DE RIGUEUR
,Bernold fut amené à examiner la question. Il y fut provoqué par Alboin, dans leur controverse f^ur le célibat ecclésiastique. Alboin (9) vouait à l'anatbème tous ceux
(1) P. L., t. CXLVIII, col. 407.
(2) M. G. Lih., t. I, p. 373, 375.
(3; Ibid., p. 571.
(4) Ihid., p. 525.
(5j Wenrich de Trêves, ihid., p. 287.
(6) Guibert, ihid., p. 626.
(7) Sigebert, ihid., t. II, p. 438.
(8) Henri IV, cf. ep. II. Brunon IDe hello saxonico, cap. 67. (9). M. G. Lih., t. II, p. 17.
qui livraient sans défense les prêtres, dont il plaidait la cause, au mépris du peuple, à ses calomnies et à ses violences. Sans doute, répondait Bernold, il n'est pas dans l'ordre de faire corriger par des laïques ceux dont la vie devrait leur servir de modèle; mais l'autorité peut-elle fermer les yeux sur de tels abus ? N'est-ce pas i3lutôt contre ceux qui favorisent ces abus qu'il faut lancer l'anathème"? Bien plus, ils sont la véritable cause de tous les maux; car sijX^^r leur action perverse, ils n'avaient pas détourné du droit chemin les autres clercs moins instruits, en les engageant à ne pas tenir compte des règles de l'Eglise, les évêques n'auraient pas été obligés de faire appel à la force publique pour les réprimer. Bernold prouvait la légitimité de ces répressions par la force armée, en s'appuyant sur les actes de Grégoire le Grand, qui n'aurait pas appelé à son aide le patrice Gennase et les rois de France pour réformer le clergé, s'il avait cru s'opposer ainsi aux décisions des Pères. Les Pères n'ont jamais i)ris sous leur protection que les prêtres fidèles (1).
Bernold allait même beaucoup x)lus loin. Il prétendait justifier les meurtres qui avaient éié commis, en plus d'un endroit, dans ce mouvement de réforme. Il fallait une explication, car Grégoire VII ne s'était i)as contenté d'inviter les princes à une action plus ou moins vague: avec l'aide de la comtesse Matliilde (2), il avait lui-même engagé une expédition contre Eavenne pour réduire l'antipape Guibert; et nous savons aussi, par les récriminations de Sigebert de Gembloux (3), que maintes fois les révoltes de Patares se terminaient dans le sang.
(1) M. G. LiJ}., t. II, p. 21-23.
(2) C'hron. de Bernold, 31. G. SS., t. V, ad ann. 1080.
(3) ilf. G. Lib., t. II, p. 438, 460.
Pour Bernold, il n'y avait là aucune difficulté. Certes, il y avait eu des excès, et il fallait les condamner (1); mais le priBcii)e était certain : l'Egiise peut se délivrer de l'oppression des hérétiques en les faisant massacrer. C'est l'application du droit de légitime défense. Et d'ailleurs, ceux que l'on sacrifie ne sont i)as des liommes, mais des démons. Dès lors, ajoute Bernold, il ne faut pas appeler des CaÏDS les soldats qui tuent les excommuniés opiniâtres. S'ils en arrivent à cette nécessité, c'est que la gloire de Dieu et le bien de l'Egiise le demandent. Peut-on leur faire un reproche d'obéir à Dieu ? Loin de les accuser, il faut louer leur abnégation qui les x>ousse à exposer leur vie pour leurs fières.
EEMAEQUES
Des propositions aussi sauguinaires nous étonnent aujourd'hui ! Sans prétendre justifier ce qui est injustifiable, on x)eut, il nous semble, en donner une certaine explication.
Au xi^ siècle, la souveraineté du pape, tout en étant contestée pour les besoins d'une cause, s'exerçait en fait sur tous les princes. Ceux-ci étaient, en quelque sorte, les vassaux du Saint-Siège et lui promettaient assistance pour faire observer ses décisions (2), Il n'est donc pas étonnant d'entendre Grégoire VII appeler à son aide Eodolplie de Souabe et Bertliold de Carinthie.
(1) M. G. LU)., t. Il, p. 98.
(2) Cf. Jalïé, Mon. Greg., p. 426, .la formule de serment de Eobert Giiiscard; iljid., p. 36-37, le serment de Eichard de Capoue ; idid., p. 46, une lettre d'Henri IV à Grégoire VII.
Bien plus, si l'on observe que le christianisme était le fondement de la société, au point qu'une hérésie devenait un crime social, si l'on se raj)pene que les excommuniés, pour décourager les léformateurs, usaient de représailles terribles — le supplice d'Ariald (1), le meurtre d'Herlembald (2) à Milan en sont des preuves — on comi^i^endra que l'Eglise ait usé de mesures énergiques à l'égard des rebelles et approuvé, sinon conseillé, la peine de mort dans la répression des hérétiques. Ici encore nous avons un pouvoir de fait. Sans examiner, si, en droit, l'Eglise peut défendre la vérité par les armes, il faut reconnaître que les circonstances rendaient ces moyens légitimes.
En 1085, à la mort de Grégoire VII, l'Allemagne et l'Italie étaient toujours violemment secouées par cette crise, et, si un parti semblait triompher, c'était celui des adversaires de la réforme. La politique de Grégoire VII subissait donc un échec complet. Cependant son grand eflort ne fut pas stérile. Son œuvre fut continuée, et, après des alternatives de bonne et de mauvaise fortune, elle triompha au concordat de Worms, en 1122. (3alixte II moissonnait ce que Grégoire VII avait semé dans les larmes.
(1) Cf. Delarc, t. Il, p. 204.
(2) lUd., t. III, p. 140.