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Plaidoyers. V, p

Cependant, Berrj^r ne trouvait point dans la politique les mêmes consolations. Chose étrange, le parti auquel l'orateur avait dévoué sa vie ne semblait pas l'apprécier à sa juste valeur. Il ne fut jamais tant contesté que par certains royalistes. Après le coup d'État, Berryer espérait qu'ils comprendraient la leçon reçue et renonceraient pour l'avenir à leurs funestes querelles. Il n'en fut rien. Loin de diminuer, les divisions s'accentuèrent. On vit continuer les mêmes intrigues ténébreuses. Berryer et ses amis s'étaient opposés avec la dernière énergie à la prorogation des pouvoirs du prince Napoléon. On les accusa d'avoir au contraire soutenu cette mesure et cherché à l'imposer au comte de Chambord. Sans doute, Berryer n'eut pas de peine à défendre son honneur et à faire reconnaître la vérité. Le comte de Chambord lui rendit pleine justice et désavoua ses détracteurs. Néanmoins ces rancunes persistantes, ces accusations inintelligentes lui causaient une peine profonde et l'effrayaient sur l'avenir de la monarchie.

Jusqu'au 2 décembre, M. le comte de Chambord semblait écouter avec faveur les conseils de Berryer et de ses amis. L'avènement de l'Empire modifia les idées du prince. « Ce sont vos divisions, vos vaines querelles qui nous ont fait échouer, » disaient les parlementaires. — « Voilà où nous ont menés vos beaux discours, » repartaient les autres. Ainsi chacun se renvoyait la pierre. « Le facile succès du coup d'État, dit M. de Falloux, l'applaudissement qui le suivit, le suffrage populaire qui le sanctionna, persuadèrent au comte de Chambord qu'il y avait, sauf la violence des procédés et le choix des hommes, un avertissement utile, un bon modèle

peut-être. » C'est pourquoi il affecta de ne plus demander de conseils à personne, « ce qui est pire que d'en demander quelquefois à de mauvais conseillers K »

D'après son ordre, M. de Lévis réunit une dernière fois les membres du comité royaliste, et, dans les meilleurs termes du reste, leur déclara qu'on ne les convoquerait plus à l'avenir. On établit à Paris et dans les départements ce qu'on appela des Bureaux de renseignements. Choisis sous l'influence de MM. de Lévis et des Cars, les membres de ces bureaux, la plupart du moins, vivaient au fond de leurs châteaux, aussi éloignés de la France que le prince lui-même. Incapables de le renseigner sur le véritable esprit du pays, ils ne lui envoyaient que des commérages sans valeur et contribuaient à entretenir ses illusions.

Berryer gémissait de cet état de choses, non qu'il regrettât par ambition d'être écarté des conseils de son prince, mais parce qu'il le voyait s'engager dans une voie funeste. Les amis politiques de l'orateur, M. de Falloux en particulier, le pressaient d'intervenir, d'éclairer M. le comte de Chambord.

« Nous ne sommes pas royalistes, lui écrivait son ami, à la condition que le roi soit toujours heureux et que nous soyons toujours contents. » Voilà ce que disait le comte de Maistre, il y a quarante ans, voilà ce que vous pratiquez, mon cher ami, avec tant d'abnégation et d'éclat depuis vingt-deux ans. Quant à moi, je n'avais rien de mieux à faire que de vous prendre pour modèle, et je vous jure que cela ne me coûte pas....

Tout ce qui m'a précédé dans ce pays donnait sa vie avec bonheur, sans avoir l'espérance de rencontrer jamais un regard du roi.... Quant à vous, mon ami, votre situation est bien différente. Vous n'avez ni ma santé ^, ni aucun autre de mes motifs; vous êtes depuis vingt-deux ans toute la vie extérieure de notre cause. Vous ne pouvez modifier en rien votre situation ni vos devoirs.

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