‹ BerryerChapitre 188 sur 211 · Piaiaoy&rs, lU, p. o · texte numérisé non relu

Piaiaoy&rs, lU, p. o

.... Les opinions de M. de Montalembert sur la magistrature sont connues, répondit Berryer ; et, se tournant vers l'accusé : Rendez-moi votre discours de 1849 ; voyons ce que vous disiez de cette magistrature qu'on prétend que vous insultez aujourd'hui par un mot qui trahirait toute votre pensée. Que disiez-vous pour cette magistrature lorsqu'on en poursuivait l'existence, lorsqu'on attaquait le principe de l'inamovibilité ?

(Ici M. Berryer franchit les degrés qui le séparent du banc où siège la cour, et se rapproche d'elle pour lire ce qui suit :)

« Les révolutions, dit-il, ont passé sur la tête du prêtre sans l'incli- « ner. Je vous demande de faire en sorte qu'elles passent sur la tête « du juge sans la frapper.... Que la destinée de la nation, ce qu'il y a « de variable dans les destinées de la nation, roule son cours entre « deux rives inébranlables, entre le temple de la loi et le temple de « Dieu, entre le sanctuaire de la justice et le sanctuaire de la vérité, « entre le sacerdoce du prêtre et le sacerdoce du juge i. » Voilà ce qu'il pense de vous, Messieurs ; je l'ai dit aux premiers juges et je vous le répète : la magistrature française serait bien ingrate si elle l'avait oublié ! Voilà ses sentiments sur la justice ! Voilà comment il vous élève à votre véritable rang, à un sacerdoce! Il fait de vous les ministres de Dieu pour la justice, pour la vérité, pour la conscience.

Aussi, je ne crains pas l'influence des sollicitations du pouvoir sur vos délibérations. Non, il n'y a pas de considération qui puisse ébranler en vous la ferme résolution de servir le prince et l'État, mais de les servir avec intelligence. L'intelligence du magistrat, quelle estelle? Elle est simple; elle est toute dans le respect religieux qu'il garde pour l'autorité inviolable et pour la sainte indépendance de sa conscience. Si des considérations étrangères, si des suggestions quelconques font oublier aux magistrats ce respect, ils tombent dans le mépris public et ils ne laissent plus que des exemples pernicieux et une mémoire odieuse. {Sensation prolongée.) Mais non, je n'ai pas d'alarmes à cet égard «....

M. de Montalembert n'en fut pas moins condamné par la Cour à trois mois de prison. Mais il y a des condamnations qui honorent, et des prisons d'où sortent plus grands ceux qui les subissent. De ce jour, les rapports entre les deux ora-

1. Discours du 10 avril 1849, qui a été suivi du vote par lequel l'inamoviDilité de la magistrature a été consacrée,

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