INTRODUCTION XXI
cette publication, il vaut mieux ne pas utiliser ces documents, puisque, sauf une ou deux exceptions, pour tous ceux dont on peut retrouver l'original à la bibliothèque du Havre, on constate des altérations de toute nature.
J'ai déjà montré ailleurs comment Aimé Martin défigure une lettre du meilleur ami de Bernardin, M. de Taubenheim (1) : il transforme en un style correct et plat les curieuses incorrections de ce digne Allemand. Depuis, j'ai pu faire la même comparaison, entre les autographes et les lettres imprimées, pour la correspondance avec Hennin, c'est-à-dire pour les deux premiers volumes et le début du troisième. Aimé Martin corrige perpétuellement le français d'Hennin. Passe encore pour le style d'Hennin. Mais, ce qui est plus grave, c'est que, sans nous prévenir, Martin fait de nombreuses et importantescoupures dansces lettres. Sansdoute, il avait le droit de supprimer les détails oiseux, mais à condition de nous en informer, même pour les lettres d'Hennin, à plus forte raison pour les originaux de Bernardin lui-même.
C'est pourtant ainsi qu'Aimé Martin a procédé. Les 2i lettres à la seconde femme, publiées au tome III, présentent un grand nombre de lacunes.
Sur les manuscrits on trouve en marge un certain nombre de notes au crayon : inutile, tout un
(1) Revue des Cours et Conférences, n° du 3 février 1898, p. 367.
passage encerclé, avec non en marge (1), etces passages n'ont pas été imprimés. Si l'on admet, pour innocenter Martin, qu'il a consulté la principale intéressée, et que ces suppressions ont été exigées parla veuve de Bernardin, pareille explication ne peut être invoquée pour les lettres adressées à d'autres correspondants.
?son seulement Aimé Martin s'est permis de faire des coupures dans les textes authentiques, mais encore, et c'est une véritable fraude, il a composé des lettres fictives en mélangeant des passages écrits à des dates différentes.
Ainsi la lettre à Hennin, du 4 décembre 1780(2), a été commencée à l'aide d'un brouillon de Bernardin et d'une mise au net de ce brouillon (3). Les manuscrits ne donnent pas la seconde moitié de la lettre, depuis ces mots : «. si elle ne m'honore, » etc. Cette fin figurait peut-être dans une autre lettre qu'Aimé a fondue avec la première, et dont le texte s'est ensuite perdu ; peut-être encore l'éditeur s'est-il simplement amusé à la composer lui-même.
La supposition n'a rien d'invraisemblable, puisque Martin s'est permis de corriger la forme des lettres écrites par son maître. Au style facile et négligé qui convient aux missives familières, des-
(1) cxlv, C6. — (2) Correspondance, II, 42-45. — (3) cxciv, ~ et cxciv, 6.