CHAPITRE XIV
Ces pages de Berryer, si belles qu'elles nous paraissent, ne sauraient nous donner une juste idée de son éloquence. Sans doute elles vibrent encore après tant d'années ; on y sent encore comme un reste de vie et de chaleur ; on comprend qu'elles aient ému et transporté les contemporains. Mais c'est le cas de répéter le mot d'Eschine sur Démosthène : « Que serait-ce donc si vous aviez entendu le monstre lui-même? » Non, à côté du discours parlé, la parole écrite n'est qu'une lave refroidie. On l'ajustement comparée à un écho affaibli qui va s'éteignant à mesure qu'il s'éloigne, « à une amphore débouchée dont l'ambroisie s'est évaporée et qui n'est plus digne d'être servie à la table des dieux K »
Les discours de Berryer étaient annoncés d'avance et attendus comme un grand événement. On savait, dit le National, qu'ils faisaient des miracles. Berryer s'y préparait par un travail sérieux. Sa paresse est une légende contre laquelle on ne saurait trop protester. « Partout où se voit la supériorité, dit très bien à ce propos même M. de Salvandy, on peut être sûr que les fortes études et le travail opiniâtre ont passé