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jeu. Vous voilà personnellement et dignement dégagé. Mais quel sera le dénouement de tout ceci? Le président, livré à lui-même, va se jeter et nous jeter dans tous les hasards. Qu'avons-nous à lui opposer? Une maison royale divisée contre elle-même, une armée indécise, des chefs partagés. La France s'est prononcée deux fois en un an contre la République, par l'élection du 10 décembre et par l'élection de l'Assemblée législative; mais elle prendra aveuglément ce qu'on lui présentera sous les apparences de l'ordre et du repos. Quand vous avez accepté le ministère pour éviter Jules Favre, vous avez fait acte d'utile dévouement. Vous en ferez un plus utile encore en déjouant une équipée, suite inévitable d'une émeute que chacun pressent et que quelques-uns recherchent. Non, non, restez là où vous êtes; faites durer ce régime provisoire qui maintient la sécurité du dedans et du dehors, en attendant que plus et mieux deviennent possibles. *
« Berryer développa longuement ce thème, continue M. ae Falloux, avec un accent ému et cette incomparable éloquence qui s'échappait à flots de ses lèvres, dès qu'il s'agissait de la France. Il me fit oublier, comme par magie, ce qui m'était personnel ; il effaça ce que je croyais mes objections et ce qui n'était peut-être que mes susceptibilités. Je sortis de chez lui vaincu et apaisé, en lui disant et en me disant à moimême, pour ma consolation et pour ma force, qu'une fois la loi de l'enseignement votée et le souverain pontife rentré à Rome, je recouvrerais ma liberté d'action. Ce n'était pas là tout mon rêve. Je me disais que redevenu libre, rendu tout entier aux pensées de toute ma vie, je me consacrerais sans relâche à la réconciliation des deux partis monarchiques, seul moyen de hâter la réconciliation des deux branches de la maison royale, afin qu'au jour voulu, le pays vît la vraie et
forte monarchie nationale, en regard de la monarchie trompeuse et périlleuse des Napoléons K »
Tel était aussi le rêve de Berryer. A l'issue de la lutte inévitable entre le prince Napoléon et l'Assemblée, il apercevait nettement le rétablissement de l'Empire ou la restauration de la monarchie. Le président était élu pour quatre ans. Lorsqu'il toucherait au terme de son pouvoir il chercherait naturellement à le prolonger, à se faire réélire. Or, la constitution s'y opposait. On pouvait donc prévoir que les partisans du prince proposeraient de la reviser. Et qui empêchait que cette revision ne se fit au bénéfice de la monarchie? Rien n'était plus légitime que de se proposer ce noble dessein et, tout en respectant les lois, de travailler à sa réalisation.
Mais pour réussir, pour avoir même des chances sérieuses de succès, que de difficultés!
Entre la France et le roi légitime il n'y avait pas seulement la République, fragile obstacle, puisque 'a pays n'en voulait point; il n'y avait pas seulement le président prêt à tout pour garder son pouvoir ; il y avait les divisions de la famille royale et du parti monarchique.
La famille de Bourbon, la première de France et du monde, n'était pas dans l'ordre. Rapprochés dans une défaite commune, ses princes auraient dû abdiquer leurs haines, se rallier et s'unir. Et leurs amis, légitimistes et orléanistes, partisans de l'action parlementaire ou armée, devaient faire de même. Sans cet accord il n'y avait point de restauration possible, il n'y avait point de salut ni de repos pour le pays.