‹ Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscritsChapitre 38 sur 69 · CLVI · texte numérisé non relu

CLVI

silence, il écrivit à son ancienne « mère », qui aurait pu faire expier à son ancien « fils » son ingratitude : elle lui répondit pourtant aussitôt, le 8 janvier 1781, avec bonté et presque sans reproches : « Votre lettre, mon cher fils, m'a fait grand plaisir. J'ai été on ne peut plus flattée des marques de votre souvenir, auquel, je vous avoue, je ne m'attendais plus. Je croyais que vous m'aviez oubliée... Peut-être avez-vous ignoré les chagrins que j"ai essuyés par la perte de mes deux fils. Vous savez comme je les aimais. Jugez combien j'y ai été sensible » (1). Quel souvenir Bernardin avait-il dû laisser dans le cœur de la vieille Bretonne, pour que, à son premier appel, il fût ainsi entendu? Quel mérite avait-il donc pour inspirer de pareilles affections? Si l'on juge d'un homme par le nombre et par la valeur des amitiés qu'il a su conquérir, Bernardin est le premier caractère de son siècle. Non seulement il conquérait les cœurs au passage, mais il les gardait pour toujours. Quand il s'agit d'amis humbles par la condition ou par l'esprit, qui suivent son char dans la foule, un sceptique pourrait prétendre que cettt amitié ne prouve pas grand'chose, parce qu'elle est affaire de vanité, parce qu'elle grandit avec la réputation croissante de l'auteur. Mais le phénomène persiste quand de Saint-Pierre aime plus grand que lui : de tous les amis qu'a eus Rousseau, Bernardin est le seul qui ait été aimé jusqu'au bout.

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