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De Falloux, Mémoires, l, p

A la veille de l'émeute finale, le gouvernement se décide à interdire le banquetduGhàteau-Rouge. Les députés de l'opposition sont convoqués au café Durand, place de la Madeleine, pour aviser sur le parti à prendre. Plus de deux cents répondent à l'appel. Reculer, c'est compromettre leur influence devant le pays ; persister, c'est lancer la France dans une aventure révolutionnaire. La discussion se prolonge diverse, ardente, confuse. Thiers, Dufaure et Odilon Barrot hésitent, ne voyant pas clairement le péril. Quelle jouissance pour un homme exclusivement animé par l'esprit de parti de pousser au précipice un gouvernement détesté ! Quelle tentation pour l'égoïsme de se dire : Après tout, la révolution ne durera qu'une heure, et puis ce sera la revanche, ce sera le triomphe certain de mes idées et de mes opinions. Jamais pareils sentiments n'eurent place, même un instant, dans l'àme de Berryer. Il lui répugnait de défendre le régime de Juillet, mais il ne se serait pas pardonné de le frapper quand ses coups pouvaient atteindre en même temps la France et la société. Aussi prit-il deux fois la parole dans cette réunion pour conseiller l'abstention et l'obéissance. Nous n'avons plus ses paroles, mais nous savons qu'elles furent admirables de conviction et impressionnèrent vivement l'Assemblée.

M. de Lamartine répondit à Berryer, et soutint avec chaleur qu'obéir serait une honte pour l'opinion libérale. Il s'est d'ailleurs reproché depuis ce discours, qu'il appelle la grande faute politique de sa vie, comme si sa plus grande faute n'avait pas été de s'occuper de politique. Voici le début de son discours : « En écoutant l'honorable M. Berryer, qui vous ouvrait tout à l'heure si franchement et si éloquemment sa grande âme, je me rendais trop bien compte de ses hésitations d'homme de bien, de ses anxiétés patriotiques, de ses efforts d'esprit pour trouver le droit, la vérité et la lumière dans la terrible crise

où la démence d'un ministère agressif place les bons citoyens, à quelque opinion nationale qu'ils appartiennent. Je reconnaissais mes pensées dans les siennes. Je retrouvais mon propre cœur dans le sien * . » Aucune résolution ne fut prise à cette réunion. Malgré tout, le lendemain, la révolution était consommée. Quelle fut, pendant ces heures de crise violente, l'attitude de Berryer et de ses amis ? La surprise, d'abord 2 ; ils ne pensaient pas que cela éclaterait si vite , puis une profonde anxiété. Qu'allait-il advenir? De quel côté se trouvaient le devoir, l'intérêt réel du pays ? Ils demeurent tout le jour en séance, attendant les nouvelles qui se succèdent et s'aggravent de minute en minute. « On ne fait donc rien ! répète Berryer, on n'organise donc rien ! » La courageuse tentative de la duchesse d'Orléans, venant présenter son jeune fils à l'Assemblée, inspire aux légitimistes une vive sympathie. Mais dès lors une régence n'est plus possible. Néanmoins, ils ne perdent point de vue la princesse et se tiennent prêts à l'entourer et à la défendre en cas de danger. Bientôt la populace envahit la Chambre ; un homme au visage sinistre perce d'une balle le tableau de Louis-Philippe; d'autres abaissent leurs armes* et visent les députés. On entraîne de force la mère du comte de Paris. Un des meilleurs amis de Berryer, M. Hyde de Neuville, s'offre à l'accompagner en exil et prépare 40,000 francs pour les frais de voyage. « Je comptais, a-t-il raconté, dire à la duchesse d'Orléans : Je vous conduirai. Madame, où vous voudrez aller.... Si j'osais me permettre un conseil, je dirais : Allons à Frohsdorf. Par là. Madame, vous rendrez un grand service à vos enfants et à la France 3. »

i. Lamartine, Mémoires, II, p. 69.

2. « Elle arriva trop tôt (la Révolution) de l'avis même de ceux qui la déciraient. » Hcrryer.

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