvres
(1) Correspondance, II, 159.
soi-disant posthumes, les moins considérables comme dimension, et aussi comme valeur, ont été reproduits à peu près fidèlement. C'est ainsi que pour Y Eloge de mon ami, qui ne comprend pas tout à fait trois pages, Aimé Martin s'est contenté de changer le titre : Bernardin l'avait intitulé : Eloge historique de Favori, petit chien espagneul (1).
Pour les voyages qui ouvrent le volume, et qui comptent une trentaine de pages, les modifications ne sont pas très considérables; ce sont du reste des œuvres d'intérêt très secondaire. Il n'en est pas de même pour le groupe des opuscules qui concernent le grand ami de Bernardin, les Fragments sur J.-J. Rousseau, YEssai sur J.-J. Rousseau, le Parallèle de Voltaire et de J.-J. Rousseau.
Pour le Parallèle, le texte publié par Aimé Martin n'est pas suffisamment exact : qu'on en juge par cet exemple :
Quant à Rousseau, troublé par la haine de tous les peuples, et cherchant la vérité et le bonheur, il ne se fait d'aucune religion (2).
Aimé Martin.
Quant à Rousseau, troublé parla haine des peuples, par les divisions des philosophes, par les systèmes des savants, il ne se fait d'aucune religion (3).
(1) cxxv, 36. — (2) Mss. xcvm, f. 40. — (3) Œuvres posl humes, p. 455, col. 2.