‹ BerryerChapitre 103 sur 211 · Témoignage de M. A. de Kciùifl. Journal de Rennes · texte numérisé non relu

Témoignage de M. A. de Kciùifl. Journal de Rennes

il s'y attache obstinément, il les fascine. J'ai dit ailleurs que des jurés, fixés par lui de la sorte, s'étaient trouvés mal. Sur ces visages, l'orateur suit l'effet de ses paroles. Ce sont ces deux ou trois auditeurs qui font son discours. Quand il sent leurs yeux s'allumer au feu de ses yeux, leur cœur battre à l'unisson du sien, Berryer s'enflamme davantage; il est transfiguré. Alors sa poitrine se gonfle, sa tête bout, et chose étrange, affirme Cormenin, sous l'influence de la passion les pores de son front transsudent du sang K

Un peu sourde au début, la voix est vite devenue harmonieuse et vibrante. Au dire de Timon, elle est prestigieuse. « Nulle autre voix que j'aie entendue, dit-il, n'est comparable à celle de Berryer; » ni celle de Roy er-Col lard, de Thiers et de Guizot ; ni celle de Foy, de Lamartine et de Montalembert. Sortie des profondeurs de l'àme, elle exprime avec une souplesse et une justesse étonnantes les sentiments les plus variés : elle tonne, elle s'indigne, elle raille, elle s'attendrit, elle pleure, elle se prête à tout ce que veut ou plutôt à tout ce que sent l'orateur.

Un geste noble, naturel et puissant soutient la voix. Nul ne sait mieux que Berryer exprimer d'un simple geste une pensée presque inexprimable. Il a parfois des mouvements d'une hardiesse telle qu'on ne les pardonnerait à nul autre, comme dans le procès La Roncière, lorsqu'il pose sa main sur les cheveux blancs du général de Morell, placé devant lui. Voilà pour l'action. « Personne, a dit Jules Grévy, n'a peut-être porté plus loin ce que Buffon appelle le corps qui parle au corps, et ce que l'orateur athénien regardait comme le tout de l'éloquence 2. »

Si importantes que soient les qualités extérieures, celles de

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