‹ Berne au XVIIIe siècleChapitre 4 sur 9 · ARSENAL · texte numérisé non relu

ARSENAL

Autrefois la ville de Berne se terminait à la Tour de l'Horloge ; un fossé fermait la ville dans sa largeur qui n'est que d'environ 100 toises, et en formait une île parfaite entourée par l'Aar. Les annalistes nous disent qu'en 1228, un comte de Savoie, dont Berne avait t'ait son protecteur, conliuua de la bâtir, et que ce fut sous ses ordres que cette ville fut prolongée jusqu'à la tour des prisons, d'où la rue porle le nom de Neuttadt (ville neuve). On ne trouve pas assez de lumière dans les monuments historiques pour comprendre quelle espèce de protection ce comte de Savoie exerçait sur Berne ; mais il est très vraisemblable , qu'entourée de voisins jaloux, celte ville chercha l'appui d'un prince qui avaii des prétentions sur une partie de la Suisse occidentale Celte lour et quelques logements contigus servent de demeure aux prisonniers. Les

accusés y sont interrogés par le greffier de ville et par le grand soutier qui est à la fois juge de paix , lieutenant de police et lieutenant criminel. Ces deux magistratures sont départies par le sort , de quatre ans en quatre ans, à des membres du grand conseil. On remet ainsi au hasard l'emploi difficile et dangereux de découvrir la vérité dans des cas dont dépend la vie d'un homme.'

La question n'est pas encore abolie à Berne, malgré les lumières qui se sont répandues jusqu'en Suisse depuis quelque temps. Ce funeste moyen d'arracher des aveux , qui a fait périr tant d innocents et échapper tant de coupables , est d'autant plus dangereux ici que Berne n'a point de lois criminelles.

Les causes de divorce et les délits contre les mœurs sont jugés par un Consistoire, composé de magistrats et des deux premiers ecclésiastiques de la capitale : l'origine de ce tribunal remonte à la Réformation. Les lois relatives aux mœurs sont un peu moins sévères qu elles ne l'étaient sous IV. lit de 4661. On lit cependant encore chaque année , au mois de mai , un édit imprimé semblable à celui-là , qui range les délits dans Tordre des dix commandements : quoiqu'il ne porte que le titre d'admonition contre les péchés régnants , c'est véritablement un édit civil où l'on trouve entre autres la loi contre les duels. Dans l'édit de 4661, on fil rentrer dans le VII* commandement . qui condamne l'adultère , la défense de l'ivrognerie , de la danse, du luxe des habits et du tabac. Dans la classe du larcin défendu par le VIII» commandement, on trouve la défense du jeu , « étant, dit l'édit, un subtil »> moyen et désir d'avoir le bien d 'autrui , et par ainsi du nombre » des espèces de larcin. » Quant au tabac , voici comment l'édit en parle : « L'usage du tabac étant depuis peu d'années parvenu si » ordinaire et commun , que toutes sortes de personnes en fument » par excès , qui est nuisible en bien et santé de corps et d'esprit. » voire préjudiciable à la vie, etc. •»

L'Arsenal de Berne est assez remarquable par son artillerie qui a été presque entièrement refondue depuis environ trente ans par les soins du sieur Moriz , artiste habile, dont la famille est connue dans les arsenaux de France. On voit dans une des salles de celui de Berne une grande pièce d'artillerie achetée à Nuremberg en 1413, et que les Bernois employèrent deux ans après au siège de Baden. Ce fut la première fois que les Suisses firent usage d artillerie. On y remarque aussi quelques petites pièces de campagne

ou couleuvrines , prises à la bataille de Morat , et un amas considérable de casques, de cuirasses , de haches-d 'armes , de massues garnies de clous de fer, monuments inutiles et glorieux des anciennes victoires des Suisses. On montre encore aux voyageure une grande quantité de cordes qui , selon la tradition reçue, furent trouvées dans le camp de Charles-le-Hardi devant Grandson, et que ce prince avait prises avec lui pour pendre les prisonniers qu'il comptait faire. Celte tradition n'est sans doute qu'un conte, fondé sur l'idée qu'on s'était faite de l'ame sanguinaire et implacable du duc de Bourgogne. J'ai trouvé dans nos chroniqueurs plusieurs traits semblables , qui prouvent l'effet des préjugés. Ainsi Steltler dit dans son Histoire, que le duc avait fait broder sur ses drapeaux des flammes et des pierres à fusil pour marquer à quel point il était enflammé contre les Suisses. Ces symboles menaçants n'étaient autre chose que les attributs de l'ordre de la Toison-d'or, fondé par Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne. Ils se trouvent également sur les beaux tapis pris à Grandson et déposés actuellement à la bibliothèque. On voit encore dans les salles de l'arsenal quelques figures de bois grossièrement tailfées , armées de pied en cap et tenant de grandes hallebardes ; on les fait passer pour les effigies et les armures du duc de Zaehringen, fondateur de Berne , et de Jean de Bul>enberg qui conduisait cette entreprise sous les ordres du duc, et dont la famille a longtemps occupé les premières dignités de la république ; à l'extinction des Bubenberg , les d'Erlach leur ont succédé dans leurs biens.

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