Plaidoyers, III
cience, je n'ai plus qu'à mr. taire, je n'ai plus qu'à m'asseoir, je renonce à la défense.
M. le président. — Maître Berryer, vous ne mentirez pas.
En 1811, lorsque vous vous êtes fait inscrire à ce barreau que vous avez illustré, vous avez prêté un serment que vous avez renouvelé depuis, celui de garder le respect dû aux lois. Vous avez toujours tenu ce serment et vous le tiendrez aujourd'liui encore.
M^ Berryer. — Je viole mon serment, mais vous me faites frémir, monsieur le président, vous portez ma pensée vers des temps où l'éloge d'un homme de bien, l'éloge d'une vertu, d'un bon sentiment, d'une bonne loi, était considéré comme un crime. — Non, non, je ne veux pas rappeler ces temps. — Legimus capitale fuisse. Non, je n'accepte pas que l'éloge d'un gouvernement libre soit une injure par cela seul que cg gouvernement contraste avec les institutions actuelles de la France, etc. *.
Le tribunal condamna M. de Montalembert à six mois de prison et à 3,000 francs d'amende. Celui-ci forma immédiatement appel de ce jugement. La cour devait se réunir le 21 décembre. Le 2 de ce mois, on pouvait lire dans le Moniteur : « S. M. l'Empereur, à l'occasion de l'anniversaire du 2 décembre, a fait grâce à M. le comte de Montalembert de la peine prononcée contre lui. » Montalembert indigné répondit aussitôt :
« .... Condamné le 24 novembre, j'ai interjeté appel de la sentence prononcée contre moi.
a Aucun pouvoir en France n'a eu jusqu'à présent le droit de faire remise d'une peine qui n'est pas définitive.
« Je suis de ceux qui croient encore au droit et qui n'acceptent pas de grâce.... »
Quelques jours auparavant, il avait cru devoir protester contre l'intention qu'on prêtait au cardinal Morlot d'intervenir en sa faveur. M. le procureur général ne manqua pas de relever dans ce fait une insulte à la magistrature.