CHAPITRE XVI
« J'allais me rendre à la Chambre. C. entra. « Eh bien î me dit-il, c'est fini. — Quoi? qu'est-ce qui est fini? — La monarchie de Juillet. Louis-Philippe se sauve et le peuple est aux Tuileries. — Comment ! les Tuileries sont à deux pas d'ici, nous n'avons pas entendu un coup de canon, et le peuple.... — J'en viens. L'on pille. »
« Je me précipitai dehors.... J'arrivai aux Tuileries. Quel spectacle! Mais je l'avais déjà vu. Presque enfant j'avais assisté à la prise des Tuileries en 1830. Je revis dans la cour et sur la place les mêmes gamins chargés d'armes et d'habits militaires. On criait : A bas Guizot î comme on avait crié : A bas Polignac ! On saluait dans la foule avec la même allégresse l'uniforme de la garde nationale. Cet uniforme, aussi bien qu'en 1830, a fait la principale besogne et sans se donner beaucoup de peine.... Le peuple entré dans le palais le dévastait, toujours comme en 1830.... Le roi est parti. Il s'est sauvé par le jardin. C'est Girardin qui lui a conseillé l'abdication ; c'est Crémieux qui l'a reconduit. Girardin ! Grémieux ! 0 justice de Dieu!.... Au milieu d'un tohu-bohu indigne, Lamartine, Crémieux et quelques autres ont proclamé, fait et défait ce qu'ils ont voulu, d'accord avec le peuple souverain.
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« .... Après quelques heures de vacarme, il n'y avait plus ni roi, ni prince royal, ni régent, ni régente, ni Charte, ni Chambre. Voilà comment finit un gouvernement constitutionnel *.... » Que de fois Berryer n'avait-il pas prédit cette révolution! Que de fois n'avait-il pas montré aux hommes de Juillet, dans la violation du droit royal en 1830 et dans la proclamation de la souveraineté du peuple, le germe fatal qui devait les perdre et aboutir à la République! Louis-Philippe en partant répétait tristement : « Comme Charles X! comme Charles X! » De même qu'en 1826 Berryer avait aperçu dans l'antagonisme de MM. de Villèle et de Chateaubriand un véritable péril pour la Restauration, de même il pressentait depuis longtemps que la rivalité implacable de M. Guizot et de M. Thiers aurait pour le gouvernement de Juillet les mêmes résultats.
Mais s'il prévit la révolution de février, Berryer ne fit rien pour la précipiter. « En repassant devant ma conscience mes souvenirs les plus intimes, écrit à ce sujet M. de Falloux, un des hommes qui ont le mieux connu l'orateur à cette époque, j'ose affirmer que tel ne fut pas le tort de M. Berryer et de ses amis. Nous reçûmes constamment de lui l'exemple du pa-, triotisme dominant Tégoïsme collectif qu'on appelle l'esprit i de parti. Sacrifier toute vue personnelle pour rester inviolablement fidèle aux intérêts permanents du pays, telle fut la règle que M. Berryer ne cessait de nous inculquer et qu'il pratiquait inviolablement pour lui-même ~. » Nous l'avons] vu, lors des mariages espagnols, se séparer nettement de| M. Thiers par patriotisme et féliciter M. Guizot de sa politique: a Vous avez bien fait. Vous êtes entré dans la voie] nécessaire pour l'intérêt français. »