Œuvres parlem., V, p
Blâmé par l'Assemblée, le cabinet du 10 janvier se retira, et le président, pour manifester sa propre défiance, prit un ministère extraparlementaire. Les rapports entre les deux pouvoirs s'aggravèrent encore lorsque l'Assemblée refusa les crédits supplémentaires que le prince demandait pour frais de représentation.
D'autre part, la fusion ne faisait pas de progrès. Ajourné l'année précédente, le projet Greton, réclamant l'abrogation des lois d'exil contre les Bourbons, revint à l'ordre du jour. Comme on prêtait au prince de Joinville l'intention de briguer la présidence, Berryer combattit la proposition avec énergie. Il invoqua, cette fois, la raison politique et l'opportunité. Était-il sage de fournir à des ambitions toutes prêtes un prétexte, une occasion, une excuse? Par respect même pour les princes exilés, il ne voulait pas « que le nom d'aucun d'eux pût devenir l'objet d'accusations injustes, ni servir d'instrument ou de ressource à aucune intrigue de leurs ennemis. »
Mais un membre de l'extrême gauche, M. Marc Dufraisse, vint déclarer qu'il fallait opposer à l'éternité du droit monarchique l'éternité du châtiment républicain. « Ceux qui s'apitoyaient sur le sort de Louis XVI, s'écria-t-il, voulaient, l'événement l'a prouvé depuis, nous ramener à la ro3-auté. »
"^ Alors Berryer s'élança à la tribune.
J'ai dit quelques mots au commencement de cette séance ; j'ai parlé
, au nom de la paix publique, au nom de la -VTaie politique du pays dans la situation difficile où il est ; j'ai parlé au nom de l'honneur, de la dignité des princes dont il s'agit dans cette délibération ; après les paroles détestables que vous venez d'entendre.... (Vives exclamations à l'eœtréme gauche. Applaudissements "prolongés à droite et au centre.)
....Je n'ai que d'autant plus de crainte de donner des prétextes menteurs à ces passions mauvaises. Je l'avoue aussi, en face d'un pareil langage, les convictions, les paroles, les votes ne sont plus libres.
{Nouveaux applaudissements.) Qui voudrait par un vote indépendant, consciencieux, sincère, paraître s'associer un moment à des votes dictés par de pareils sentiments, de pareilles pensées, et exprimés dans un tel langage ? Non, personne ne veut s'y associer un moment. {Acclamations répétées.)
Je le répète, cette discussion est grave : je ne change pas d'avis sur le fond des choses, mais je supplie l'Assemblée d'ajourner cette question i.
Le projet fut ajourné, mais la fusion le fut en même temps. Deux lettres, l'une de M. le duc d'Aumale à M. Dumon, l'autre de M. le duc de Nemours à M. Duchâtel, rompirent toute négociation avec les légitimistes.
Cependant on approchait de l'époque prévue pour la revision. Dans quelques mois les pouvoirs du président allaient expirer. Lui, du moins, n'avait pas perdu son temps. De tous les départements, des pétitions habilement dirigées par les préfets bonapartistes affluaient sur les bureaux de l'Assemblée. A n'en pas douter, l'opinion publique était pour lui. Comment hésiter, d'ailleurs, entre un homme qui savait ce qu'il voulait et une Assemblée de plus en plus divisée? Ainsi donc, l'aveuglement, les vieilles rancunes, l'esprit de parti, l'emportaient. C'en était fait des espérances de Berryer. Plus que jamais l'union de la famille royale paraissait un rêve lointain. M. de Falloux affirme qu'il n'y avait pas de question de principes. Tout dépendait des personnes. Si les princes réconciliés eussent fait appel au patriotisme et à l'union de leurs adhérents, la monarchie gagnait de grandes chances. Il n'en fut rien, et la révision trouva les royalistes