‹ Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscritsChapitre 7 sur 69 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

au crayon (1)? D'un moderne, nous dirions tout uniment qu'il a menti ; étant donnée la date où Martin écrivait, disons simplement que tout ce qu'il raconte est l'œuvre d'une imagination échauffée.

Imagination, ce qu'il veut nous faire croire de la méthode de travail de Bernardin, pour le plan et la rédaction de ses œuvres (2). Les manuscrits prouvent que Saint- Pierre ne composait pas ainsi, qu'il ne corrigeait pas son style de cette façon.

Imagination, quand le légitimiste Aimé Martin, publiant son Essai sur la vie en pleine Restauration, veut faire de l'admirateur de Napoléon un ultra avant la lettre.

Falsification surtout quand Martin, pour faire de Saint-Pierre un écrivain à son image, ose modifier le texte des œuvres posthumes avec un incroyable sans-gêne, sans respecter ni le style ni la pensée de celui qu'il proclamait son maître.

Même dans les œuvres publiées par l'auteur luimême, et qu'Aimé Martin a simplement rééditées, il serait facile de relever de nombreuses infidélités ; mais cela sortirait de mon sujet, et je me contenterai d'indiquer deux ou trois faits pour prouver qu'Aimé Martin était incapable d'être exact et fidèle même pour des documents déjà imprimés, où le contrôle était possible. Dans la grande

(1) cxlvi, 204. — (2) Œuvres posthumes, p. 474, col. i.

édition en douze volumes, publiée en 1833 chez Didier, Aimé Martin prétend avoir pris pour base de son travail « l'édition la plus estimée de l'auteur, celle de 1792 (1) ». Or, à la fin de Y Avis de l'auteur, Aimé Martin introduit un dithyrambe en l'honneur de Louis XVI; eh bien ! dans l'édition de 1792, publiée par Didot jeune, il n'y a pas d'avis au lecteur.

Aimé Martin publie dans les Mélange* un Dialogue sur la critique et les journaux comme si c'était une œuvre à part (2), tandis que ce fragment est tiré du préambule de l'édition in-quarto de Paul et Virginie (3).

Ce qu'il donne comme étant « extrait du préambule de l'édition in-quarto de Paul et Virginie » est une reproduction fantaisiste de ce préambule : dans les douze premières lignes, il y a quatre ou cinq corrections de style, une suppression d'une ligne et demie, et une altération de la vérité (4), etc.

11 était plus facile encore de prendre des libertés avec les textes inédits, avec les manuscrits inconnus. Martin n'y a pas manqué.

La Correspondance o) a été publiée avec une telle légèreté antiscientifique que, jusqu'à ce que quelque patient érudit se décide à recommencer

(1) Tome III, p. 1. — (2) Œuvres posthumes, p. 110-774. — (3) Didot, 1806, p. xvi, sqq. — (4 Œuvres, p. 774, col. 2, et suivantes. -15 4 volumes, Ladvocat, 1826.

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