‹ Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscritsChapitre 37 sur 69 · I. Installation à Paris. — II. Les amitiés de Bernardin · texte numérisé non relu

I. Installation à Paris. — II. Les amitiés de Bernardin

Du mois de juillet au mois de novembre 1771, Bernardin loge en effet « chez le baron de Breteuil, cul-desac de l'Orangerie, aux Tuileries » (1). Son protecteur s'occupe même avec une certaine activité de lui trouver une situation : en juillet il lui offre de l'emmener à Londres (2) ; à la fin de l'année, sur le point de partir lui-même pour Naples, le baron songe aie prendre avec lui, exactement dans quelle situation ? je l'ignore. Sur le refus de Bernardin, M. de Breteuil se fàcbe : Charles Jehannin de Boisbriand, ami intime de Saint-Pierre, lui écrit à ce sujet de Rennes, le 11 janvier 1772 : « les

(1) xxviii, 41; cxxxvi, 70. — (2) cliii, .">-(>.

propositions et les reproches qu'on vous a faits me semblent ridicules. Quelle étrange bizarrerie des hommes de cour ! Ils aiment mieux paraître injustes qu'impuissants » (1).

Bernardin, sinon tout à fait brouillé, du moins en froid avec le baron, le quitte, et va s'installer à l'hôtel de Bourbon, rue de la Madeleine-Saint-Honoré (2). Il frappe à toutes les portes, et il reçoit bien froid accueil. Il va voirie maréchal d'Armentières, qui se dit absent, et lui fait écrire par son secrétaire une de ces lettres polies et froides qui glacent le cœur (3). A ces déceptions d'ambition se joint sa nostalgie amoureuse, qui grandit avec le temps : « Auriez-vous encore le cœur malade ? lui écrit Mlle Girault le 1er août 1771 ; dans ce cas, je vous plains bien sincèrement. Je sais que la santé et la fortune sont des remèdes impuissants contre ce mal-là. J'ai appris la situation de votre cœur par une lettre que vous me confiâtes pour faire passer à mon frère en Pologne » (i). Bernardin avait en effet la santé, à ce moment-là. Mais la fortune ! Ce mot dut lui paraître amèrement ironique. Il était alors en proie à d'inextricables embarras d'argent. Entre autres dettes, il avait emprunté à peu près onze cents livres à son ami Hennin, ministre de France à Genève, et celui-ci. gêné lui-même, lui avait réclamé le remboursement partiel de son prêt, sans que le débiteur put s'acquitter (5). Ces ennuis d'argent étaient très déprimants, pour un honnête homme comme Bernardin, à un moment où, pour conquérir sa place à Paris, il lui aurait fallu aller dans le monde utile, briller, plaire à tous, surtout aux femmes intluentes. Or, si nous en croyons MmodeGenlis,

(1) clvi, 16. — 2) ci.iii, 8. — ^3, cxli, 39. — v4) r.xxxvi. 44-4J. — (5) clviii, 38, 39, 40.

Bernardin était le moins sociable, le moins aimable des gens de lettres ( 1) . On sait de reste que les opinions de Mmede Genlis, à force d'être « successives », sont très sujettes à caution : il semble bien pourtant qu'ici elle n'ait fait qu'exagérer la vérité, car, assagi par sa mésaventure avec Mme Poivre, le chevalier de Saint-Pierre était devenu moins entreprenant : « Cette réserve, avoue-t-il,me donnait uneréputation d'homme timide... Joignez-y l'air de mélancolie que me donnait le souci de ma fortune... Joignez à cela mon costume, presque toujours noir, ma démarche grave, tandis que tous ceux qui allaient à la fortune, alertes, souples, complaisants, faisaient des révérences jusques à terre » (2). Le misanthrope tournait au misogyne : son ami Darget lui écrit, ie 21 mai 1772 : « votre austère vertu vous fit vous enfuir hier à l'arrivée d'une jolie personne »(3;! Il est passé, le temps des succès mondains dans le Nord, le temps aussi où, pour plaire à deux coquettes, il descendait, armé d'un simple fouet, dans une fosse où se trouvait un chevreuil en fureur qui, malgré les coups de fouet, le chargeait avec ses daguets pointus, le mettait en sang, et menaçait sa vie, jusqu'au moment où Bernardin put le saisir au corps et le jeter à l'eau : « Je remontai vainqueur, mais tout ensanglanté, pendant que ces dames riaient aux éclats. J'aurais mieux fait sans doute de lutter contre la vanité de leur plaire, que contre un animal » (4).

Guéri maintenant par l'expérience, Bernardin s'éloigne des mondaines, des grandes dames, lise réserve

(1) Mémoires, ni, 303. — (2) xxxiv, 12. — (3] cxxxiv, 11. — (4) cm, (5.

pour l'intimité, pour les femmes de petite noblesse, voire pour de simples bourgeoises : il leur écrit sur un ton mélangé de familiarité, de sensibilité, d'esprit : il les conseille comme un grand ami, même comme médecin officieux ; il écrit, par exemple, à Mme Dougny, jeune actrice qui a épousé un ricbe banquier, et qui connaît labbé Terray :

Vous voila donc dans les bois, comme Philomèle, aussi intéressante, aussi jolie, aussi harmonieuse, mais bien moins à plaindre, puisque les hommes ne vous ont jamais fait de mal, et que vous n'avez point éprouvé les fureurs de Térée, qui est votre ami. Pourquoi donc vous en ètesvous allée ? Il y a tantôt mille ans qu'on ne vous a vue. Toute votre société en est troublée. Mrne Ricoboni et MUe Thérèse partent aujourd'hui pour la campagne : ainsi je n'ai plus personne avec qui je puisse m"entretenir de vous. J'ai cependant bien des inquiétudes sur votre santé. Je voudrais de bon cœur que ce bien dont je jouis pleinement put se partager avec les personnes qu'on aime et qu'on estime. Mais je n'ai que des conseils à vous offrir. >"e vivez que de végétaux frais ; évitez les aliments gras, et tout ce qui agite les sens, comme le café et les liqueurs spiritueuses, et les passions fortes comme l'amour. Mais c'est à ceux qui vous voient à se méfier de celles-là 1 .

C'est tendre, jeune, bien portant. On sent une intimité de bon aloi entre Bernardin, la jeune femme et sa famille. Cette Mme Ricoboni est la tante de Mme Dougny. Justement c'est bientôt la fête de la bonne tante : on demande à Bernardin « une chanson bien drôle » pour la circonstance (2).

Bernardin en effet est poète, ou du moins il aime à écrire de temps en temps des vers qu'il garde pour l'intimité, leur rendant justice, et sentant bien que la

1 cxlvi, 58. — (2) clvi, 5.

prose convient mieux à son genre de talent. Et pourtant on trouve beaucoup de vers dans ses manuscrits, de si beaux vers même qu'on reste perplexe, et qu'on se demande: ces vers sont-ils de lui, ou bien ce copiste infatigable, qui transcrivait sans se lasser ses propres œuvres, n'aurait-il pas copié pour son plaisir les vers d'autrui ? C'est ainsi qu'on tressaille de surprise en trouvant une épitre à André Chénier, où le génie du poète est deviné, prophétisé (1) ; puis on finit par s'apercevoir que ce sont les vers de Lebrun, recopiés par Bernardin. Pour ne pas m'exposer à attribuer à Saint-Pierre, comme poésies inédites, des vers publiés par d'autres écrivains, j'ai eu soin de ne relever que les pièces dont les brouillons raturés étaient joints à la copie définitive.

Bernardin, si original en prose, est surtout imitateur quand il écrit en vers : dans une épîire à M. le comte de Brancas sur les bouffons de société, on sent l'influence de Despréaux :

0 l'aimable importun, qui, d'une main falote, Agite les grelots de sa lourde marotte, Et, pesamment folâtre en sa légèreté, Tourmente son prochain de sa triste gaîté !... Il est un art charmant d'amuser et de rire : Il faut de sel attique égayer la satire, etc. (2).

De Saint-Pierre donne rarement dans le sérieux, qui convient peu à la vie de société ; il préfère le genre badin où il excelle, à en croire ses amis ; Darget iui écrit, le 27 avril : « Je ne sais si le printemps affecte votre santé, mais je sais qu'il vous inspire des vers dignes des La Fare et des Cbaulieu » (3). -le crois que

(1 i.xvm, 13. - 2 lAViir. 9-10. — 3] .xxxrv, (i.

Bernardin n'avait pas tant d'ambition, et qu'il se contentait de rimer vaille que vaille pour les jeunes et jolies femmes de son monde (1). C'est pour elles qu'il a composé ses plus jolis vers, ceux où il plaide la cause des amoureux qui ont du talent, contre ceux qui n'ont que leur naissance :

La Poésie est mère et fille de l'Amour. Un volage habitant des rives de Permesse, t'n enfant des neuf Sœurs respire avec le jour Et le génie et la tendresse...

L'ambre et l'or d'un marquis, son faste héréditaire,

Séduit une beauté vulgaire, Mais l'esprit de Tibulle est plus cher à Vénus : La Fare immortalise un regard de Caylus (2).

Etait-ce encore sa propre cause qu'il plaidait luimême dans un quatrain si fin et si précieux, que je n'ose trop le lui attribuer, car, s'il est de son écriture, il n'est guère de son genre d'esprit:

Un pauvre amant dit ce qu'il pense, Sans trop pensera ce qu'il dit ; Le désordre est son éloquence :

Quand le cœur parle, adieu l'esprit (3) !

Si ces vers sont bien de lui, c'est son chef-d'œuvre. S'il n'a fait que ceux que j'ai cités d'abord, il est fort ordinaire, avouons-le, la « lyre » en main. Mais il convient de juger sans sévérité des vers écrits sans prétention : il ne les destinait pas au public, mais à ses intimes : pour un écrivain qui sent déjà sa force, qui se prépare à la vie littéraire par toutes sortes de travaux préparatoires où il recommence courageusement

(1) cxxxvin, .V). — (2) i.xvm. 1. — (3) cxcvn, 5.

ses études (1), c'est fort gentil de trouver encore le temps de rimer pour ses amies. C'a toujours été du reste son mérite, de donner beaucoup de lui-même à ceux qu'il chérit ; quelques-unes de ses correspondances nous révèlent un Bernardin exquis, charmeur, conquérant la sympathie des hommes aussi bien que l'ardente affection des femmes : dans sa vie privée, ses romans d'amitié valent mieux que ses romans d'amour ; il en est ainsi de ses relations avec la famille Delaville-Jehannin, ou de la Ville-Jehannin ou Jehannin de Boisbriand, qui faisait partie de la société des dames Ricoboni et Dougny (2).

« Touchantes et délicieuses lettres ! » lit-on sur l'enveloppe qui renferme leur correspondance, terminée après la mort de son ami (3). Et c'est bien Pimpression que nous ressentons encore, après avoir lu les lettres, jauniespar le temps, de Charles Jehannin de Boisbriand. Bernardin avait fait sa connaissance à Paris, pendant que le jeune Breton préparait son examen d'ofticier du génie, probablement sous la direction de notre héros (4). Bientôt le maître et l'élève deviennent grands amis, et se promènent au Luxembourg en échangeant leurs rêves d'avenir (5). Ce Charles de Boisbriand semble, d'après ses lettres, un esprit fin, délicat, un peu féminin. Il aime à donner à son ami des nouvelles d'une tourterelle dont Bernardin lui a fait présent : elle commence, lui écrit-il en avril, « à se ressentir de la fermentation du printemps, et elle passe une partie des jours devant un miroir, à caresser son image » (6). Ailleurs, dans une lettre du nouvel an, Charles met en post-scriptum : « votre tourterelle devient tous les

(1) cxi.vm, 24-4Ô. — (2; ci.vi, .">. — 3) ci.vi, page 3 de l'enveloppe du dossier. — (4) clvi, 11. — (5 «i.vi. ](>. — (6) r.i.vi, LS.

jours plus jolie, et vous souhaite une bonne année » (1). Ces mièvreries n'empêchent pas le futur officier d'être très vif à l'occasion : une fois il se met à dos tous les procureurs de Rennes, et sa famille est obligée de financer pour le tirer d'embarras (2). Mais ce sont là des éclairs de jeunesse : le fond de son caractère est plutôt la douceur, la mélancolie, un peu de pessimisme aussi, ce qui a dû le rendre cher à Bernardin (3) ; aussi ne se plaît-il guère à Paris : il préfère Rennes, d'où il écrit à son ami, le 11 janvier 1772 : « rien de nouveau ici : tout est tranquille et triste. Il semble qu'il y ait dans cette saison un brouillard répandu sur toute la Bretagne, et cela me plaît » (4). Peut-être Charles est-il encore le plus mélancolique des deux, car Bernardin a essayé de le guérir, et sa mère, Mme Marion Delaville-Jehannin, écrit au chevalier pour l'en remercier : « Je suis bien aise, Monsieur, que mon fils vous ait donné une bonne idée de sa famille. Je serai toujours flattée de mériter votre estime. Le portrait qu'il m'a fait de vous me donne un grand désir de vous connaître... J'espère que quelques heureuses circonstances me procureront ce plaisir. Je vous remercie, Monsieur, des soins que vous avez de dissiper la mélancolie de mon fils » (5). Bernardin s'empresse de lui répondre que le médecin est lui-même atteint de la même maladie que son client ; l'excellente femme riposte aimablement, le 1er septembre 1771 : « Je m'étais bien doutée, Monsieur, que vous aviez à peu près les mêmes défauts que Charles. L'aveu que vous m'en faites ne m'a point surprise, et ne diminue pas la bonne opinion que j'ai de vous... J'ai vraiment bien envie de vous connaître » (6).

(1) clvi, 1(5. - (2 ci.vi, 26. — (3) clvi, 11-12. — 4 clvi, Ki. — (5) clvi, 9. — (<i) clvi, 13.

Alors, dans le cœur de l'orphelin, se réveille la tendresse fdiale inassouvie : avec une bonne grâce touchante, Bernardin demande à devenir le frère de Charles, le fils de Mme Delaville : celle ci, un peu inquiète, s'en défend un instant : « Vous me dites que vous sentez pour moi l'attachement d'un fils. Je consens bien volontiers à avoir pour vous celui d'une mère, mais ce sera, Monsieur, un engagement qui me donnera de grands droits, auxquels vous n'avez peut-être pas réfléchi, et dont je pourrais me prévaloir. Quoi qu'il en soit, je veux vous donner du temps pour y penser. Ces sortes d'affaires ne se traitent pas si légèrement » (1). Ces dernières résistances, cette tentative pour arrêter l'amitié envahissante de Bernardin, ne purent rien contre le charme vainqueur de notre héros, sitôt que Mme Delaville put le voir, et l'apprécier.

Bernardin, qui avait déjà fait dans le courant de 1771, avant le mois de septembre, et je ne sais pourquoi, un voyage en Bretagne, à Vitré, Bernardin part pour Rennes (2). Il n'a pas renoncé, bien entendu, à ses travaux en train, à son Voyagea l'île de France, et son ami Charles lui a choisi une « solitude » où il pourra travailler tout à son aise (3). Cela ne l'empêche pas de s'informer, de s'enquérir de tout. Sa curiosité, toujours en éveil sur la noblesse de sa famille, s'exerce : il découvre, près de Saint- Brieuc, des messieurs de Saint-Pierre originaires de Normandie : leur grandpère, cadet de la famille, était venu se marier en Bretagne: il avait épousé une riche héritière, M"e Bois de La Salle (4). C'est un bon exemple à suivre. Bernardin mène de front deux projets de mariage : Loly, la sœur de Charles, est chargée de demander à une demoi-

1 clvi, 11. — (2) clvi, 9. — (3) ci.vi, 10. — (4) clvi, 14.

BERNARDIN 1)1. SAINT-PlEItItE 9

selle Duval sa main pour l'ami de son frère : MUc Duval considère la chose comme une plaisanterie (1). Charles, de son côté, était l'ambassadeur du chevalier de Saint- Pierre auprès de Mlle de Boispéan : suivant une habitude constante, Bernardin voudrait traiter directement avec la fille, sans s'occuper du père (2). L'affaire n'eut pas de suite. Bernardin, vexé, partit en coup de vent, au grand étonnement de ses amis : Mme Delaville lui écrit le 3 janvier 1772: « Votre départ nous surprit. Nous nous flattions que vous eussiez resté jusqu'au jeudi. Charles nous l'avait assuré. Il fut fort étonné quand je lui annonçai que vous étiez parti. Je ne l'avais jamais vu si triste. Je ne crois pas qu'il y ait personne dans le monde qu'il aime autant que vous » (3). Bernardin avait-il perdu son temps en Bretagne, pendant les trois mois qu'il y a passés? Non certes, car il a travaillé à son Voyage dans d'excellentes conditions, dans cette atmosphère d'affection et d'admiration qui est indispensable à tous les écrivains, surtout aux écrivains « sensibles ». Et nous, nous pouvons mesurer sa valeur morale aux regrets qui l'accompagnent : il a eu beau partir bien vite, et ne leur accorder que trois mois au lieu de l'année qu'il devait leur consacrer, ses hôtesrestent sous le charme (4). Ces braves gens sont clairvoyants, malgré leur affection. Ils connaissent les défauts de Bernardin, ou ses qualités exagérées : ils savent que sur la question d'argent il est d'une ombrageuse délicatesse : aussi que de précautions pour l'obliger ! On tâche de lui éviter les plus petites dépenses, sans froisser son orgueil de pauvre : « ne trouvez pas mauvais, lui écrit Mme Delaville, que je paye le port de ma lettre. C'est Une dette dont je m'acquitte. Charles vous devait douze

(1) clvi, 14. — {'À) clvi, 1(5. — (3 cLvij 14. — 4 clvi, 26.

sols » (1). La mère et le fils ont vu partir de Saint-Pierre avec inquiétude : il avait l'air si dénué d'argent. Ils voudraient bieu lui en offrir; mais comment faire? Voici la lettre qu'ils ont pensée à deux, et que Charles lui écrit le 11 janvier 1772 : « Vous m'avez donné, en venant en Bretagne, une preuve d'amitié que je n'oublierai jamais. J'en attends encore [ une ] de vous. C'est au nom de maman que je vous la demande... Votre situation nous inquiète ; et vous savez qu'il est des circonstances où des riens peuvent être utiles. Maman vous prie donc de vous expliquer franchement : n'eussiez-vous besoin que de vingt louis, songez, mon ami, que c'est pour vous une occasion d'obliger » (2;. Malgré le caractère triste et méfiant que ses amis lui reconnaissaient (3), Bernardin ne put pas ne pas être touché de cette délicatesse, qui lui fait du reste autant d'honneur qu'à Charles. Et notons, je le répète, qu'il a affaire à des gens très avisés, qui ne l'aiment pas à tort et à travers, qui connaissent ses défauts, et qui ne craignent pas de les lui signaler : « mais, dit Mme Delaville, nous vous aimions tel que vous étiez » (4). Ils l'aimaient, et ils l'admiraient : il les avait non seulement charmés, mais encore éblouis : qu'on en juge par cette lettre de la mère, du 3 janvier 1772 : « J'imagine que vous n'aurez jamais l'inconstance de Voltaire. Je vous crois bien supérieur à lui pour la façon de penser » (5). Pourtant Mme Delaville dut en rabattre un peu, tout au moins pour la constance. Repris par la vie de Paris, par les démarches, les déceptions, les travaux, les coups du sort, Bernardin resta longtemps sans écrire à Rennes : au bout de neuf ans il rompit ce

11) clvi, 14. — (2) clvi, 16. — (3) clvi, 32. — (4) clvi, 32. —

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