‹ BerryerChapitre 6 sur 12 · EF R Y E R · texte numérisé non relu

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affecté. C’était comme un avertissement, car ils et; nu : du même âge. Et puis cette bouffonnerie soutenue is-j ji sait un vide â Augcrville.

Berryer était lui-même, nous l’avons dit, naü>,l- Icment gai. Son esprit plein de grâce familière ne édaignait pas une pointe de gauloiserie.

11 savait et aimait â citer les vieux proverbes, î$ vieux contes, les vieilles chansons. Il savait par cor Désaugiers et Panard. Il racontait comment il s’eit lié avec Désaugiers.

Ils se trouvaient une fois, sans se connaître, voisis de stalleau Théâtre-Italien. Berryer, toujours très-bn chaussé, avait ce soir-là des chaussures neuves tp étroites qui le faisaient horriblement souffrir. Pour rn au monde il n’aurait voulu quitter la place et perc quelques phrases de sa bien-aimée musique. Il se piche vers son voisin, etlui demande tout bas s’il n’auri pas un canif dans sa poche, Par bonheur Désaugii; avait un canif. Une incision cruciale prestement fa; fit cesser le martyre et permit à Berryer de jouir sa; trouble de la musique. Cet incident servit de trait d’ nion entre le spirituel chansonnier et le grand orater

Le goût de Berryer pour les chansons , qui av: été son premier péché de jeunesse, reparaissait que quefois aux heures de loisir.

SOUVENIRS INTIMES

Jn soir, à Augerville, on se mit à chanter de mén re tout ce que chacun pouvait se rappeler, depuis Piard jusqu’à Désaugiers, depuis Béranger jusqu’à \laud, depuis la Marseillaise jusqu’aux complaintes épi u s célèbres.

jQ chant de la Marseillaise excitait l’enthousiasme ÜBerryer. « Quelle belle musique! » disait-il ; « qnej 1)1 hymne royaliste ce serait avec d’autres parés! »

1 ne savait pas si bien dire. Car Rouget de Lisle ist pas l’auteur de cette musique; il n’en a fait que ( paroles, qui n’avaient pas d’ailleurs le sens qu’on tr a donné depuis. Poëte et musicien amateur, mais et peu savant en musique, Rouget de Lisle s’asiiiait d’ordinaire avec des musiciens tels que Eler, ]!lamaria, Chelard, pour mettre en musique ses jisies patriotiques et ses pièces de théâtre. Quant à Marseillaise, la musique était de Guillaume Navoi- ; e, violoniste attaché autrefois à la maison du duc l 'rléans. L’une des premières éditions en 1793 avait i ir litre : Marche des Marseillais, paroles du citoyen hget de Lisle, musique du citoyen Navoigille; à 0 ns , chez Frère, passage du Saumon, où Von trouve < s les airs patriotiques des vrais sans-culottes. La I rseillaise a porté différents titres. Sous le nom d 'Of-

fraude à la liberté , elle avait été orchestrée ir Gossec (1).

Berryer avait fini la soirée en récitant d’un bo a l’autre la longue complainte populaire de Fualdès.tt comme un de ses hôtes, le marquis de Varennes, >. tonnait de sa mémoire sur un pareil sujet : Vei?, lui dit-il, je vais vous faire voir quelque chose. Ile mena dans son cabinet, ouvrit un tiroir, et, après qilques recherches, il lui montra la fameuse complai e écrite en entier de sa main et delà main deDun aîné, avouant qu’ils l’avaient composée ensemli;, chacun faisant alternativement son couplet. Il lit

(1) Rouget de Liste eut le tort de se laisser attribue la paternité entière de la Marseillaise, au préjudice du musinn Navoigille. Mais il eut lui-même dans sa destinée d'être toujrsl mal récompensé. Il était capitaine du génie quand il écrivis Marseillaise. Malgré T immense succès de l’œuvre, quelques iris après il était suspendu de ses fonctions pour avoir refusée voter la déchéance du Roi ; puis, mis en prison, sa tête était n •quée pour l’échafaud. Le 9 thermidor le sauva. A la demn e du premier consul, il composa un chant de combat que l’ante d’Égypte adopta et substitua à la Marseillaise. Il ne paraît s pourtant que Rouget de Lisle fut l’objet des faveurs de l’Emp'i. La Restauration négligea de lui tenir compte de sa conclus en 1792. Sa position de fortune était peu aisée, mais ile demandait rien. On demanda pour lui, sous Louis— Philippe :t l’on obtint une pension qui adoucit ses dernières années.

Le musicien Navoigille avait dédié un livre de sonates àa comtesse de Scallier. La lettre de dédicace, fort bien tourn), avait sans doute été faite par son ami Reuget de Lisle, r les musiciens de ce temps-là ne se piquaient pas de littératul ni même d’orthographe.

SOUVENIRS INTIMES

de que cela remontait à 1814. ils étaient alors l’un e 'autre assez jeunes pour avoir de ces gaietés, mais a:ez réfléchis pour garder l’anonyme.

Vvec ses amis intimes il se plaisait quelquefois à monter au temps de sa première jeunesse. Il raconta, qu’à sa sortie du collège il avait été mis dans l’étude dMe Normand, ancien député à l’Assemblée constitmte, qui à travers la révolution avait conservé au p il de ses jours toute la ferveur de ses sentiments réalistes. L’exemple et les discours de l’avoué jetèrent dis l’esprit de Berryer un germe qui se développa pis tard. Il racontait gaiement un des souvenirs de ce tnps-là C’était la veille du dimanche gras. Les clercs c M6 Normand, suspendant leur besogne, considèrent un ciel gris, triste prélude des joyeuses jourles. Ils avaient compté leurs ressources et ne se lyaient guère en état de fêter la fin du carnaval. Un cooir cependant leur restait, mais bien faible ! Us taient mis leurs modiques épargnes dans une calotte, et le produit de la cagnotte dans une loterie <i se lirait précisément ce jour-l'a...

Au fait, dirent-ils, notre camarade Berryer, qui a ]is nos billets, ne doutait pas du succès... mais il ne nient pas ! — Tout à coup là porte de l’étude s’ou- ’e avec fracas, et Berryer paraît, tenant dans ses

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