‹ BerryerChapitre 136 sur 211 · M. de Falloux · texte numérisé non relu

M. de Falloux

voirs indépendants, l'exécutif et le législatif, la Constituante avait commis une lourde faute. Nécessairement l'Assemblée et le président deviendraient hostiles, entreraient en lutte. Et dans cette lutte, la France serait avec le prince Napoléon. Du moins Berryer en avait peur. De là ses hésitations, ses méfiances, ses perplexités patriotiques.

i\P^ de Janzé raconte dans ses Souvenirs intimes que le prince, voulant constater par lui-même les divisions des conservateurs et l'impossibilité de gouverner avec des hommes politiques qui ne s'entendaient ni sur le but à poursuivre, ni sur le choix des moyens, le prince Louis convoqua à l'Elysée MM. Thiers, Mole, Berryer et Montalembert. Il leur dépeignit les difficultés de la situation, l'émeute toujours grondante, le socialisme prêt à se ruer à l'assaut de la fortune publique, la nécessité d'un pouvoir fort ; puis brusquement, il demanda à chacun d'eux s'il se chargerait de composer un ministère.

M. Mole fut consulté le premier et battit en retraite. Il dit qu'il ne se sentait pas de force à concilier l'inconciliable, c'est-à-dire à gouverner avec le suffrage universel.

M. Thiers répondit : « Monseigneur, quand le roi Louis- Philippe eut besoin de moi dans des circonstances difficiles, il m'appela seul dans son cabinet, la porte fermée, et, après bien des débats, ne me laissa partir qu'en me confiant la présidence du conseil.... avec pleins pouvoirs. »

Le prince comprit et s'inclina.

a Et vous, monsieur Berryer, accepteriez-vous la direction des affaires?

a — Oui, dit Berryer; mais vous connaissez mes opinions : si j'étais le maître un seul jour, mon premier cri serait : « Vive le roi ! » et mon premier acte serait de rappeler la royauté légitime, qui peut seule sauver la France! »

« Le prince baissa les yeux un moment; puis, avec ce regard mélancolique et presque suppliant qui lui donnait un charme réel, il interrogea tacitement Montalembert. Le grand orateur catholique déclara que le prince qui soutenait la papauté pouvait compter sur son appui et son dévouement, quels que fussent ses ministres. Montalembert, dominé par l'idée religieuse, était alors tout aux illusions des débuts de la présidence, et il disait même du prince Louis : « J'en réponds cœur pour cœur ^. »

On sait que la charge de former le ministère fut définitivement confiée à M. Odilon Barrot. Il composa son cabinet d'hommes appartenant à toutes les nuances conservatrices de l'Assemblée. Avec l'abbé Dupanloup, Montalembert et Thiers, Berryer contribua puissamment à faire accepter par M. de Falloux le portefeuille de l'instruction publique et des cultes. Si ce dernier se tût obstiné dans son refus, M. Jules Favre devenait ministre, le pape Pie IX n'eût pas été rétabli à Rome, Mgr Dupanloup ne serait pas devenu évêque d'Orléans et les catholiques attendraient toujours la liberté de l'enseignement secondaire.

Lorsque se réunit l'Assemblée législative, au mois de mai 1849, une crise ministérielle se produisit. Pour rassurer la gauche effrayée des tendances réactionnaires de la Chambre, le cabinet fut modifié dans un sens plus libéral. M. de Falloux, découragé, avait remis sa démission. Aucune des grandes mesures dont nous parlions plus haut n'avait encore été prise. Ce fut Berryer qui encouragea son ami, qui l'obligea même à garder le pouvoir.

« Mon ami, lui dit-il, vous avez eu tort. Le président comptait probablement là-dessus et vous avez joué son

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