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De Falloux, Mémoires, I, p

En vidant leurs querelles les deux familles terminaient, celles de la France. La maison d'Orléans apportait sa popularité et son brillant cortège de princes, et le comte de Chambord, avec l'hérédité monarchique, ramenait la stabilité dans le droit public et la sécurité dans la vie sociale.

C'est pourquoi, sans s'effrayer des difficultés, des malentendus, des rancunes que dix-huit années de séparation avaient accumulés entre les deux familles, regardant la fusion comme une nécessité impérieuse, Berryer travailla de toutes ses forces à la préparer. Démarches, conseils, instances, il n'épargna aucun effort. Ne l'avons-nous pas vu déjà s'opposer au bannissement des princes et au projet de confiscation?

Retiré au château de Claremont, en Angleterre, Louis-Philippe y passait tristement ses dernières années. On raconte qu'il aimait à revenir sur les temps écoulés, insistant davantage sur les années si orageuses du début de son règne. A toute occasion, il protestait avec énergie contre la pensée d'avoir désiré la révolution de 1830 et pris la couronne par ambition. Loin de repousser l'idée de la fusion, il l'accueillit avec faveur, mais sans espérance : « Mes fils doivent être toujours prêts à la faire ; mais elle ne se fera jamais, parce que de l'autre côté on ne fera rien de ce qui serait nécessaire poyr la rendre possible. J'étais l'homme en 1830, la position est changée : c'est le comte de Paris qui est l'enfant, c'est le comte de Chambord qui est l'homme. C'est lui qui aura la force en même temps que le droit. » Lorsque le vieux roi s'éteignit chrétiennement au milieu des siens, le 26 août 1850, tout espoir de fusion disparut pour longtemps. AP^ la duchesse d'Orléans s'y opposa avec une persévérante énergie. Ambitieuse comme une mère, convaincue des droits de son fils, entretenue dans ces illusions par les princes, par

M. Thiers surtout, qui joua dans ces circonstances un rôle néfaste, elle demeura aveuglément irréconciliable.

Quant à M. le comte de Chambord, il s'enveloppa dans une dignité toute royale. Il lui convenait d'attendre. Aux instances de Berryer et de ses amis il répondait : « S'ils font un pas vers moi, j'en ferai dix vers eux. » Dès qu'il apprit la mort de Louis-Philippe, bien qu'on eût négligé de l'en informer, il commanda à Wiesbaden un service solennel auquel assistèrent tous les Français présents dans la ville. Pour sauver la France Henri IV eût fait même le premier pas.

Berryer le fit au nom de son prince. Peu de mois après la mort de Louis-Philippe, il vint en Angleterre et se rendit à Glaremont, près de la reine Marie- Amélie, avec MM. de Saint- Priest et Benoist d'Azy. Il lui portait le témoignage que les anciens ressentiments, selon la belle parole de l'historien antique, étaient sacrifiés à l'intérêt de la patrie commune K Cette démarche de Berryer, certainement approuvée par le comte de Chambord, les honore l'un et l'autre. Mais elle n'eut pas le résultat qu'ils en espéraient.

Malgré tout, le grand orateur ne se décourageait pas. Cette union si difficile entre les princes, il essayait de l'établir entre leurs partisans et de la réaliser dans les idées. Il se rencontrait dans ce désir sincère de réconciliation avec les hommes qu'il avait le plus combattus dans le passé, MM. Guizot, de Salvandy, Dumon, Duchàtel, etc. La Révolution les avait tous désabusés. « Tandis que les royalistes de la Restauration, dit M. de Falloux, étaient peu à peu devenus de sages libéraux, les libéraux de 1830 avaient appris qu'on ne brise pas impunément un trône et que bien des choses s'écroulent avec lui. » Dans de nombreux pourparlers que ces

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