‹ BerryerChapitre 162 sur 211 · Cité par M. de Lacombe, Corresp., 25 mai · texte numérisé non relu

Cité par M. de Lacombe, Corresp., 25 mai

même temps le centre de la famille. L'habitation est grande et commode; les fruits du jardin, la chasse, la pêche nourrissent aisément les habitants.... C'est le manoir commun, et dans les vieilles mœurs, je suis l'aîné et réclame mon droit pour que mes frères et ma sœur se groupent un peu autour de moi »,

Gomme un dernier témoignage de son affection filiale, citons cette lettre qu'il écrivait en 1841, au lendemain de la mort de son père.

J'aimais sa nature, son caractère, son esprit ; j'avais le bonheur de ne pas compter un jour dans ma vie où il eût éprouvé quelque déplaisir, quelque mécontentement à mon égard, et je le contemplais avec joie dans cette heureuse vieillesse qui me le laissait tout entier et m'aidait à retrouver, à sa vue, tous les souvenirs de ma vie. Fn vérité, mon amie, le spectacle de ^s derniers jours, cette longue et douce agonie, cette extinction lente de toutes ses forces physiques, tandis que son intelligence se montrait entière et libre ; ses paroles simples mais solennelles, où se résumaient en face de la mort les plus nobles pensées, les sentiments les plus élevés de sa vie ; cette satisfaction où je le voyais être de lui-môme, en se regardant mourir, comme père de famille entouré de ses enfants, comme être intelligent en s'occupant encore des intérêts de quelques amis, comme chrétien en s' approchant de Dieu par les sacrements où l'Église nous le montre ; cette sérénité qu'il avait en voyant venir la mort, lui qui avait toujours tant redouté la douleur; ce grand spectacle, mon amie, mêlé à mon cruel chagrin, a excité en moi des émotions inouïes, et mon eœur ne s'en peut reposer. Au chevet de son lit, je sentais couler de mes yeux des larmes d'une sorte de joie en admirant combien la mort lui était douce et la religion bienfaisante *.

Quant à M™^ Berryer, l'ardent amour qui l'avait de si bonne heure unie au grand avocat fit place, avec les années, à une affection profonde. Les relations mondaines et variées que Berryer, avec ses goûts de grand artiste et son besoin exubérant d'expansion, entretenait peut-être à l'excès, ne troublèrent point l'harmonie de deux âmes faites l'une pour l'autre. Jamais, on peut l'affirmer, ni la dignité de sa vie,

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