‹ BerryerChapitre 132 sur 211 · Œuvres parlem., IV, p · texte numérisé non relu

Œuvres parlem., IV, p

moins dans le reste du monde autre chose que de simples particuliers.

Les révolutions peuvent bien déshériter de l'avenir, mais elles n'ont pas la puissance d'anéantir le passé.

Eh bien. Messieurs, sur toute terre étrangère, dans cette vieille Europe civilisée, où, nous pouvons bien le dire, presque tous les troues se sont trouvés honorés d'avoir été vivifiés par le sang de la maison de France, dans toute cette Europe, que sont-ils, ces princes? Ils sont les fils de la plus antique, de la plus illustre des familles qui aient régné sur la terre ; ils sont les fils de ceux qui ont régné, qui ont eu l'honneur de régner sur cette grande nation française et d'y régner pendant des siècles.

Messieurs, soyons-en bien convaincus, dans le monde entier, dans l'exil, dans la proscription, c'est un grand et noble titre dont on est fier, dont on jouit, dont on est honoré.

Que prétend-on par la proposition, quelle intention secrète a-t-on ?

Prétend-on les convier ou les forcer à jeter dans l'oubli ce glorieux passé qui est leur vie, leur seule vie aujourd'hui, partout ailleurs que sur la terre de France ?

.... Que pensez-vous donc? Qu'ils abdiqueront eux-mêmes cëî honneur ? Bons citoyens, c'est en cette qualité que je vous interpelle, qui que vous soyez, qui voyez l'état présent de nos affaires en France, qui connaissez les colères et les rancunes des partis, si l'un d'eux, un seul, acceptait la loi, profitait de l'abrogation de la loi et venait en France et, oublieux de ses aïeux, venait dire : Je suis un simple citoyen comme un autre.... Je ne suis plus le fils des rois, l'héritier du plus ancien trône de la terre, je suis un simple particulier, j'ambitionne tous les pouvoirs de l'État.... Ah 1 Messieui's, je ne vous demande pas ce que vous penseriez de lui. Je demande à ceux qui sont au plus haut de ces bancs, je demande aux plus ardents dans les convictions qui s'y expriment et s'y manifestent chaque jour ; je demande ce qu'ils penseraient de l'un d'eux qui, en cas de retour d'une monarchie, se ferait duc, ou marquis, ou baron? Dans quelle estime le tiendraient-ils, en quel mépris ne l'auraient-ils pas d'avoir déserté les opinions auxquelles il avait engagé sa vie....

Les dernières paroles de l'orateur furent un appel chaleureux à l'union. L'Assemblée les salua d'une véritable explosion de bravos et repoussa le projet :

Je dis à tous les hommes de parti, je dis à tous les hommes qui ont arboré le drapeau de l'ordre pour sauver la patrie et pour maintenir la société française, à tous ces hommes qui, à des époques diverses,

ont arboré le drapeau de divers gouvernements, je leur dis : Vous avez fait un acte généreux, et quant à moi, la gloii-e et la satisfaction de ma vie, c'est, depuis dix-huit mois, de m'étre obstinément attaché à vous, d'avoir tout tenté pour maintenir l'union avec vous. Eh bien, les propositions qu'on vous apporte ne peuvent être qu'une occasion de soulever des dissidences, de réveiller des dissentiments. Je demande que vous les repoussiez unanimement et irrévocablement ».

Si par patriotisme, Berryer s'abstenait de toute opposition systématique au gouvernement républicain, s'il croyait même devoir lui prêter un loyal concours dans ses efforts pour relever les finances et triompher de l'émeute, ses convictions légitimistes, plus profondes que jamais, lui défendaient de prendre une part active à l'élaboration d'une constitution républicaine. Il suivit donc avec intérêt et anxiété les travaux de la commission constitutionnelle, mais sans s'y mêler directement. Il applaudit aussi aux efforts de ses amis, MM. de Montalembert et de Falloux, pour faire garantir la liberté de l'enseignement et le droit d'association

Quand il s'agit de déterminer le mode d'élection du président de la République, l'Assemblée, on le sait, se trouva partagée entre trois idées. M. Grévy ne voulait d'autre président que celui du conseil des ministres; M. de Parieu insistait pour que l'Assemblée s'attribuât ce choix; mais par ses brillants sophismes, M. de Lamartine fascina, aveugla la majorité, et 627 députés contre 130 votèrent cet article fatal :

« Le président est nommé au scrutin de liste et à la majorité absolue des votants parles suffrages directs de tous les électeurs des départements français et de l'Algérie. »

Partisan de l'élection du président par la Chambre, et mesurant le danger de la proposition de M. de Lamartine, Berryer n'avait point pris part au vote. Il fut au nombre des

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