INTRODUCTION XI
seconde moitié du xvnie siècle, figurent les manuscrits de l'auteur lui-même : avec eux nous entrons dans l'intimité de sa vie et de son talent.
Nous trouvons là, en effet, sur toutes espèces de papiers, invitations, billets de faire-part, fragments d'affiches, lettres de convocation, etc., tout ce que Bernardin de Saint-Pierre a écrit pendant toute sa vie, pour lui-même ou pour le public, depuis ses notes de blanchissage et ses quittances de loyer, ses brouillons de lettres, jusqu'aux premières rédactions ou aux copies définitives d'un certain nombre de ses œuvres publiques, calligraphiées sur de grandes feuilles blanches ou bleuâtres. On a là, devant soi, en quelque sorte, l'envers de sa vie publique et de sa production imprimée. On trouve là tout, jusqu'aux documents les plus inattendus, jusqu'au brouillon raturé d'une lettre que lui écrivait une de ses maîtresses (1).
Malheureusement j'ai tort dédire qu'on trouve là tous les manuscrits de Bernardin, car on constate souvent que des documents cotés sur les enveloppes des dossiers ont disparu. C'est ainsi que sur la chemise du mss. cxvn on lit ces indications, d'une écriture étrangère :
;< Lettre pour se justifier de n'avoir rien fait pour la république. Belle.
« Anecdote sur Delille.
(1) cli, liasse 3, folio 43.
« Lettre à Bonaparte sur le tribunal d'équité, » etc.
Aucune de ces pièces ne figure dans ce dossier. Le même fait se reproduit souvent. Que sont devenus ces papiers ? Un grand nombre ont été détruits par le détenteur infidèle, Aimé Martin, qui écrit trop fréquemment sur les chemises des dossiers : à brûler. D'autres ont été donnés par lui, distribués à des amis. Au mss. xcv, folio 9, on lit ceci : « Fragments autographes de Bernardin de Saint- Pierre, à donner. » Quelques-uns sont rentrés dans la collection, grâce aux achats des conservateurs, et prouvent qu'en effet Martin s'est permis de faire des libéralités avec ces manuscrits, en les certifiant authentiques (1). Mais combien ont été ainsi dispersés, et définitivement perdus ! Déjà l'influence néfaste d'Aimé Martin se fait sentir, et pourtant ce n'est là que sa moindre faute, car nous aurions moins à regretter la perte de ces documents, si nous étions certains qu'avant de les détruire ou de les donner l'éditeur en avait fait un loyal et complet usage. Or c'est le contraire qui est vrai.
Pour ne pas prononcer contre Aimé Martin des paroles injurieuses, pour ne pas le traiter de faussaire,il faut faire un eiïort d'adaptation historique, et se rappeler que, au moment où il a commis ses