Œuvres parlem., IV
trente députés qui repoussèrent l'ensemble de la Constitution républicaine. Bientôt le général Gavaignac et le prince Louis Bonaparte se trouvèrent en présence devant le pays. Soutenir le général, Berryer ne le pouvait. Gavaignac ne venait-il pas, sans provocation aucune, de rappeler avec orgueil à la tribune le vote régicide de son père, et d'affirmer qu'iî était prêt à immoler môme son honneur pour la République? M. Thiers, aveuglé par l'apparente inertie du prince Napoléon, le reg'ardant comme un idiot, s'était constitué son chevalier et travaillait à lui rallier toutes les opinions. « Si vous vous abstenez, disait-il à Berryer, la majorité conservatrice est dissoute. D'ailleurs, l'élection du prince Louis n'est autre chose qu'une manifestation monarchique, et vous ne pouvez la contrarier. Gomme la France ne trouvera dans ce crétin rien qui la satisfasse, il est impossible qu'elle ne songe pas à rappeler les Bourbons i. »
Berryer ne partageait point ces illusions. Son rêve eût été de voir se dresser entre Gavaignac et le prince Louis-Napoléon un homme étranger aux partis, une candidature conservatrice ayant des chances sérieuses de succès : « Qu'il se lève, écrivait-il, il ne sera pas notre candidat, mais le candidat des amis de l'ordre, de ce grand parti qui a sauvé la France malgré la diversité des éléments qui le composent et grâce au silence des prétentions particulières des divers partis 2, » Un instant il fut question du général Ghangarnier, du maréchal Bugeaud, de M. Thiers. Au lieu de concentrer les forces du parti modéré on n'eût abouti qu'à les disperser davantage. L'idée d'un troisième candidat fut abandonnée. Que pouvait le grand orateur, sinon se réserver et attendre, plus que jamais plein d'inquiétude pour l'avenir du pays? « Mon âme