M"" Jaubert, Souvenirs, p
félicite et Tencourage. M. de Pontmartin, témoin d'une de ces visites, nous la raconte en ces termes :
« .... Eugène Delacroix m'avait invité à aller voir ses belles peintures de l'Hôtel de ville. J'y arrivai de grand matin et trouvai le maître entouré de quelques jeunes artistes, ses élèves, dont les cheveux en broussaille et les vareuses brunes n'annonçaient pas des esprits bien pénétrés de Tefficace vertu du principe monarchique. Tout à coup Berryer entre; plusieurs de ces pâles visages se renfrognent. Lui, il va droit au peintre, lui serre les mains avec une cordialité charmante et lui dit : «: Mon ami, je n'ai aujourd'hui qu'une heure à donner à mes plaisirs; je voudrais vous les donner toutes. » Il lève la tête, examine les peintures, signale en quelques mots d'une justesse exquise les grandes beautés mêlées de petits défauts ; tout cela, non pas du bout des lèvres, mais comme si c'eût été le plus vif intérêt de sa journée. Delacroix rayonnait; les visages de ses élèves s'éclaircissaient à vue d'œil. Puis se tournant vers moi, Berryer me dit : « Étiez-vous, hier soir, à la Somnambula? Mario a été si ravissant dans le beau finale que je n'ai pu y tenir; je suis allé l'embrasser dans l'entr'acte et lui ai dit : « Mon ami, c'est cela ! vous y êtes! Nous ne regrettons plus personne! » Et eux aussi, les braves jeunes gens, ils eussent volontiers embrassé l'aimable grand homme qui, en cinq minutes, avait su effacer toutes les disparates et rapprocher toutes les distances. Peut-être même s'il les en avait priés, auraient-ils, dans ce premier moment, proféré un cri séditieux qui n'eût pas été : Vive la république! Étonnez-vous après cela que notre Berryer fût populaire ' ! »
Quand les deux amis ne peuvent se voir, ils s'écrivent.