i)de de Neuville, Mémoires, 111, p
Ainsi la France n'a plus de gouvernement, la Chambre plus de président. M. Sauzet se couvre, prend dans sa précipitation le chapeau d'un secrétaire pour le sien et se l'enfonce jusqu'au-dessous des yeux. « H descend, raconte A.1. de Tocqueville, ou plutôt il coule en bas de l'estrade sur laquelle son siège était placé. Je le vis passer devant mes yeux comme un objet sans forme; je n'aurais jamais cru que la peur pût inspirer une telle vitesse ou plutôt réduire soudainement à une sorte de fluidité un si gros corps i. » Cependant Ledru- RoUin divague à la tribune. Debout dans l'hémicycle, Berryer s'écrie : Pressez la question, concluez ! Un gouvernement provisoire ! Puis au milieu des acclamations et des apostrophes qui se croisent de toutes parts, six ou sept députés sont désignés à la criée pour en faire partie. Lamartine, qui joue ce jour-là le rôle principal et qui s'efforce de faire passer les noms les plus populaires et les moins menaçants, s'approche de Berryer et lui offre de le proclamer. L'orateur refuse énergiquement 2. « Il y aura là, dit-il, des responsabilités que je ne peux encourir ni faire encourir à notre cause. »
Ce qu'il pensait de la République, nous l'entendrons bientôt nous le dire lui-même. Sans éprouver de répugnance pour cette forme gouvernementale, il la jugeait inconciliable avec les traditions monarchiques séculaires de la France. Mais alors nul autre régime n'était possible. Divisé comme nous l'avons vu, le parti légitimiste se trouvait sans force devant la République. Ainsi pensaient les plus sages royalistes. Si quelques-uns, plus ardents, songèrent à soulever la Bretagne et la Vendée, d'autres, et Berryer les encourageait, parcouraient les provinces pour les exciter au calme et à la