‹ Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscritsChapitre 22 sur 69 · INTRODUCTION LVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LVII

partie pour Rosalie contre Bernardin (1). Nous lui devons de connaître un bien joli mot de rancune féminine : dans un roman inédit, Théodore et Valérie, Rosalie de Constant avait conté son aventure avec Bernardin, à peine déguisée : Valérie meurt: « La douleur de Théodore intéressa: on s'empressa de le consoler; on assure que ce ne fut pas difficile. Il ne remporta à Paris que le souvenir de ses succès, et la certitude de son mérite (2). » Rosalie finit par pardonner : elle reste fidèle à Bernardin, plus que ne le voudrait M119 Achard ; et, de son côté, en 1811, Saint-Pierre envioe à M"e de Constant sa nouvelle édition de Paul et Virginie (3). N'est-ce pas curieux et touchant, cette longue fidélité de Bernardin à ses amitiés d'antan, cette oreille attentive et charmée avec laquelle il suit si longtemps

le murmure d'amour élevé sur ses pas ?

Pour moi, après deux années de cours public sur les manuscrits du Havre, en 1898 et en 1903, j'ai signalé l'importance des découvertes que l'on y pouvait faire, dans deux leçons publiées par la Revue des Cours et Conférences (4), sans vouloir

(1) Rosalie de Constant, l. 11,86. —(2) Ibid., II, 110. — (:{) Ibid., II, 336. — (4) NM du 3 février 1898 et du 9 mai 1901.

dissimuler, jusqu'à la publication de mon livre, la valeur d'un trésorqui était à la disposition de tous les chercheurs, une fois prévenus, dans un dépôt public. Il me semble que le rôle d'un professeur d'Université consiste, non seulement à travailler, mais encore à indiquer les sources aux travailleurs. Et de fait, le conservateur actuel de la Bibliothèque du Havre, M. MiJlot, m'écrivait en 1901 que, depuis quelque temps, ces manuscrits lui étaient fréquemment demandés en communication. J'espère donc que la présente étude ne restera pas isolée, car qui pourrait se vanter d'avoir épuisé une mine aussi considérable, ou d'avoir évité toute erreur, ou d'avoir tiré d'un feuillet, même lu avec attention, tout ce qu'il renferme d'intéressant? Dans cet entassement des matériaux et des décombres de la pensée de Bernardin, j'ai voulu sauver quelques perles fines et pures. Il y a là aussi pas mal de perles fausses, de simple verroterie, que j'ai laissées de côté. Il serait vraiment naïf de supposer que l'auteur n'a pas su tirer lui-même de ses tiroirs le meilleur de it qu'il y avait mis.

Mais il me semble aussi, qu'après avoir écarté beaucoup d'erreurs récentes ou anciennes sur Bernardin, ce livre-ci fera mieux connaître l'histoire de l'homme, de l'écrivain, de ses ouvrages. Je tâche de faire partager à mon lecteur l'impression de ravissement que j'ai éprouvée lorsque j'ai vu

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