‹ Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscritsChapitre 21 sur 69 · INTRODUCTION LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LV

concevoir de Bernardin et de son caractère une opinion défavorable et fausse. C'est ainsi que, à la page 215 de sa thèse, M. Maury prétend que la mort de Félicité fut pour Bernardin « une occasion de rupture définitive avec la famille ; le veuf ne conserva de relations qu'avec Henri Didot ». Or, le 20 nivôse an VIII, Mme Didot mère écrit à Bernardin une lettre très tendre, pour le remercier d'une invitation à dîner (1), et, de son côté, Bernardin reste pour sa belle-mère, après la mort de Félicité comme avant, un gendre vraiment filial, ce que nous verrons en détail au cours de ce livre. Plus grave encore, et tout aussi fausse, est l'accusation portée par M. Maury contre Bernardin de n'avoir pas été un bon fils, à cause de sa « rare précocité de misanthropie... ; avec la manie prématurée des persécutions, il parlait des injustices de sa mère (2). » Et sans doute, Aimé Martin dit bien, dans Y Essai sur la vie, qu'une fois, l'enfant, à neuf ans, se révolta contre une punition imméritée. Mais que nous apprennent les manuscrits ? Que dit Bernardin dans le document intitulé Mon caractère? « J'avais une mère bonne et tendre (3). » En résumé, toute la partie de l'étude de M. Maury qui est présentée comme reposant sur les manuscrits de la Bibliothèque du Havre est caduque. Non seulement ce critique n'a pas corrigé 1rs

(1) clvii, I. 2, f. 63. — (2) Maury, p. 4. - (3) xxxiv, 4.

erreurs qui existaient avant lui, mais encore il en a ajouté de nouvelles : et, comme elles se présentaient avec une certaine apparence scientifique, elles sont passées de cette thèse de doctorat dans des livres recommandés au grand public par le nom et le talent de leurs auteurs.

Jusqu'ici la critique ne pouvait donc s'appuyer que sur des publications, partielles, il est vrai, mais très précises, et qui, sur des points de détail, nous avaient apporté d'utiles contributions. Je citerai en toute première ligne les études de M. le lieutenant-colonel Largemain, qui a publié dans différentes revues une série de documents très intéressants tirés des papiers de Bernardin restés en la possession des héritiers de Virginie de Saint- Pierre (1).

Il y a également des détails fort curieux dans l'étude de Mlle Lucie Achard : Rosalie de Constant, sa famille et ses amis (2). L'héroïne de ce livre avait, comme tant d'autres, éprouvé un sentiment tendre pour l'auteur des Etudes, et espéré un instant qu'elle deviendrait Mme de Saint-Pierre . Naturellement, étant de sa famille, Mlle Achard prend

(1) Revue d'Histoire littéraire de la France, 1896, t. III, p. 599- 607; 1897, t. IV, p. 246-282; 1902, t. IX, p. 271-283, 442-46S ; Revue historique, septembre-octobre 1902, p. 80. — [2) Genève, Eggimann, 1902, t. Il, p. 85-117.

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