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Plaidoyers. II, p

2. Berryer, nous raconte-t-on, plaidait à la Roche-sur-Yon dans une affaire criminelle. Le témoin affirmait avoir reconnu l'accusé au clair de la lune, et sur cette affirmation le malheureux allait être condamné. Berryer prend la

Les affaires Goupy et Audoin occupent principalement Berryer en 1836. Au mois de mai 1857, il se présente devant la cour de Dijon pour soutenir contre l'État les droits de M. le comte de Ghambord sur les forêts de Champagne. Puis vient la tameuse Affaire de Jeufosse, qui a un retentissement immense. Un certain M. Guillot, dans le but avoué de faire tomber sur M"^ de Jeufosse des soupçons déshonorants, pénètre la nuit et par escalade dans le parc du château de Jeufosse, et annonce sa présence par des cris ou à son de trompe. En vain essaie-t-on d'arrêter le scandale, Guillot s'obstine et provoque même les domestiques. Alors M™° de Jeufosse fait venir Grépel, un vieux serviteur depuis longtemps dévoué à ses maîtres. Elle lui rappelle qu'il a juré à M. de Jeufosse mourant de servir fidèlement sa veuve, de lui obéir, de la défendre. Le moment est venu de tenir son serment. Depuis lors, la garde se fait dans le parc: elle se l'ait le 10 juin, le 11. Le 12, à dix heures et demie du soir, M""^ de Jeufosse étant dans son appartement, un coup de fusil part. Au bruit de l'arme à feu, effrayée, elle va vers la porte, elle l'ouvre, et Crépel arrive ému, tremblant, annonçant qu'il vient de tuer M. Guillot. M""^ de Jeufosse, poursuivie par M"® veuve Guillot, fit appel à Berryer.

Si j'ai cédé aux prières de M^e de Jeufosse quand elle est venue me chercher, dit-il lui-même, si j'ai consenti à venii-, loin de chez moi, dans une enceinte de cour d'assises, discuter une de ces causes qui ne sont pas faites pour l'âge auquel je suis arrivé, qui ébranlent mon âme, tous mes sens et toute ma puissance personnelle, croyezle bien, je ne l'ai pas fait légèrement. J'ai demandé avant tout communication des pièces. On m'a apporté ce volumineux dossier.... C'est après un travail de trois jours et de trois nuits que convaincu de l'innocence de Mme de Jeufosse, j'ai dit à son frère : « Monsieur, cette

parole : « Qu'on apporte un almanach ! » dit-il. Et, le livre en main, il se contente de prouver qu'il n'y avait point de lune ce jour-là. L'accusation fut abandonnée.

cause est trop intéressante pour que je résiste à y porter tous mes efforts «.

« Ce plaidoyer, déclare M. Bérard des Glajeux, fut le chefd'œuvre de Berryer. Il eut le talent de solidariser dans cette cause la cause de toute«^ les mères; il défendit dans l'intérêt de tous les foyers l'honneur d'une famille *. »

Il y a une victime, dit-il, je la plains; je plains surtout la vie qui a précédé sa mort, et provoqué l'événement qui a mis fin à ses jours.... En défendant une femme j'ai dû en affliger une autre ; qu'elle me pardonne ! Oui, elle est à plaindre, veuve ayant des enfants qui n'ont plus de père! Puisse- t-elle ne pas traverser dans son veuvage les tourments, les angoisses amères de cette autre, depuis si longtemps brisée par toutes les douleurs ! Mais que celle-ci est plus à plaindre, et combien je voudrais vous faire comprendre l'immensité de son malheur ! Quelle que soit votre déclaration, et il est impossible qu'elle ne la rende pas à la liberté...., car vous êtes des hommes de cœur, des hommes de bon sens, des hommes qui n'abdiqueront pas le droit le plus sacré de la nature.... Quelle que soit, dis-je, votre déclaration, son infortune est sans bornes. Que sera la liberté pour elle, quand le scandale de l'audience aura retenti partout, quand les hommes de la presse, venus de tous les points, vont le répandre dans tous les lieux ? En l'acquittant, vous l'aurez maintenue dans son droit, ou plutôt, vous vous serez maintenus dans votre droit, dans le droit de tous, dans le droit sacré, inattaquable du foyer. Mais pour elle, que sera son acquittement? Que deviendra sa fille?.... Pauvre jeune fille, si on ne me croit pas, vous aussi vous allez être l'objet de soupçons, d'interprétations malveillantes; vous allez mener une vie à jamais déplorable, et, dans ce procès qui compte tant de victimes, vous serez la plus jeune, la plus malheureuse victime 1 (Mt^^ de Jeufosse et iJ/me Guillot fondent en larmes.)

Des applaudissements et des bravos frénétiques couvrent ces dernières paroles.

M. le président. — Ces démonstrations sont inconvenantes, quel que soit le talent de l'orateur et quelque plaisir que nous ayons à l'entendre. A l'avenir, si elles se renouvelaient, nous serions forcé de prendre des mesures sévères.

M. l'avocat général. — Nous ne regrettons pas les applaudissements partis du fond de la salle, mais ce que nous venons d'entendre

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