NOUVEAUX CA'S DE CONSCIENCE
Kous avons vu que Grégoire VII, tout en défendant d'avoir des rapports avec les excommuniés en général, avait particulièrement défendu de communiquer avec les prêtres frappés de Panatlième. Ils ne i^ouvaieut plus exercer leurs fonctions, et l'on devait surtout éviter d'assister aux offices qu'ils voudraient célébrer malgré l'interdit formel du pape. A plus forte raison ne pouvait-on pas employer leur ministère pour recevoir les sacrements. De là surgissait un nouveau cas de conscience : quelle était la valeur des sacrements administrés par ces schismatiques ? En effet, les simoniaques et les nicolaïtes (c'étaient les concubinaires) ne tenaient aucun compte de la condamnation portée contre eux. Les évêques multipliaient les ordinations, et certaines parties de l'Allemagne n'avaient pas d'autre clergé. Or ils n'étaient rien moins que des scliismatiques et des hérétiques rejetés par l'Eglise. Fallait- il repousser comme nulles toutes ces ordinations
et, du même coup, tous les sacrements administrés par ces faux x^rêtres ? La question était d'autant plus angoissante que, malgré toute leur bonne volonté, les fidèles «e pouvaient pas toujours se rassurer sur l'orthodoxie du prêtre auquel ils s'adressaient. Ils étaient donc condamnés à des troubles perpétuels.
Le problème fut examiné par la plupart des écrivains, soit défenseurs de Grégoire YII, soit partisans d'Henri IV, et résolu de bien des façons. Dans les deux partis, il y avait les rigoristes qui déclaraient nuls tous les sacrements administrés par les excommuniés du camp opposé (1). Certains allaient jusqu'à dire que, par suite de la simonie, la source même du sacerdoce avait été empoisonnée, et que, depuis Léon IX, le véritable sacerdoce était éteint (2).
A l'autre extrême (3), et, on le pense bien, c'étaient surtout les fervents d.u schisme, on soutenait que l'indignité du ministre n'avait aucune influence sur le rite sanctificateur. Le simoniaque produisait la grâce divine aussi abondante, aussi fructueuse que tout autre prêtre.
Enfin, quelques auteurs (4) tenaient un juste milieu. A ceux-ci, ils faisaient cette concession que la grâce était véritablement produite; mais ils s'accordaient avec ceuxlà pour dire que l'effet de cette grâce demeurait suspendu ; le fidèle n'en retirait aucun profit.
(1) Grégoriens : Gui d'Arezzo, M. G. Lib., t. I, p. 6; Humbert, ibld., p. 100; Bernard, ibid., t. II, p. 28; l'anonyme d'Hirschau, ihid. p. 242; Deusdedit, ibid., p. 320; Geoffroy de Vendôme, ibid., p. 695. Henrieiens : Cardinaux schismatiques, ibid., p. 39G.
(2) Brunon de Ségni, ibid., 555.
(3) Grégoriens : P. Damien, P. L., t. CXLV, col. 115-116. — Henriciens: Sigebert, M. G. Lib., t. II, p. 439 ; Wenrich de Trêves, ibid., t. I, p. 298 ; Wido de Ferrare, ibid., p. 558; Guibert, ibid., p. 623.
(4) Manegold, ibid., p. 430; Anselme de Lucques, ibid., p. 522.