Œuvres parlem., IV, p
quelques propos tenus au cours des débats, M. Goudchaux attribuait l'opposition qui lui était faite à des arrière-pensées politiques. Avant d'aborder le fond de la discussion, Berryer entreprend de détromper le ministre, et «: à mesure qu'il parle, raconte M. de Kerdrel, les passions se calment, les malentendus se dissipent, le front du ministre, homme de bonne foi, s'éclaircit i : »
Si dans cette Assemblée nous ne sommes pas convaincus, si nous ne portons pas, chacun de nous, dans l'esprit de ceux qui nous écoutent, la conviction que, de quelques points de l'horizon politique que nous soyons venus ici, nous y sommes venus dans une seule, dans une même et sainte pensée, s'il faut interroger nos origines et sur les origines seules juger toutes les opinions qui sont portées à cette tiibune, il ne reste plus qu'à nous compter, les discussions sont inutiles.
Pour mon compte, tel n'a pas été mon sentiment lorsque j'ai accepté l'honneui' d'être représentant du peuple à l'Assemblée nationale, et j'ai cette grande satisfaction en mon âme que depuis le jour de l'ouverture de l'Assemblée, il n'y a pas eu un instant où j'aie été dirigé dans mes travaux incessants, dans les fatigues continuelles de mon esprit, par un autre sentiment, par une autre pensée que le besoin de servir la patrie commune dans une situation évidemment périlleuse et difficile....
.... Pourquoi l'honorable M. Goudchaux a-t-il trouvé dans les membres du comité des finances, qui jamais n'avaient eu des rapports personnels avec lui, un si grand empressement, une si grande confiance, un si grand besoin de communication sur la situation de nos affaires et sur nos moyens d'y pourvoir? Pourquoi ? C'est que dans les sentiments qu'il a manifestés, il a constamment montré cette pensée commune de garder, de maintenir, de faire respecter pour la France la religion, la liberté, la famille, la propriété, l'honneur national, et on s'est dit : Il est de nos amis, il est des miens ; je suis de son parti, et alors je ne vais pas chercher dans un homme de cœur, qui expriznc des sentiments qui ont animé toute ma vie, s'il est républicain d3 !& veille ou répubUcain du lendemain, s'il a été pour telle monarchie ou pour telle autre.
Je sais qu'il a là ce que j'y ai aussi; je sais qu'avec ces sentiments il sauvera la France, et c'est pour cela que je lui ai tendu la main.
Les cœurs étaient gagnés. Des bravos enthousiastes accueillirent ces paroles. La fin du discours n'est pas moins remarquable :
Eh bien, avec ce sentiment qui domine dans tous les cœurs honnêtes, nous ne sommes plus qu'un, nous avons une cause commune, nous sommes tous à la république, nous sommes tous du même parti. L'honneur, la loyauté, la probité, à la tête de tous les actes de la France, et par l'honneur, par la loyauté, par la probité, le succès de la patrie, sa grandeur et sa prospérité i.
Tous les journaux rendirent hommage à l'orateur : « M. Berryer, dit l'un d'eux, a été comme toujours noble, chaleureux, entraînant. Bon Dieu ! que cela fait de bien d'entendre une voix émue par un sentiment loyal et fraternel, et que les représentants du peuple gagneraient à mettre ainsi plus souvent dans leurs discussions le cœur de la patrie ! »
Parfois, à la question financière, se mêlait une question de politique, de droit ou d'honneur. En octobre 1848, J. Favre avait proposé de réunir au domaine les biens meubles et Immeubles de Louis-Philippe. Berryer s'y opposa avec une généreuse énergie et fit rejeter le projet.
Déclarer ces biens acquis à l'État, disait-il, ce serait consacrer une atteinte violente au droit de propriété, ce serait prononcer une confiscation arbitraire. La confiscation est rayée de nos codes, elle ne doit plus y paraître.
Le principe de la confiscation est contraire aux règles fondamentales de notre législation. Confisquer, ce n'est point infliger une peine personnelle, c'est frapper la descendance d'un châtiment immérité. Rétablie sous le faux prétexte de la raison d'État et de l'intérêt politique, la confiscation ne sera pour l'ordre et la paix publique qu'une vaine et funeste ressource. Toute iniquité se trahit elle-même. Le temps combat pour les droits violés, et l'expérience des révolutions doit nous enseigner qu'on ne saurait sauver ni le pouvoir ni la liberté par l'injustice.
Qu'il s'agisse d'un monarque ou d'un simple particulier, que la